Soudan : l'archidiocèse de Khartoum demande la libération de Meriem Ibrahim

Catholique, condamnée à mort pour présumée apostasie de l'islam

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 577 clics

L’archidiocèse de Khartoum appelle à la libération de Merim Ibrahim, jeune femme catholique, médecin, mère de deux petits enfants, condamnée à mort pour présumée apostasie de l'islam.

Un appel lancé au nom de la Constitution du Soudan qui prévoit la liberté religieuse (art. 38), dans un communiqué publié le 11 juin et diffusé en Italien par l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED Italie).

Le document intègre le texte rédigé le 21 mai dernier par le Conseil des Eglises du Soudan et porte la signature du père Mussa Kacho, vicaire épiscopal de la région pastorale de Khartoum.  

 « A la lumière des informations fournies et pour honorer la ferme volonté de Meriam de ne pas abandonner sa foi chrétienne, nous implorons la magistrature et les autorités compétentes de revoir cette affaire et d’y mettre un terme par des moyens raisonnables », demande l’archidiocèse de Khartoum.

« Selon les autorités compétentes, Meriam Ibrahim ne sera libérée que si elle renonce à la foi chrétienne et divorce de son mari Daniel », explique ce communiqué.

Il rappelle dans quelles conditions vit la jeune maman actuellement : « En ce moment Meriam se trouve encore dans la prison d’Omdurman (de l’autre côté du Nil par rapport à Khartoum), pratiquement dans le couloir de la mort. Enchainée, elle allaite sa petite fille, née en prison le 28 mai dernier. Son cas sera jugé en appel, mais personne ne connaît encore la date de son jugement en deuxième instance. »

L’archidiocèse de Khartoum rappelle aux autorités soudanaises que la constitution de leur pays garantit expressément à l’art. 38 la liberté religieuse et de culte, et interdit d’imposer une religion à ceux qui n’y croient pas librement.

« Nous exprimons notre profond mécontentement et déception de savoir cette affaire gérée dans un tribunal: sans aucun respect pour la foi religieuse de Meriam.  Le nœud central de toute cette affaire c’est que la femme n’a pas abandonné islam pour le christianisme, car dès son enfance elle n’a jamais pratiqué la religion islamique », fait savoir le communiqué.

Comme Zenit l’a déjà expliqué précédemment, il précise que « le père de Meriam était bien musulman, mais il a quitté sa famille  quand elle n’avait que cinq ans. La jeune femme a donc grandi en pratiquant la religion de sa mère, chrétienne orthodoxe, pour ensuite devenir catholique, juste avant de faire la connaissance de son futur époux Daniel Wani en 2011.

Les juges ont toutes fois jugé la jeune femme comme une musulmane, la condamnant à mort pour apostasie sur la base de l’art. 126 du code pénal du Soudan, fortement inspiré de la charia.

« Par ailleurs pour la loi islamique, explique l’AED Italie, une femme musulmane ne peut épouser un chrétien (art. 146 du code pénal soudanais). Le mariage de Daniel et Meriam est donc nul et leurs deux enfants constituent la preuve de zina, un terme de la charia pour indiquer le délit d’adultère, qui comprend aussi les relations sexuelles en dehors du mariage. C’est pourquoi à l’accusation d’apostasie s’ajoute celle de l’adultère et à la condamnation à mort la peine de 100 coups de fouet.

« Ce n’est pas la première fois que le couple est accusé d’avoir commis un adultère. En septembre 2013, ils furent tous deux arrêtés, suite à la dénonciation de plusieurs personnes, ces dernières affirmant être des parents de la jeune femme, mais à l’époque la cour d’Haj Yousif avait laissé tomber les accusations. Aujourd’hui, si Meriam devait décider d’abandonner la foi chrétienne, la seule voie possible pour sauver leur mariage serait que Daniel se convertisse à l’Islam et que les deux se remarient selon le rite islamique ».

Traduction d'Océane Le Gall