« Seul l'amour nous sauvera » , publication

Extraits du livre du pape

Rome, (Zenit.org) card. Jorge Bergoglio, Pape François | 2128 clics

« Seul l'amour nous sauvera » : c’est le titre du livre du livre de Jorge Bergoglio - Pape François publié chez Parole et Silence/Le Rocher/Librairie éditrice Vaticane (190 pp., 15,00 euro). Nous en présentons ici quelques extraits avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

Le mariage précède l'Etat

Le mariage précède l'État, il est le socle de la famille, la cellule de la société, antérieure à toute loi et même à l'Église. Par conséquent, l'adoption du projet de loi serait un grave recul anthropologique. Le mariage (formé d'un homme et d'une femme) n'est pas la même chose que l'union de deux personnes de même sexe. Distinguer n'est pas discriminer, mais respecter; différencier pour discerner consiste à évaluer correctement, pas à discriminer.

[...] Il ne s’agit pas de simples conventions terminologiques ou formelles d’une relation privée, mais d’un lien de nature anthropologique. L’essence de l’être humain tend à l’union de l’homme et de la femme comme lieu d’accomplissement réciproque, d’attention et de soins, et comme la voie naturelle pour la procréation. Cela confère au mariage sa transcendance sociale et son caractère public. Le mariage précède l’État, il est le socle de la famille, la cellule de la société, antérieure à toute loi et même à l’Église. Par conséquent l’adoption du projet de loi serait un grave recul anthropologique.

[...] Soyons attentifs, lorsque nous prétendons promouvoir un prétendu droit des adultes, à ne pas négliger le droit prioritaire des enfants (qui doivent être les seuls privilégiés) de s’appuyer sur des modèles de père et de mère, d’avoir un papa et une maman.

Je vous en conjure, qu’il n’y ait de votre part, ni dans vos paroles ni dans vos coeurs, aucune marque d’agressivité ou de violence envers aucun frère. Nous, chrétiens, agissons en serviteurs d’une vérité dont nous ne sommes pas propriétaires. Je prie le Seigneur qu’il soit avec vous dans votre action avec sa douceur, cette douceur qu’il demande à chacun de nous.

(Extrait de la Lettre au Dr Juste Carbajales, Buenos Aires, le 5 juillet 2010)

La justice sociale

La justice sociale désigne le bien commun qui actuellement consiste principalement en la défense des droits humains. Ils constituent une norme objective, fondement du droit positif, et ils doivent être reconnus, respectés et encouragés par l’autorité car ils sont antérieurs à l’État, ils sont inhérents à la personne humaine.

Un certain capital peut faire du bien

On ne peut pas nier qu'un certain capital peut faire le bien quand il est investi à l'étranger au lieu de l'être dans sa propre patrie. Mais la justice doit être préservée, en tenant compte de la manière dont s'est formé ce capital et du préjudice pour les gens du fait de sa non-utilisation dans son lieu d'origine. Il faut éviter que les démarches financières soient motivées par la spéculation et cèdent à la tentation de chercher uniquement le bénéfice immédiat, au lieu de chercher la pérennité à long terme de l'entreprise, son utilité pour l'économie réelle et la promotion.

Politique sans amour ?

Le manque d'amour, son abaissement et son abâtardissement permanents, malgré quelques discours pseudo-religieux, ne fait pas que nous déshumaniser. Il finit par nous dépolitiser. L'amour, en revanche, pousse à prendre soin des biens et surtout du bien commun, qui génère et accroît les biens particuliers. Une politique sans amour du prochain, sans passion pour le bien, aboutit à un rationalisme de la négociation ou à un appétit vorace uniquement tourné vers la jouissance du pouvoir. Aucune éthique n'est ici possible, car l'autre ne suscite aucun intérêt.

Il a révolutionné le monde

Concernant le pouvoir: l'exercice consistant à rechercher toujours plus de pouvoir, en guise d'adrénaline, crée aujourd'hui un sentiment artificiel de plénitude et conduira demain à l'autodestruction. Le vrai pouvoir, c'est l'amour. C'est lui qui donne aux autres leur force, qui suscite des initiatives, lui qu'aucune chaîne ne peut entraver puisqu'il est possible d'aimer jusque sur la croix ou sur son lit de mort. Il n'a besoin ni de beauté juvénile, ni de reconnaissance ou d'approbation, ni d'argent ou de prestige. Il se contente de jaillir… Et on ne peut l'arrêter. Si on le calomnie ou qu'on le détruit, il en acquiert une reconnaissance encore plus incontestable. Ce Jésus, si faible et insignifiant aux yeux des politologues et des puissants de la terre, a révolutionné le monde.

L’Année de la foi

Franchir le seuil de la foi comprend une conversion permanente de nos attitudes, de notre manière et de notre style de vie : reformuler et non pas mettre des rustines ou du vernis, mettre la forme nouvelle qu’imprime Jésus Christ à tout ce qui est touché par sa main et son évangile de vie, avoir le courage de faire quelque chose de nouveau pour la société et pour l’Église. Car « celui qui est dans le Christ est une créature nouvelle » (2 Co 5,17-21).

Franchir le seuil de la foi nous pousse à pardonner et à savoir arracher un sourire. C’est nous approcher de quiconque vit à l’extérieur de lui-même et l’appeler par son nom. C’est soigner les fragilités des plus faibles, soutenir les genoux chancelants avec la certitude que ce que nous faisons pour le plus petit de nos frères, c’est pour Jésus lui-même que nous le faisons. [...].

Franchir le seuil de la foi, c'est vivre dans l'esprit du Concile, une Église aux portes ouvertes, non seulement pour recevoir, mais surtout pour partir et remplir d'Évangile la rue et la vie des hommes de notre temps.

Le baptême pour tous

À ceux qui étaient scandalisés de le voir manger avec les pécheurs, les publicains, Jésus répond : “Les publicains et les prostituées vous précéderont”, alors que c'était la lie de la société de l'époque. Jésus ne les supporte pas. Ce sont eux qui ont cléricalisé —  pour dire les choses clairement —  l'Église du Seigneur. Ils l'encombrent de préceptes. Je le dis avec tristesse, et pardonnez— moi si j'ai l'air de les dénoncer ou de les insulter, mais il y a dans notre région ecclésiastique des prêtres qui refusent de baptiser les enfants de mères célibataires sous prétexte qu'ils ont été conçus hors des liens sacrés du mariage. Ce sont les hypocrites d'aujourd'hui. Ceux qui ont cléricalisé l'Église. [...] Cléricaliser l'Église est une hypocrisie pharisienne. L'Église du “entrez par ici que nous vous disions les règles à suivre, et ce qui n'y entre pas n'en est pas” est pharisienne. Jésus nous montre l'autre voie: sortir. Sortir pour témoigner, pour s'approcher de son frère, pour partager, pour questionner. S'incarner.

L’ennemi, le vrai

Attention: nous ne luttons pas contre des pouvoirs humains, mais contre la puissance des ténèbres. Comme il l'a fait avec Jésus, Satan cherchera à nous séduire, à nous égarer, à nous offrir des “alternatives viables”. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe d'être crédules ou suffisants. Il est vrai que nous devons dialoguer avec tout le monde, mais on ne dialogue pas avec la tentation.  

Le diagnostic de Lubac

Le pire des maux qui puissent atteindre l'Église, c'est de tomber dans la frivolité spirituelle, comme l'indiquait le cardinal de Lubac. C'est le pire des maux dont puisse souffrir l'Église, pire encore que la débauche des papes d'autrefois. Cette frivolité spirituelle qui consiste à faire ce qui fait bonne impression, à être comme les autres, de cet embourgeoisement spirituel, du respect des horaires, du statut: “Je suis chrétien, je suis consacré ou consacrée, je suis prêtre.” Ne vous commettez pas avec le monde, dit Jacques. Non à l'hypocrisie. Non au cléricalisme hypocrite. Non à la frivolité spirituelle. 

© Parole et Silence, Le Rocher, Librairie éditrice vaticane, 2013