SOS éléphants : l'Eglise contre le trafic d'ivoire

Les arguments du P. Lombardi s.j.

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1091 clics

Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège redit l’engagement déterminé de l’Eglise pour la sauvegarde de l’environnement, de la faune et de la flore. Récusant toute participation au trafic d’ivoire et faisant observer que la lutte contre ce trafic n’est pas directement du ressort du Vatican, il annonce cependant des initiatives.

Après une mise en cause publiée sur le « National Geographic », accusant le Vatican de participer aux massacres d'éléphants et au commerce illégal de l’ivoire en acceptant des dons faits en ivoire et en laissant les catholiques utiliser des objets religieux en ivoire, le P. Federico Lombardi, s. j., répond longuement aux nombreux courriers de lecteurs qu’il a reçus.

Les principes de l’Eglise

Renvoyant au Catéchisme de l'Eglise catholique (n° 2415-2418) et au Compendium de la Doctrine sociale de l'Église (Ch. 10), le P. Lombardi rappelle que « la position de l'Église catholique sur ​​la violence injustifiée envers les animaux est claire et simple dans ses principes généraux ».

Voici cette position : « la création est confiée à l'humanité pour être cultivée et protégée comme un don précieux reçu du Créateur et ne doit donc pas être détruite, subir des violences, ou exploitée, mais plutôt traitée avec une grande responsabilité envers les créatures elles-mêmes et envers les générations humaines futures ».

En ce qui concerne les animaux : « même s’ils n'ont certes pas le même niveau de dignité ni les mêmes droits que les êtres humains, ils sont des êtres vivants » et « méritent un traitement respectueux. Ils ne peuvent pas être arbitrairement tués ou fait souffrir ».

Pour le P. Lombardi, le Vatican, qui sert l’Eglise universelle, ne peut « multiplier les déclarations d'un caractère particulier pour l'ensemble des cas spécifiques, qui impliquent souvent différentes régions du monde ». Il doit « affirmer ces principes » et la responsabilité des actions revient aux évêques et fidèles au niveau local.

Lever les ambiguïtés

Sur un ton très personnel, le P. Lombardi affirme par ailleurs que l’Eglise n’encourage pas le trafic d’ivoire : « j'ai 70 ans et je connais très bien l'Eglise catholique et les autorités qui, de Rome, servent l'Église dans le monde entier. Je n'ai jamais entendu ou même lu un mot qui encourage l'utilisation de l'ivoire pour les objets de dévotion ».

Même si des objets religieux en ivoire existent, pour la plupart anciens, « il n'y a jamais eu d’encouragement de la part de l'Église pour utiliser l'ivoire au lieu de tout autre matériau » et « il n'y a jamais eu aucune raison de penser que la valeur de la dévotion religieuse puisse être corrélée à la préciosité du matériau de l'image utilisée », fait-il observer.

Il récuse l’idée qu’il y aurait « une organisation promue ou encouragée par les autorités de l'Eglise catholique pour le commerce ou l’importation d'ivoire ». En outre, indique-t-il, dans la Cité du Vatican « il n'y a pas de magasin qui vende des articles en ivoire aux fidèles ou aux pèlerins ».

« J'ai suivi les activités du Pape, à Rome et dans ses voyages à l'étranger, pendant de nombreuses années », poursuit-il : « personnellement, je n'ai jamais vu le pape donner de cadeau en ivoire à ses visiteurs ». Les dons du pape « sont toujours fabriqués en métal, céramique, mosaïque », ou ce sont « des livres, des gravures, des médailles... », précise-t-il, ajoutant que le présent de Jean-Paul II au président Reagan il y a 25 ans, mis en cause par le National Geographic est « certainement une exception ».

« Parfois, mais rarement », le P. Lombardi a vu quelqu’un offrir un cadeau en ivoire, comme le jeu d’échec du président de la Côte d'Ivoire en novembre dernier, qui a précisé cependant que l’objet « avait été fabriqué à partir de l'ivoire légal ».

Du ressort local

Le P. Lombardi distingue également le Vatican du niveau local : « peut-être y a-t-il des cas de commerce illégal d'ivoire utilisé dans certaines parties du monde pour les images religieuses chrétiennes. Si de tels cas sont identifiés, ils doivent être clairement condamnés par les autorités compétentes – civiles ou religieuses – mais il n'y a aucune raison d'en attribuer la responsabilité au «Vatican» ».

En ce sens, un prêtre aux Philippines accusé de commerce illégal de l'ivoire « n'a absolument rien à voir avec la responsabilité du «Vatican», qui ne sait rien et n'a rien à voir avec lui ». Il en va d’abord de la responsabilité de ce prêtre et de celle des autorités civiles des Philippines qui « peuvent et devraient le punir s'il participe à des trafics illicites ».

De même, la boutique Savelli près de la place Saint-Pierre, qui vend quelques objets en ivoire parmi de nombreux objets de piété est « une propriété privée » « entièrement soumise à la juridiction italienne ».

« Penser qu'il y a un centre important de trafic d'ivoire à déraciner ici pour sauver les éléphants d'Afrique n'a pas de sens », souligne-t-il.

L’engagement du Vatican

Le P. Lombardi relève que « le plus grand développement du commerce d'ivoire se situe aujourd'hui dans les pays asiatiques » où les catholiques sont une petite minorité. En outre, « l'ivoire est utilisé dans les produits de la médecine traditionnelle et dans divers objets qui n'ont rien à voir avec une quelconque dévotion religieuse ». Quant au braconnage en Afrique, il est « généralement le fait de gangs criminels et de groupes rebelles militants ».

Pour toutes ces raisons, « il est impossible de penser que le «Vatican» peut avoir à sa disposition des outils puissants et efficaces pour lutter contre le massacre des éléphants en détruisant le commerce illégal de l'ivoire en plein essor », estime-t-il.

Cependant, le Vatican a aussi le « devoir de lutter contre ce phénomène grave et injustifiable ». Le P. Lombardi décline l’opportunité de l’adhésion à la Convention CITES, arguant qu’il n’y aurait « aucun intérêt pratique » puisqu’il n'existe « aucune institution de la Cité du Vatican ou du Saint-Siège qui traite du commerce de plantes ou d’espèces animales en voie de disparition ».

« Participer à une convention internationale exige du personnel et de l'engagement, par conséquent une "petite" entité telle que le Vatican doit choisir là où sa participation peut être le plus efficace », ajoute-t-il, citant les conventions internationales auxquelles le Vatican a adhéré « sur le désarmement, les droits de l'homme et la liberté religieuse ».

En revanche, il propose d’entreprendre « un programme d'information et d'autonomisation par certaines organisations du Vatican ». Essentiellement trois initiatives :

Tout d’abord, « porter cette question à l'attention du Conseil pontifical Justice et Paix, qui est le dicastère du Vatican chargé d'étudier précisément les problèmes liés à la justice et à la paix, mais aussi à l'environnement » et qui est « en contact avec les commissions nationales analogues « pour la justice et la paix » des communautés catholiques du monde entier ».

Ensuite, « proposer aux sections de Radio Vatican qui préparent la programmation pour l'Afrique (en anglais, français, portugais et swahili) d’enquêter sur ce sujet et d'en parler à la radio afin d'encourager les communautés ecclésiales à s'engager dans la lutte contre le braconnage et le commerce illégal de l'ivoire », si possible « en collaboration avec les fidèles des différentes confessions chrétiennes ou d'autres religions ».

Enfin, le P. Lombardi propose de « rendre les contributions de la recherche de l'Académie Pontificale des Sciences sur les questions environnementales et la biodiversité plus largement connues ».

« Le massacre des éléphants ne s'arrêtera pas grâce à ces initiatives, mais au moins nous travaillons ensemble pour trouver des solutions pratiques pour l'arrêter, avec les possibilités d'information et de formation à notre disposition », conclut-il.