Sollicitude pour les réfugiés, déplacés et victimes de trafic

Audience au Conseil pontifical pour la pastorale des migrants

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1111 clics

"Comme Église, souvenons-nous que c’est en soignant les blessures des personnes réfugiées ou déplacées et des victimes de trafic que nous mettons en pratique le commandement de la charité que Jésus nous a laissé, lorsqu’il s’est identifié à l’étranger, à celui qui souffre, à toutes les victimes innocentes de la violence et de l’exploitation", déclare le pape François.

Le pape François a reçu en audience au Vatican, vendredi 24 mai, les participants de l’assemblée plénière du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, sur le thème suivant : « La sollicitude pastorale de l’Église dans le contexte des migrations forcées ».

Discours du pape François

Messieurs les cardinaux,

Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de vous accueillir à l’occasion de la session plénière du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement : c’est la vingtième depuis que, il y a désormais vingt-cinq ans, le bienheureux Jean-Paul II a élevé au rang de Conseil pontifical ce qui était alors une Commission pontificale. Je me réjouis avec vous pour cette vision et je remercie le Seigneur pour ce qu’il a permis de réaliser. Je salue avec affection le président, le cardinal Antonio Maria Veglio, et je lui suis reconnaissant de s’être fait l’interprète de vos sentiments à tous. Je salue le secrétaire, les membres, les consulteurs et les officiels du dicastère. Merci pour l’attention que vous avez portée à tant de situations difficiles à travers le monde. Et vous, cher Cardinal, vous avez fait allusion à la Syrie et au Proche-Orient, qui sont toujours présents dans ma prière.

Votre rencontre a pour thème « La sollicitude pastorale de l’Église dans le contexte des migrations forcées » et elle coïncide avec la publication du document du dicastère intitulé « Accueillir le Christ dans les réfugiés et dans les personnes déracinées par force ». Ce document attire l’attention sur les millions de réfugiés évacués et apatrides, abordant la plaie des trafics d’être humains qui concernent de plus en plus les enfants, impliqués dans les pires formes d’exploitation et enrôlés jusque dans les conflits armés. Je répète que la « traite des personnes » est une activité ignoble, une honte pour nos sociétés qui se disent civilisées ! Ceux qui les exploitent et les clients à tous les niveaux devraient faire un sérieux examen de conscience face à eux-mêmes et face à Dieu ! Aujourd’hui, l’Église renouvelle vigoureusement son appel afin que soient toujours protégées la dignité et le caractère central de toute personne, dans le respect des droits fondamentaux, comme le souligne sa Doctrine sociale ; elle demande que ces droits soient réellement étendus là où ils ne sont pas reconnus à des millions d’hommes et de femmes sur tous les continents. Dans un monde où l’on parle beaucoup de droits, combien de fois la dignité humaine est-elle, en fait, piétinée ! Dans un monde où l’on parle tant de droits, il semble que seul l’argent ait des droits. Chers frères et sœurs, nous vivons dans un monde où c’est l’argent qui commande. Nous vivons dans un monde, dans une culture où règne le fétichisme de l’argent.

Vous avez à juste titre pris à cœur les situations où la famille des nations est appelée à intervenir, dans un esprit de solidarité fraternelle, avec des programmes de protection, souvent sur un arrière-fond d’événements dramatiques qui atteignent presque quotidiennement la vie de nombreuses personnes. Je tiens à vous exprimer toute mon estime et ma reconnaissance et je vous encourage à continuer sur ce chemin de service pour nos frères les plus pauvres et marginalisés. Souvenons-nous des paroles de Paul  VI : « Pour l’Église catholique, personne n’est étranger, personne n’est exclu, personne n’est loin » (Homélie pour la clôture du Concile Vatican II, 8 décembre 1965). Nous sommes, en effet, une seule famille humaine qui, dans la multiplicité de ses différences, chemine vers l’unité, valorisant la solidarité et le dialogue entre les peuples. L’Église est mère et son attention maternelle se manifeste avec une tendresse et une proximité particulières envers ceux qui sont contraints de fuir leur pays et de vivre entre déracinement et intégration. Cette tension détruit les personnes. La compassion chrétienne, ce « souffrir avec », la compassion, s’exprime avant tout dans l’engagement à connaître les événements qui poussent à quitter par force sa patrie et, lorsque c’est nécessaire, à se faire la voix de ceux qui ne parviennent pas à faire entendre leur cri de douleur et d’oppression. Sur ce plan, vous réalisez une tâche importante en sensibilisant les communautés chrétiennes vis-à-vis de tant de frères dont la vie demeure marquée par des blessures : violence, viols, éloignement de leurs proches, traumatismes, fuite et abandon de leur foyer, incertitude quant à l’avenir dans des camps de réfugiés. Tous ces éléments déshumanisent et doivent pousser tous les chrétiens et toute la communauté à manifester une attention concrète. Mais aujourd’hui, chers amis, je voudrais vous inviter tous à saisir aussi la lumière de l’espérance dans les yeux et dans le cœur des réfugiés et des personnes déracinés par force. Une espérance qui s’exprime dans les attentes vis-à-vis de l’avenir, dans la volonté de lier des relations d’amitié, dans le désir de participer à la société qui les accueille, ce qui passe aussi par l’apprentissage de la langue, l’accès au travail et l’instruction pour les plus jeunes. J’admire le courage de ceux qui espèrent pouvoir reprendre progressivement une vie normale, dans l’attente que la joie et l’amour reviennent égayer leur existence. Nous pouvons tous, et nous devons nourrir cette espérance !

J’invite surtout les gouvernants et les législateurs, et toute la communauté internationale, à considérer la réalité des personnes déracinées par force avec des initiatives efficaces et par de nouvelles approches pour protéger leur dignité, améliorer leur qualité de vie et faire face aux défis qui émergent sous des formes modernes de persécution, d’oppression et d’esclavage. Ce sont, je le souligne, des personnes humaines, qui font appel à la solidarité et à l’assistance, qui ont besoin d’interventions d’urgence, mais aussi et surtout de compréhension et de bonté. Dieu est bon, imitons Dieu. Leur condition ne peut laisser indifférent. Et nous, comme Église, souvenons-nous que c’est en soignant les blessures des personnes réfugiées ou déplacées et des victimes de trafic que nous mettons en pratique le commandement de la charité que Jésus nous a laissé, lorsqu’il s’est identifié à l’étranger, à celui qui souffre, à toutes les victimes innocentes de la violence et de l’exploitation. Nous devrions relire plus souvent le chapitre 25 de l’Évangile selon saint Matthieu, où il est question du jugement final (cf. vv. 31-46). Et je voudrais ici rappeler l’attention que tout pasteur et toute communauté chrétienne doivent avoir pour le chemin de foi des chrétiens réfugiés et déracinés par force de leurs réalités, comme d’ailleurs pour les chrétiens émigrés. Ils ont besoin d’une attention pastorale particulière qui respecte leurs traditions et les accompagne vers une intégration harmonieuse dans les réalités ecclésiales dans lesquels ils se trouvent devoir vivre. Que nos communautés chrétiennes soient vraiment des lieux d’accueil, d’écoute et de communion !

Chers amis, n’oubliez pas la chair du Christ qui est dans la chair des réfugiés : leur chair est la chair du Christ. C’est à vous d’orienter vers de nouvelles formes de co-responsabilité tous les organismes engagés dans le domaine des migrations forcées. Malheureusement, c’est un phénomène en augmentation constante, c’est pourquoi votre engagement est de plus en plus exigeant, afin de favoriser des réponses concrètes de proximité et d’accompagnement des personnes, en tenant compte des diverses situations locales.

Que la protection maternelle de la Très Sainte Vierge Marie soit sur chacun de vous, afin qu’elle éclaire votre réflexion et votre action. Pour ma part, je vous assure de ma prière, ma proximité et aussi mon admiration pour tout ce que vous faites dans ce domaine, et je vous bénis de tout cœur. Merci.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat