SIDA : Communiqué de la Fédération africaine d’action familiale

Les jeunes ont besoin d’adultes qui les aident à vivre des relations vraies

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ROME, Jeudi 26 mars 2009 (ZENIT.org) - « Les jeunes n'ont pas besoin d'adultes qui leur distribuent des préservatifs et des pilules. Il y en a déjà suffisamment. Ce qu'ils cherchent c'est des adultes heureux dans leur sexualité et qui les aident à vivre des relations vraies », affirme la Fédération africaine d'action familiale, dans ce communiqué sur la polémique soulevée par la déclaration du pape Benoît XVI sur le SIDA, lors de son voyage en Afrique. Nous publions ci-dessous le communiqué de la FAAF, en date du 25 mars, dans son intégralité.

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POLEMIQUE SUR LA DECLARATION DU PAPE SUR LE PRESERVATIF

A-t-on bien compris ce que voulait dire le Saint Père ?

Les 30 organisations  membres de la Fédération Africaine d'Action Familiale n provenance de 20 pays Africains suivants : Burundi, Burkina Faso, Cameroun, Togo, Côte d'Ivoire, Tanzanie, Ouganda, Rwanda, République Démocratique du Congo (RDC), Nigeria, Madagascar, Ile Maurice, Malawi, Afrique du Sud, Sénégal, Soudan, Zimbabwe, Tchad, Kenya, tenons a exprimé notre opinion sur a polémique autour du préservatif.

Ce que nous avons entendu de la déclaration du Saint Père : e sida est un véritable fléau. Il nous invite plus que jamais à humaniser a sexualité et à accompagner les personnes malades et nous dit  que ce fléau ne peut être résolu par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème.

Il n'est pas de notre ressort de commenter cette déclaration ni sur le fond ni sur la forme. Nous profitons de la polémique suscitée pour livrer notre point de vue qui s'appuie sur des observations sur le terrain. En effet, nous rencontrons beaucoup d'Africains jeunes et moins jeunes qui sont convaincus que la solution pour combattre le VIH/SIDA ne se trouve pas dans le préservatif mais dans l'éducation à la sexualité. De nombreuses générations ont assimilé le continent africain à un havre de riches cultures traditionnelles et de modèles à l'épreuve du temps en matière de respect des valeurs familiales. Dans bon nombre de nos traditions,  il s'agit essentiellement pour cette éducation de faire vivre une sexualité épanouie, et un amour véritable, préparant à un mariage heureux et à une fécondité physique et spirituelle. Cette conception de l'éducation tend à faire de l'homme un adulte libre. Notre entendement de la notion de « sexualité humanisée » dont parle et a encore parlé Benoît XVI s'appuie sur le fait que l'éducation doit tenir compte du fait que la sexualité ne se limite pas à la biologie ou à la génitalité. C'est un apprentissage à la vie ayant donc une dimension à la fois sociale, sacrée et religieuse. Elle vise à présenter l'amour vrai et, elle repose sur une confiance et une acceptation mutuelle.

Il  ne s'agit certes pas de refuser le progrès car comme le dit un proverbe Kongo, « si tu changes de pays change aussi de façon de vivre ». mais sachons aussi « qu'un arbre ne tient pas sans racine » (proverbe mandingue.) Dans sa recherche d'un nouveau mode de vie cohérent et acceptable, l'homme africain aujourd'hui, situé dans la visée d'une combinaison harmonieuse du complexe socio - culturel traditionnel qui continue de structurer sa personnalité , et des apports modernes ne gagne t-il pas à  garder les qualités des anciens et y ajouter les valeurs modernes, en rejetant les défauts des deux. Parmi les apports de la modernité figure le préservatif.

Mais tout ce qui est moderne n'est pas forcément le meilleur. C'est là l'opposition entre l'abstinence encore  largement pratiquée et la distribution facile, voire agressive des préservatifs. La distribution abusive, incontrôlée, sans discernement  des préservatifs déresponsabilise et  favorise chez les jeunes une vie sexuelle  désordonnée.

Nous souhaiterions que les organisations internationales soient  à l'écoute des Africains qui désirent faire appel à un certain sens de la dignité humaine dans la manière de vivre la sexualité. L'éducation à la responsabilité, au sens de sexualité, à vivre l'amour dans toute sa dimension intéressent les jeunes Africains. Les jeunes ont besoin de références et surtout de modèles cohérents et vivants. Nous ne devrons donc pas avoir peur de leur dire ce que nous pensons. Il ne s'agit pas de faire de la démagogie. Ne pas oser demander des efforts aux gens et ne pas s'il le faut proposer un idéal exigeant , ce n'est pas les respecter. Surtout c'est croire les jeunes incapables d'aimer. Les jeunes n'ont pas besoin d'adultes qui leur distribuent des préservatifs et des pilules. Il y en a déjà suffisamment. Ce qu'ils cherchent c'est des adultes heureux  dans leur sexualité et qui les aident à vivre des relations vraies.

De fait, dans un pays comme l'Ouganda, c'est grâce à une campagne d'éducation en vue d'une abstinence avant le mariage et la fidélité dans le mariage que le taux de propagation de l'épidémie a sensiblement baissé ces dernières années. La revue scientifique américaine Science no 304 a publié le 30 avril 2004 .un article de deux chercheurs de l'université de Cambridge, Rand L. Stoneburner et Daniel Low-Beern sur l'efficacité de la lutte anti-SIDA en Ouganda. Selon les deux hommes, la baisse du SIDA dans ce pays s'explique par une campagne unique en son genre. Le message diffusé dans la population insiste sur la morbidité élevée due au SIDA et le mode de transmission du virus responsable, essentiellement sexuel. Mais l'originalité de la démarche, et son succès, vient de la promotion de la fidélité et de l'abstinence, au lieu des traditionnels préservatifs et test de dépistages.

Pour prévenir l'expansion du sida d'une manière durable, il faut croire en la capacité des jeunes de vivre une sexualité épanouie et responsable dans les paramètres de la fidélité et de l'abstinence. Le changement de comportement auquel sont conviés les jeunes est un processus à promouvoir et par les adultes et par les jeunes eux-mêmes.

AIDEZ NOUS À GARDER NOS VALEURS.

QUANT A NOUS AFRICAINS NE NOUS TROMPONS PAS DE COMBAT

                                                                 

Danièle Sauvage

Présidente de la FAAF