Scientifiques, théologiens et philosophes appelés à « croiser leurs regards »

Mgr Ravasi ouvre les travaux du Congrès international sur l’ « évolution biologique »

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ROME, Mercredi 4 mars 2009 (ZENIT.org)  - « Croiser les regards » et « penser sérieusement » sont les deux vœux exprimés par Mgr Gian Franco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture, en ouvrant mardi les travaux de la Conférence internationale sur l' « Evolution biologique. Faits et théories. Une approche critique 150 ans après l' ‘origine des espèces' ».

Le congrès, organisé par l'Université pontificale grégorienne en collaboration avec l'Université Notre-Dame (Indiana), et placé sous le haut patronage du Conseil pontifical de la culture, entend marquer le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (1809-1882) et le 150e anniversaire de la parution de son livre « L'origine des espèces ».

« Il faut que scientifiques, théologiens et philosophes, croisent leurs regards », a déclaré d'emblée  Mgr Ravasi, à l'ouverture des travaux, insistant une fois encore sur la nécessité d'un dialogue entre théologie et philosophie, et plus largement entre la foi et la science.

Et cette nécessité de « croiser les regards », a-t-il précisé en reprenant l'expression du père jésuite Marc Leclerc, biologiste et philosophe à la Grégorienne, et chargé de la direction des travaux de la conférence, doit se faire à deux niveaux  « subjectif » et « objectif ».

Au « niveau subjectif »,  a expliqué Mgr Ravasi, car « il faut que théologiens et scientifiques se regardent à visage ouvert, s'écoutent, qu'ils aient des échanges sereins » ; et à un niveau « objectif », de manière à ce que « ces regards examinent la réalité sous différents angles, cette même réalité qui implique plusieurs lectures ».     

A ce propos, Mgr Ravasi suggère une attitude de « noblesse » dans la manière d' « aborder chaque différence, de reconnaître la diversité des approches, de respecter les statuts épistémologiques » car, a-t-il mis en garde, « nous ne devons pas céder à la misère de l' ‘hybris' intégriste, de l'arrogance exclusive ».

Mais pour cela, a-t-il ajouté, il s'agit d'être conscients « non pas de posséder la vérité, comme un bien objectif », mais d' « être dans la vérité, celle qui nous transcende, nous dépasse, nous enveloppe ».

« Croiser les regards » et « penser sérieusement » demande donc « humilité et efforts dans la recherche et dans l'écoute » a poursuivi Mgr Ravasi. D'où, a-t-il dit, « l'importance d'une recherche patiente, faite d'analyses personnelles et des autres ».

Telle recherche, estime donc en substance Mgr Ravasi, suppose « humilité et conscience que la vérité est plus grande ».

Pour le président du Conseil pontifical de la culture, « le grand scientifique, le grand théologien, n'est pas celui qui donne toutes les réponses, mais celui qui se pose toujours les vraies questions, les questions nécessaires ».

 « Si elle n'est pas pensée, la foi n'est rien, elle est vide », a-t-il insisté en citant l'affirmation de saint Augustin que Jean Paul II  a reprise dans son encyclique « Fides et Ratio ».

« Bien que leurs parcours soient différents, la foi et la raison se retrouvent sur un territoire analogue », a-t-il fait remarquer.

« L'Intelligence a des parcours différents », il n'y a pas « un seul et unique parcours », a-t-il souligné, expliquant qu' « il y a la rigueur scientifique, la logique formelle », mais qu'il y a aussi « d'autres parcours cognitifs et intellectuels, comme la philosophie et la théologie, mais aussi l'art et la poésie, chacun avec ses propres statuts, ses propres méthodes, sa propre cohérence ».

D'où l'importance pour Mgr Ravasi, de « comprendre également ce qui est à l'intérieur de la théologie », de remonter à la pensée de Saint Paul, le théologien, dont l'année 2008-2009 qui lui est consacrée, véhicule le message, 2000 ans après sa naissance.

« Paul, a conclu Mgr Ravasi en citant les paroles d'Albert Schweitzer, a garanti pour toujours, dans le christianisme, le droit de penser : il fonde à jamais la confiance que la foi n'a rien à craindre de la pensée ».

Isabelle Cousturié