Se passer de la pilule, c’est possible : secrets d’une sexualité épanouie (I)

Interview de Bénédicte Lucereau, conseillère conjugale et familiale

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ROME, Mardi 25 janvier 2010 (ZENIT.org) - Depuis 40 ans, la contraception chimique est présentée comme « facile » et « libératrice », mais aujourd'hui, de plus en plus de femmes souhaitent se libérer de la pilule et cherchent à vivre « leur féminité de façon naturelle ».

C'est en partant de ce constat que Bénédicte Lucereau, conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couples et de familles au Cabinet Mots Croisés, à Paris, a publié Se passer de la pilule, c'est possible ! - Les secrets d'une sexualité épanouie (Editions de l'Emmanuel, 2010).

Elle évoque pour ZENIT le « chemin » emprunté par celles qui ont choisi la méthode de régulation naturelle des naissances, qu'elle présente comme un « nouvel art de vivre en couple ». Nous publions ci-dessous la première partie de cette interview.

ZENIT : Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Bénédicte Lucereau : Depuis de nombreuses années, mon mari et moi-même donnons des conférences sur l'Amour, le mariage, la différence Homme-Femme, la sexualité, la fécondité etc. Devant l'attente d'un public toujours plus demandeur d'entendre parler d'une « autre façon » de vivre sa sexualité et d'espacer les naissances, nous avons beaucoup travaillé cette question, notamment les textes de Jean Paul II, si mal connus, et surtout si mal répercutés dans le grand public. La vision de l'enseignement de l'Eglise sur ces sujets est perçue comme une somme d'interdits, une morale vieillotte et périmée, une intrusion déplacée dans l'intime de la vie conjugale.

De par mon métier de thérapeute de couples et de familles au Cabinet Mots Croisés à Paris, j'entends ces souffrances, le manque de repères des couples, la soif d'être accompagnés dans la construction d'un amour plus libre, plus vrai. Ce livre tient compte largement de mon expérience de thérapeute : de nombreux témoignages (anonymes bien sûr) de couples émaillent mes réflexions, qui se veulent une aide à toute personne de bonne volonté qui veut réfléchir en vérité sur sa sexualité.

Il m'a paru intéressant de profiter du courant médiatique actuel, qui se fait l'écho des femmes qui recherchent aujourd'hui à « se libérer de leurs comprimés », à vivre leur féminité de façon naturelle, libérée des hormones, et à repenser leur sexualité conjugale selon la nature et l'appel à la communion des personnes.

Ce livre a été écrit avec la participation du Dr Françoise Pinguet, gynécologue, qui a aussi une longue pratique d'accompagnement et de suivi médical de couples.

ZENIT : Dans son dernier livre d'entretien, Lumière du Monde, Benoît XVI évoque la pilule contraceptive. Il affirme notamment : « Les perspectives dessinées dans Humanae vitae demeurent justes. Mais trouver des chemins permettant de les vivre aujourd'hui est une autre affaire ». Pourquoi est-ce un chemin si difficile à prendre aujourd'hui ?

Bénédicte Lucereau : Vous parlez ici de ce que propose aussi l'Eglise, pour que les couples exercent une paternité et une maternité « responsable » : c'est-à-dire, que bien évidemment, un couple ne va pas accueillir tous les enfants que « la nature » permettrait, sans réfléchir de façon intelligente à un projet personnel, en fonction de ce qu'il souhaite et décide. C'est ce que permet la régulation naturelle, c'est-à-dire une sexualité réglée par l'alternance des périodes de fertilité et d'infertilité du cycle féminin. Le couple, pour vivre cela, doit apprendre à connaître le cycle féminin, à le respecter, et à maîtriser son désir sexuel en fonction de son projet. Il y a une responsabilité à vivre à deux, qui est intéressante, car elle permet beaucoup d'échanges, de partages, et surtout, donne la possibilité d'inventer une sexualité moins centrée sur l'orgasme et plus sur la tendresse et la relation.

Ce qui rend ce chemin difficile aujourd'hui, dans nos sociétés occidentales, c'est que nous vivons, dans un monde hyper-érotisé, qui sollicite nos sens et les excite en permanence, affaiblissant ainsi la volonté des plus « faibles ». Le sexe est partout, le plaisir est présenté comme LA façon de se libérer de ses pulsions. La sexualité est déconnectée de la relation à l'autre, d'un cadre stable où la fidélité et l'engagement permettent la confiance nécessaire « au lâcher prise ». Elle est déconnectée de la possibilité de transmettre la vie.

Je constate trop souvent une mauvaise estime de soi, des blessures affectives et sexuelles qui remontent à un âge précoce, un non-amour de son propre corps, et une vision incomplète ou déformée de ce qu'est la sexualité entre un homme et une femme qui s'aiment.

ZENIT : Alors, comment promouvoir les « perspectives dessinées par Humanae Vitae » ?

Il faut repartir de ce qu'est un homme, une femme, leurs différences faites pour la communion, promouvoir le respect de notre nature créée (tout ne se vaut pas, on ne peut tout expérimenter sans conséquences), une explicitation de ce qu'est la vraie liberté, de ce qu'est l'amour. Et cela avec des mots simples, pour exprimer ce que dit l'Eglise de façon parfois compliquée... Il faut parler avec un langage conjugal, que des couples mariés s'adressent à des couples mariés. Pourquoi cette question est-elle si souvent traitée dans l'Eglise par des célibataires consacrés, des prêtres... qui donnent surtout l'aspect théologique et spirituel d'une telle aventure ? Mais concrètement ? J'ai voulu donner la parole aux couples, car c'est d'eux dont il s'agit, et c'est eux qui peuvent, dans le langage le plus approprié, s'adresser aux couples.

Par exemple, de nombreux couples catholiques, veulent « pour bien faire » et par obéissance, suivre ce qu'enseigne Humanae Vitae. Mais je constate que beaucoup sont dans le légalisme, la souffrance d'un vécu insatisfaisant, car ils ne sont pas rentrés dans la compréhension profonde du sens de la régulation naturelle des naissances. Ils connaissent « la méthode », les règles « techniques » à suivre, mais personne ne leur dit « comment le vivre au quotidien », comment s'aimer d'un amour charnel lorsqu'on ne peut pas s'unir pour différer une naissance. J'ai beaucoup insisté dans mon livre sur cet aspect de la « continence périodique ». Tout le monde parle d'abstinence. En fait, il ne s'agit pas de cela, car l'amour conjugal ne prend jamais de vacances. Comment aider les couples à grandir dans la maîtrise de soi (qui n'est pas se tourner le dos « quand on ne peut pas »), à développer une tendresse qui respecte le corps de l'autre et ses limites, tout en restant dans la vérité de l'amour. Ne pas séparer « union et procréation » ne veut pas dire ne plus s'aimer, ne pas se toucher, ne plus s'exprimer conjugalement son amour Sinon, l'Eglise serait contre le plaisir, ce qui est faux.

Voilà pourquoi c'est un chemin, et c'est un chemin peut-être difficile aujourd'hui, où l'on veut « tout tout de suite », où l'on n'accepte pas la frustration, où le plaisir se résume à l'orgasme, où son propre plaisir et son épanouissement personnel est premier sur celui de l'autre. L'enfant passe souvent après la vie professionnelle, l'achat de la maison... La peur de l'avenir peut entraîner des verrouillages par rapport au don de la vie, qui enferment et affectent la sexualité. Il faut du temps pour ne plus voir l'enfant comme un risque, comme un danger. Il faut du temps pour se réapproprier son corps, en reconnaître le rythme, en guérir les blessures. Il faut du temps pour apprivoiser l'autre, l'accueillir avec son histoire, ses errements, ses failles. Il faut du temps pour apprendre à faire patienter son désir pour le mettre au pas de l'autre, pour accorder ses gestes intimes au projet du couple, pour se mettre d'accord entre époux là-dessus. Il faut du temps, de la patience pour apprendre à aimer. L'Eglise le sait : elle propose un chemin, elle n'impose pas Sortons de nos culpabilités, mais surtout de nos ignorances, et acceptons de marcher sur le chemin, humblement, patiemment, en accueillant la grâce de Dieu au quotidien, jusque cette dimension très charnelle de notre vie d'époux.

ZENIT : Près de 60 % des femmes utilise la pilule en France. Mais vous affirmez que nombreuses sont celles qui sont lasses de cette méthode de contraception. Pourquoi ?

J'ai évoqué cette nouvelle dépendance aux hormones dont souffrent les femmes, avec les conséquences sur leur santé et sur leur libido. Elles souffrent aussi d'être moins prises en compte dans leur spécificité féminine par leur époux, du fait même de devenir « disponibles » à tout instant pour le satisfaire : sont-elles aimées pour elles-mêmes, ou pour ce qu'elles apportent à leur mari ?

Mais plus profondément, je crois que la femme a naturellement l'intuition de ce qu'est véritablement l'amour. Elle « sait » que le vrai bonheur est dans le don de soi, et que ce don ne peut être que total, unique et définitif, pour être un vrai don et permettre de s'accomplir en tant que personne. La femme « sait » que l'éducation sexuelle reçue au lycée, qui présente la relation sexuelle et la fécondité de façon purement biologique, mécanique, ne dit pas tout de la sexualité : elle aspire à unifier le physique et l'affectif, le corps et le cœur. Si l'homme est plus physique, la femme est plus affective. En cela, elle aide l'homme à trouver le chemin de son cœur, de la tendresse, du don de soi : lui aussi aspire à cela.

La femme sait que son corps n'est pas qu'un simple matériau, qu'il est traversé d'intentionnalité. Tel geste engendre telle conséquence. Le lien entre l'amour, la sexualité et la fécondité est très profondément inscrit en elle. Elle se sent amputée s'il manque une dimension, ou si ces dimensions sont volontairement déconnectées. Elle sait que si elle touche à sa fertilité, ou empêche l'acte sexuel d'aboutir à une fécondité naturelle, elle ne donne réellement à son époux qu'une part d'elle-même, et un fond de tristesse habite son cœur.

Cela dit, certaines, après avoir utilisé en couple le préservatif, puis la pilule, tâtonnent, et en arrivent au stérilet, faute de savoir qu'elles pourraient trouver une autre voie. Les médecins ne sont pas, ou mal, informés des méthodes de régulation naturelle, et ne les proposent pas à leurs patientes.

Propos recueillis par Marine Soreau