Se passer de la pilule, c’est possible : secrets d’une sexualité épanouie (II)

Interview de Bénédicte Lucereau, conseillère conjugale et familiale

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ROME, Lundi 31 janvier 2010 (ZENIT.org) - Depuis 40 ans, la contraception chimique est présentée comme « facile » et « libératrice », mais aujourd'hui, de plus en plus de femmes souhaitent se libérer de la pilule et cherchent à vivre « leur féminité de façon naturelle ».

C'est en partant de ce constat que Bénédicte Lucereau, conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couples et de familles au Cabinet Mots Croisés, à Paris, a publié Se passer de la pilule, c'est possible ! - Les secrets d'une sexualité épanouie (Editions de l'Emmanuel, 2010).

Elle évoque pour ZENIT le « chemin » emprunté par celles qui ont choisi la méthode de régulation naturelle des naissances, qu'elle présente comme un « nouvel art de vivre en couple ». Nous publions ci-dessous la deuxième partie de cette interview (pour la première partie, cf. Zenit du 25 janvier).

ZENIT : Qu'apporte cette méthode de régulation naturelle des naissances ?

Bénédicte Lucereau : Cette méthode est basée sur le respect du rythme féminin, et sur l'alternance des périodes fertiles et infertiles du cycle. Cette possibilité, offerte par la nature, de réguler sa sexualité pour espacer les naissances, permet aux couples d'inventer « un nouvel art de vivre en couple » : la sexualité ne se réduit pas à l'orgasme à tout prix, elle est beaucoup plus riche et attentive à l'autre. Le désir est stimulé, le plaisir plus satisfaisant. Toute une gamme de gestes de tendresse, d'attentions à l'autre, de partage et de communication se développent ainsi, permettant d'approfondir la relation entre époux, sans rester dans « le tout ou rien », qui serait dramatique. Le corps de l'autre, (sa personne) est pris en compte et respecté dans sa totalité, sans aucune intervention ni mécanique ni chimique sur sa fertilité : le don des corps, dans la relation sexuelle entre époux, exprime alors totalement ce pour quoi ils sont faits, la communion entre époux, à l'image de Dieu. La vérité de l'amour n'est pas altérée.

En maîtrisant ses pulsions, et en mettant son désir à l'unisson du rythme de sa femme, l'homme évite les pannes de désir dues à une sexualité déréglée. La femme admire et fait confiance à un homme qui se maîtrise : elle peut ainsi mieux s'abandonner au plaisir dans ses bras. Les couples qui utilisent cette méthode ont en général plus de relations sexuelles par mois que les autres, et leurs relations sont plus épanouissantes. Ils ont une vie sexuelle plus longue et plus harmonieuse.

ZENIT : Tous les couples sont-ils à même de vivre cette méthode ? N'est-elle destinée qu'aux chrétiens ?

Bien sûr, tous les couples sont à même de vivre cette méthode (et pas uniquement les chrétiens, ce qui serait la négation que Dieu veut le bonheur de chaque homme). Car cette méthode est une « bonne nouvelle » pour le couple et pour tous les couples.

Cela dit, il existe des inégalités, comme dans les autres domaines de la vie : pourquoi y a-t-il des gourmands, des avares, des colériques etc... ? De même, pour certains, l'application de la régulation naturelle sera plus difficile. Certaines femmes ont des cycles très irréguliers, d'autres ont de la difficulté à s'auto-observer. Cela ne veut pas dire impossible Juste plus difficile, ce qui voudra dire plus d'efforts et de détermination. C'est ce que l'Eglise dit lorsqu'elle parle de loi de gradualité : non pas qu'il faille adapter « la loi » pour certains, elle reste la meilleure proposition pour le couple. Mais dans sa sagesse, elle reconnaît que certains mettront plus de temps que d'autres à se connaître, à se maîtriser, à vivre la continence périodique dans l'amour (et non dans l'agressivité ou dans le mensonge). C'est plus facile à mettre en place pour les tempéraments rigoureux, sérieux, qui travaillent leur motivation. Evidemment, certaines blessures du passé peuvent engendrer une immaturité affective et sexuelle, des conduites à risques, des dépendances, qui rendent le chemin ardu... Mais rien n'est jamais désespéré pour celui qui reconnaît sa faiblesse et accepte de se faire aider par les secours humains et spirituels adaptés. Là encore, il n'y a pas d'obligation de « réussir », seulement celle d'aimer, et en vérité.

Les chrétiens n'ont pas « le privilège » de l'utilisation de la régulation naturelle, loin de là, et ils ne sont aucunement humainement plus « à même » de vivre ce choix de vie. Mais ils sont peut-être (on le souhaite) plus motivés, car, dans le fond, beaucoup font confiance à l'Eglise. Par contre, s'ils l'utilisent uniquement par légalisme ( « pour être en règle »), à contre cœur, ou sans cette intelligence du cœur qui fait entrer dans la compréhension du « pour quoi », alors ils font fausse route, sont déçus. Pire, ils détournent le sens profond de cet « art de vivre » en couple, et font planer un doute sur cette façon de vivre sa sexualité. On peut presque dire qu'ils l'utilisent avec le même esprit qu'une contraception. Le but n'est pas d'empêcher l'enfant de venir, le but est de grandir dans l'amour, en utilisant intelligemment les gestes de nos corps, tels qu'ils ont été créés, pour exprimer cet amour dans la vérité de notre vocation à nous aimer. L'amour est toujours fécond, même s'il ne donne pas naissance à une nouvelle vie. La régulation naturelle de la sexualité est toujours ordonnée à un plus grand amour : de soi, de l'autre, de Dieu.

ZENIT : Pourquoi n'en entend-t-on pas parler aujourd'hui ? Est-ce un problème de fiabilité ? Ou un message difficile à faire entendre, notamment en raison de la continence périodique ?

Ce n'est pas un problème de fiabilité : il y a des grossesses sous pilule, sous stérilet, même parfois, avec ligature de trompes... La fiabilité (dans une certaine mesure, comme pour la prise des comprimés pour la pilule) est liée à la motivation des deux membres du couple, à la connaissance des signes de fertilité chez la femme, et à la capacité des deux époux de maîtriser leur désir. La continence périodique, pour être amoureuse, est une construction, tout comme l'amour est une construction. On voudrait aujourd'hui que tout aille de soi, que l'amour ne nécessite aucun effort, aucun renoncement...

La difficulté à parler de régulation naturelle aujourd'hui, tient peut-être au fait qu'il manque de couples prêts à témoigner de ce sujet si intime. Il est difficile de parler de sa sexualité à d'autres, avec les bons mots, sans blesser : cela s'apprend Mais le témoignage dans cette matière reste difficile.

Je pense aussi qu'un des obstacles pour parler de continence, est cette tendance naturelle à aller vers ce qu'on croit être le plus facile. Or la contraception chimique a été présentée pendant quarante ans comme « facile » et « libératrice ». C'était sans compter sur ses conséquences et effets secondaires sur la femme, sur la relation Homme-Femme, sur la société toute entière. Une erreur de contraception entraîne souvent la suppression d'une vie.

Un autre obstacle est sûrement la pression des médias et des modes : l'épanouissement professionnel de la femme vient souvent en première place, avant son désir d'être mère, en tout cas en concurrence. L'enfant, qui est présenté paradoxalement comme un dû, est aussi présenté comme un gêneur : il doit être parfait, arriver au bon moment, être programmé, attendu, désiré. Le monde manque de confiance : la désespérance, le désir de tout contrôler, la toute puissance... Rien de tout cela ne va dans le sens de la confiance dans la façon dont nous avons été créés, dans la capacité des couples à décider ensemble d'utiliser ce qu'ils sont pour se manifester de façon responsable et raisonnable leur amour. « Qui fait l'ange, fait la bête », mais qui fait la bête ne fait pas l'amour : il copule, il se reproduit...L'homme et la femme s'aiment, avec un corps animé d'esprit. Ce don mutuel de leur corps est langage de quelque chose de beaucoup plus profond : ils réalisent ce pour quoi ils sont faits. Ils sont image de Dieu-Trinité. Tout le monde ne le sait pas, mais c'est une réalité.

ZENIT : Est-ce une méthode qui s'apprend ? A qui faut-il s'adresser ?

Oui, c'est une méthode qui s'apprend. Mais c'est beaucoup plus qu' « une méthode » : c'est véritablement un nouvel art de vivre en couple. La façon de vivre sa sexualité en la régulant de façon naturelle est plus importante qu'une simple méthode. C'est pourquoi mon livre explique rapidement les principes de la mise en œuvre, et insiste sur l'importance de consulter, non pas un médecin pour une prescription, mais un moniteur ou une monitrice MAO, ou un conseiller conjugal formé aux MAO : j'en donne de nombreuses adresses à la fin, ainsi qu'une bibliographie détaillée pour ceux qui voudraient approfondir le sujet. Il existe aussi un logiciel Dafra ( Ed° de l'Emmanuel) qui est une aide précieuse pour démarrer et donner confiance aux couples. Cela dit, l'essentiel n'est pas dans la méthode, mais la façon de bien la vivre : pour un plus grand amour ?

Propos recueillis par Marine Soreau