Simon de Cyrène, l'universelle compassion

Lectio Divina pour le Dimanche des Rameaux A (13 Avril)

Rome, (Zenit.org) P. Nicolas Bossu LC | 401 clics

La semaine sainte s’ouvre par une double célébration ce dimanche : l’entrée messianique du Seigneur à Jérusalem (procession) et sa Passion, mort et ensevelissement dans la Ville sainte (messe).

Sur le Mont des oliviers, nous évoquons la gloire du Messie, en annonçant son futur triomphe, puis nous nous descendons dans la vallée du Cédron, vers les mystères de son humiliation : c’est ainsi que nous l’accompagnons vers la Pâque qui sera le passage inverse de la mort à la vie. La liturgie nous y invite :

Aujourd’hui, le Christ entre à Jérusalem, la Ville sainte, où il va mourir et ressusciter. Mettons toute notre foi à rappeler maintenant le souvenir de cette entrée triomphale de notre Sauveur ; suivons-le dans sa passion jusqu’à la croix pour avoir part à sa résurrection et à sa vie. (1)

L’intégralité de cette Lectio Divina est disponible en ligne.

Lumière sur les Lectures

Depuis les tout premiers temps de l’Eglise, le Psaume 22 (21) a été lu comme une description étonnamment précise de la Passion de Jésus : le psalmiste semble décrire à la lettre ce que Jésus vivra au Calvaire. Au-delà des détails concrets, saint Matthieu, dont l’évangile est proclamé ce dimanche, met sur les lèvres de Jésus ce cri que nous répétons en refrain : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

C’est une ultime prière qui ne nie pas l’espérance, mais au contraire la manifeste, puisque citer le premier verset, dans la tradition juive, inclut tout le passage scripturaire… qui se retourne : Mais Tu m’as répondu !

Pour la méditation

Judas est allé se pendre, Pierre pleure son reniement : devant Pilate, Jésus est seul. La première aide extérieure est celle de Simon de Cyrène, réquisitionné par les soldats. En effet, Jésus n’a pas voulu être un héros à la manière des récits antiques, capable par ses propres forces d’accomplir toute sa Passion, suscitant l’admiration pour sa force surhumaine : Il a humblement accepté de n’être même pas capable de porter sa Croix, qu’un passant soit obligé de l’accompagner, que l’humiliation soit totale.

Simon a donc reçu, involontairement, l’immense honneur de porter la Croix de Jésus, et de l’accompagner jusqu’au Calvaire. Il est devenu chrétien, puisque Marc le décrit comme « le père d’Alexandre et de Rufus » (Mc 15,21), manifestement connus par la communauté : l’humiliation de Jésus et son attitude interne d’offrande totale l’auront converti.

Dans l’imaginaire de nos cultures, il est devenu un symbole de l’universelle compassion envers le Juste qu’est Jésus. Ainsi, Sholem Asch, un Juif polonais qui est l’un des plus grands écrivains yiddish, le met en scène dans la Passion comme exemple de solidarité juive. Il est projeté par hasard au milieu du chemin de Croix :

« Alors Simon de Cyrène sortit d’une rue transversale. Il ne semblait pas s’apercevoir de ce qui se passait ; il portait sur son épaule sa bêche et un instrument de travail car il revenait de son jardin. Et avant que nous sachions ce qui arrivait, Rufus criait : « Mon Père ! Mon Père ! », tandis que Simon, brisant le cercle des soldats, se précipitait aux pieds du Rabbi. Les soldats le saisirent, ôtèrent la croix de l’épaule de Jésus et l’attachèrent à celle de Simon. Et le fouet s’abattit sur lui :

- Père ! Père ! Appela Rufus au milieu des soldats.

- Rufus ! Criai-je.

- Un Juif doit toujours être prêt à porter la croix d’un autre Juif, dit Simon en levant sa figure sous le fardeau.

Les soldats étaient joyeux d’avoir une nouvelle victime. » (2)

Dans un tout autre contexte culturel, celui d’un hôpital d’Afrique (au Cameroun) visité par le Pape Benoît XVI, la figure de Simon de Cirène est de nouveau évoquée. Le Pape se penchait alors sur les souffrances sans nombre qui affligent les pays d’Afrique et il disait aux malades :

« Face aux tourments, nous nous sentons démunis et nous ne trouvons pas les mots justes. Devant un frère ou une sœur plongé dans le mystère de la Croix, le silence respectueux et compatissant, notre présence habitée par la prière, un geste de tendresse et de réconfort, un regard, un sourire, en font plus parfois que bien des discours. Cette expérience a été vécue par un petit groupe d’hommes et de femmes, dont la Vierge Marie et l’Apôtre Jean, qui ont suivi Jésus au cœur de sa souffrance lors de sa passion et de sa mort sur la Croix. Parmi eux, nous rapporte l’Évangile, se trouvait un Africain, Simon de Cyrène. Il fut chargé d’aider Jésus à porter sa Croix sur le chemin du Golgotha. Cet homme, bien involontairement, est venu en aide à l’Homme des douleurs, abandonné par tous les siens et livré à une violence aveugle. L’histoire rapporte donc qu’un Africain, un fils de votre continent, a participé, au prix de sa propre souffrance, à la peine infinie de Celui qui rachetait tous les hommes, y compris ses bourreaux. » (3)

Pour notre prière personnelle, il suffit de nous approcher (physiquement ou spirituellement) de nos frères souffrants - ils sont si nombreux - et de reprendre à notre compte ces paroles de Benoît XVI dans le même discours :

« En voyant l’infamie dont Jésus est l’objet, en contemplant son visage sur la Croix, et en reconnaissant l’atrocité de sa douleur, nous pouvons entrevoir, par la foi, le visage rayonnant du Ressuscité qui nous dit que la souffrance et la maladie n’auront pas le dernier mot dans nos vies humaines. Je prie, chers frères et sœurs, pour que vous sachiez vous reconnaître dans ce ‘ Simon de Cyrène ’. Je prie, chers frères et sœurs malades, pour que beaucoup de ‘ Simon de Cyrène ’ viennent aussi à votre chevet. » (3)

Résolution

Quel personnage de la Passion m’impressionne le plus ? Avec lequel puis-je m’identifier ? Je vivrai la semaine sainte avec ce personnage, pour accompagner Jésus lors de sa Passion. Je n’essaierai pas de tout méditer, de passer de lieu en lieu, mais je prendrai simplement ma petite place à Jérusalem : l’important est d’être là, aux côtés de Jésus.

L’intégralité de cette Lectio Divina est disponible en ligne.

(1) Suggestion du missel pour l’allocution aux fidèles (procession des rameaux).

(2) S. Asch, Le Nazaréen, G. Lang 1947, p. 722.

(3) Voyage apostolique du Pape Benoît XVI au Cameroun et en Angola, Discours du 19 mars 2009.