Sainte Rose Venerini, fondatrice de la première école publique italienne

Biographie

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ROME, Dimanche 15 octobre 2006 (ZENIT.org) – Voici une biographie, publié par le site Internet du Vatican, de sainte Rose Venerini (1656 – 1728), fondatrice de la première école publique italienne, canonisée par Benoît XVI ce matin, place Saint-Pierre.



Les origines

Rose Venerini naquit à Viterbe, le 9 février 1656.

Son Père Godefroi, originaire de Castelleone de Suasa (Ancône), après avoir obtenu à Rome sa maîtrise en médecine, se transféra à Viterbe où il exerçât brillamment la profession de médecin à l’hôpital alors dénommé «Grand». De son mariage avec Marzia Zampichetti, fille d’une antique famille de Viterbe, naquirent quatre enfants: Dominique, Marie Madeleine, Rose, Horace.

Rose fut douée d’une intelligence naturelle et d’une sensibilité humaine pas communes. L’éducation reçue en famille lui permit de développer les nombreux talents dont débordaient son coeur et son esprit. Son éducation enracina aussi en elle de fermes principes chrétiens. A l’âge de sept ans, d’après son premier biographe, le Père Girolamo Andreucci (S.I.), elle fit voeu de consacrer sa vie à Dieu.

Pendant sa première jeunesse, elle connut le conflit intérieur entre les attractions du monde et la promesse faite à Dieu. Elle dépassa la crise grâce à la prière confiante et la mortification.

A 20 ans, Rose s’interrogeait sur son propre avenir. En cette époque, il n’y avait pour la femme que deux orientations de vie: le mariage ou la clôture. Rose estimait l’une et l’autre voie. Cependant, elle se sentait appelée à réaliser un autre projet au service de l’Eglise et de la société de son temps. Après une assez longue période de recherche marquée par bien des souffrances, elle finit par trouver une solution toute innovatrice, fruit de son attention et de sa fidélité aux appels intérieurs que le Seigneur lui adressait.

En automne 1676, en syntonie avec son père, Rose initia sa formation au monastère dominicain de S. Catherine à Viterbe avec la prospective de réaliser son voeu. Près de la tante Anne Cécile, elle apprit à écouter Dieu dans le silence et dans la méditation. Elle resta très peu de mois dans le monastère, car la mort prématurée de son père l’obligea à rester près de la maman souffrante.

Les années suivantes, Rose eut à faire face à des évènements pénibles pour sa famille: son frère Dominique mourut, âgé de 27 ans seulement et peu de mois après, ce fut la mort de sa mère qui ne résista pas à la grande douleur de décès. Entre temps, Marie Madeleine s’était mariée.

A la maison, il ne restait que Horace et Rose qui avait déjà 24 ans. Animée par le profond désir de faire quelque chose de grand pour Dieu, en mai 1684, elle commença à rassembler les enfants dans sa propre habitation pour la récitation du Rosaire. La manière dont les jeunes et les mamans priaient et surtout les dialogues qui précédaient ou suivaient la prière ouvrirent l’esprit et le coeur de Rose à cette triste réalité: la femme du peuple était esclave de la pauvreté culturelle, morale et spirituelle. Elle comprit alors que le Seigneur l’appelait à une mission plus grande, qu’elle découvrit progressivement dans l’urgence de se dédier à l’instruction et à la formation chrétienne des jeunes, pas seulement à travers des rencontres sporadiques, mais par le moyen d’une école au vrai sens du mot.

Le 30 août 1685, avec l’approbation de l’Evêque de Viterbe, le Cardinal Urbano Sacchetti, et avec la collaboration de deux compagnes, Gerolama Coluzzelli etPorzia Bacci, Rose laissa la maison paternelle pour fonder une première école, projetée selon le plan original qu’elle avaitmûri dans la prière et dans la recherche de la volonté de Dieu. Le premier objectif de la fondatrice était de donner une complète formation chrétienne aux filles du peuple et de les préparer à la vie civile.

Sans grandes prétentions, Rose avait ouvert la «première école publique féminine en Italie ». Les débuts étaient modestes et humbles, mais la portée était prophétique: la promotion humaine et l’élévation spirituelle des femmes étaient une réalité qui ne devait pas tarder à avoir l’approbation des Autorités religieuses et civiles.

L’expansion de l’oeuvre

Les débuts ne furent pas faciles. Les maîtresses eurent à affronter les résistances de la part du clergé qui se voyait privé de l’enseignement de la catéchèse fait exclusivement par lui. Cependant, la souffrance la plus cruelle venait des savants qui étaient scandalisés de l’audace de cette femme de la grande bourgeoisie de Viterbe et qui prenait à coeur l’éducation des jeunes filles impolies.

Rose affronta tout par amour pour Dieu et avec la force qu’elle trouvait auprès du Seigneur. Courageusement, elle continua sur le chemin qu’elle avait pris, convaincue que cela correspondait au vrai projet de Dieu sur elle.

Les fruits lui donnèrent raison: les mêmes curés se rendirent compte de l’assainissement moral que l’oeuvre éducative générait au sein des jeunes filles et des mamans. La validité de l’initiative fut reconnue etla renommée de Rose dépassa les frontières du Diocèse.

Le cardinal Marc Antoine Barbarigo, Evêque de Montefiascone, comprit le caractère génial du projet de Viterbe et appela la Sainte dans son Diocèse. La fondatrice, toujours prête à se sacrifier pour la gloire de Dieu, répondit positivement à l’invitation: de 1692 à 1694, elle ouvrit une dizaine d’écoles à Montefiascone et dans les zones qui sont aux alentours du lac de Bolsena. Le cardinal fournissait les moyens matériels et Rose conscientisait les familles, formait les maîtresses et organisait les écoles.

Au moment de retourner à Viterbe pour la consolidation de sa première oeuvre, Rose confia la direction des écoles et la formation des maîtresses à une jeune fille en qui elle avait perçu de grandes capacités intellectuelles et spirituelles, Sainte Lucie Filippini.

Après l’ouverture des écoles de Viterbe et de Montefiascone, d’autres écoles furent créées dans la province du Lazium. Rose rejoignit Rome en 1706, mais la première expérience romaine fut pour elle une vraie faillite qui la marqua profondément et l’obligea à attendre six longues années avant d’avoir à nouveau la confiance des autorités. Le 08 décembre 1713, avec l’aide de l’Abbé des Atti, grand ami de la famille Venerini, Rose ouvrit une école au centre de Rome, aux flancs du Capitole.

Le 24 octobre 1716, elle eut la visite du Pape Clément XI qui, accompagné par huit cardinaux, voulut assister aux leçons. Emerveillé et satisfait, il s’adressa en fin de matinée à la fondatrice avec ces mots: «Madame Rose, vous faites ce que nous n’arrivons pas à faire, nous vous remercions, car avec ces écoles, vous sanctifierez Rome».

Dès lors, les gouverneurs etles cardinaux demandèrent des écoles pour leurs territoires. L’engagement de la fondatrice devint intense, faite de pérégrination et de fatigues pour la formation des nouvelles communautés. Ce fut une merveilleuse expérience faite de joies et de sacrifices. Là où naissait une nouvelle école, on notait un net assainissement moral de la jeunesse.

Au soir du 07 mai 1728, Rose Venerini mourut saintement dans la maison de Saint-Marc à Rome. Elle avait ouvert plus de 40 écoles. Sa dépouille mortelle fut enterrée dans l’Eglise de Jésus, très aimée par elle. En 1952, à l’occasion de la Béatification, les reliques furent transférées dans la chapelle de la Maison Générale à Rome.

La spiritualité

Tout au long de sa vie, Rose est restée comme plongée dans l’océan de la volonté de Dieu. Elle disait: « je me sens bien immergée dans la volonté de Dieu si bien que la mort et la vie ne m’importe pas, je désire seulement ce qu’Il veut, je veux le servir comme il lui plait et rien de plus ».

Après les premiers contacts avec les Pères dominicains du Sanctuaire de Notre-Dame du Chêne, dans les environs de Viterbe, elle suivit définitivement la spiritualité austère et équilibrée de Saint Ignace de Lojola, en raison de la direction spirituelle qu’elle recevait des Jésuites et particulièrement du Père Ignace Martinelli.

Les crises de l’adolescence, la perplexité de la jeunesse, la recherche de sa nouvelle voie, l’intuition des écoles et des communautés, les relations avec l’Eglise et avec le monde: tout était orienté vers la Divine volonté. La prière était le souffle de sa journée.

Rose ne se soumettait pas à de longues oraisons, elle ne l’exigeait pas non plus de ses filles. Elle recommandait plutôt que la vie des maîtresses, dans l’exercice de leur ministère éducatif, soit une manière continuelle de parler avec Dieu, de Dieu et pour Dieu.

La communion intime avec le Seigneur était alimentée par l’oraison mentale que la Sainte considérait comme l’« aliment essentiel de l’âme ». Dans la méditation, Rose écoutait le Maître qui enseignait tout au long des routes de la Palestine et de manière particulière sur la croix.

Avec le regard tourné vers le crucifix, Rose sentait toujours plus forte en elle la passion pour le salut des âmes. Pour cela, elle vivait chaque jour l’Eucharistie de manière mystique: dans son imagination, la Sainte voyait le monde comme un grand cercle; elle se mettait au centre et contemplait Jésus, victime immolée, qui dans tous les coins de la terre s’offrait au Père à travers le Sacrifice Eucharistique.

Elle appelait cette manière de s’élever à Dieu, Cercle maximum.

Par une vie d’incessante prière, elle participait spirituellement à toutes les messes qui se célébraient dans tous les coins de la terre; avec amour, elle unissait les douleurs et les joies de sa propre vie, aux souffrances de Jésus Christ, en se préoccupant que Son Précieux Sang ne soit versé en vain.

Le Charisme

Nous pouvons résumer le charisme de Rose Venerini en peu de mots. Elle vécut toute sa vie, captivée par deux grandes passions: la passion pour Dieu et la passion pour le salut des âmes.

Lorsqu’elle comprit que les jeunes filles et les femmes de son temps avaient besoin d’être éduquées et instruites sur les vérités de la foi et de la morale, elle n’épargna ni temps, ni fatigue, ni luttes, ni difficultés de tout genre, afin de répondre à cet appel de Dieu.

Elle était consciente que l’annonce de la bonne nouvelle pouvait être accueillie seulement si les personnes étaient avant tout, libérées des ténèbres de l’ignorance et de l’erreur. Elle avait en plus compris que la formation professionnelle pouvait permettre une promotion humaine et une affirmation de la femme dans la société. Ce projet demandait une communauté d’éducation et sans prétention, avec beaucoup d’avance sur l’histoire, Rose offrit à l’Eglise le style d’une communauté religieuse apostolique.

Rose n’exerça pas uniquement sa mission éducative à l’école, mais elle saisissait chaque occasion pour annoncer l’amour de Dieu: elle réconfortait et soignait les malades, revivifiait les découragés, consolait les affligés, ramenait les pécheurs à la nouvelle vie, exhortait les âmes consacrées attiédies à la fidélité, aidait les pauvres, libérait de toutes les formes d’esclavage moral.

Eduquer pour libérer: c’est le mot d’ordre, la devise par laquelle les soeurs « Maestre Pie Venerini » s’efforcent de continuer l’oeuvre que le Seigneur avait voulu commencer par leur Fondatrice et à répandre le Charisme de la Sainte Mère dans le monde: libérer de l’ignorance et du mal afin que le projet de Dieu dont toute personne est porteuse, soit visible.

C’est cet héritage magnifique que Rose Venerini a laissé à ses filles. Partout, en Italie tout comme dans les autres pays, les Soeurs Venerini cherchent de vivre et de transmettre l’anxiété apostolique de leur mère, privilégiant les plus pauvres.

La Congrégation, après avoir donné son soutien aux italiens immigrés aux Etats Unis d’Amérique en 1909, en Suisse de 1971 à 1985, a étendu son service apostolique dans d’autres pays: en Inde, au Brésil, au Cameroun, en Roumanie, en Albanie, au Chili, au Venezuela et au Nigeria.

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