Soudan : Meriam Yahya met au monde une petite fille

Le Saint-Siège plaide pour la liberté religieuse

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 933 clics

Le Saint-Siège plaide pour la liberté, et le respect de la liberté religieuse dans le cas de Meriam Yahya Ibrahim Ishaq, médecin chrétien de 27 ans, condamnée à mort pour apostasie. Elle a mis au monde, le 27 mai, à l’infirmerie de la prison de Khartoum, une petite fille: Maya.

La communauté internationale continue de demander aux autorités soudanaises la libération de la jeune femme et de son premier fils de 20 mois, tandis qu'elle  cintue de subir des pressions pourla faire abjure la foi chrétienne, ce qu'elle refuse.

Son mari, un chrétien du Soudan du Sud, se bat pour la faire libérer, avec le soutien de l’Eglise locale, d’ONG et des diplomates.

Dénoncée par un parent, elle est accusée d’avoir abandonné l’islam pour se convertir au christianisme. En fait, elle est la fille d'une chrétienne orthodoxe et d’un musulman qui a abandonné sa famille quand elle était petite, ce qui fait qu'elle a été élevée par sa mère dans les valeurs chrétiennes. Or, la loi coranique prévoit la transmission de la foi dans la ligne paternelle : elle serait donc musulmane.

Elle est également accusée d'adultère pour avoir épousé un chrétien – son mariage n’étant pas reconnu - et elle a été condamnée pour cela à cent coups de fouet.

La peine capitale est suspendue pendant deux ans à partir de la naissance de sa fille – la loi prévoyant l’allaitement pendant cette période -. 

« Il faut respecter le droit fondamental de la liberté religieuse », déclare Mgr Silvano Maria Tomasi, Observateur permanent du Saint-Siège auprès de l'ONU à Genève.

« C’est, explique-t-il au micro de Radio Vatican, un cas symptomatique et nous devons le situer dans le contexte plus large des cas comme celui d'Asia Bibi au Pakistan ou d'autres personnes accusées ou emprisonnées pour blasphème ou d'autres types de violations ou d'allégations de violations de la charia. Le problème fondamental est de savoir comment respecter les droits fondamentaux de ces personnes , en face de certaines traditions ou des situations politiques où il est difficile , pour des raisons d'histoire et de la culture publique , de respecter ces droits fondamentaux ? »

Il insiste sur le « respect du principe de la liberté religieuse , qui est un droit fondamental , non seulement de pratiquer une religion , mais aussi de changer de religion ».

Il précise que ce principe a été « reconnu par la Constitution du Soudan en 2005 » : c’est « une constitution provisoire, mais c'est la constitution qui est en vigueur ».

Par conséquent, dans le cas de Meriam Ibrahim « le système judiciaire fonctionne un peu sous la pression des circonstances locales, plutôt que conformément à une loi qui, en fait, se conforme au droit international et a également reconnu par le Soudan la liberté de culte et la liberté de conscience et de religion ».

Mais il soulève l’autre aspect de ce cas : « il s'agit de la façon dont les femmes sont traitées dans la société. »

Il explique que l'homme musulman peut épouser une femme d'une autre religion aussi, sans être pénalisé par la charia ou d'autres instruments juridiques, mais qu’une femme musulmans ne peut pas épouser un mari d’une autre religion.

Il invite à « réfléchir à cette situation » et « voir comment promouvoir ces droits fondamentaux que sont : la liberté de religion, de conscience, la liberté de changer de religion, l'objectivité de la justice, le respect des femmes comme égales à l'homme dans le droit du mariage, l'héritage, ou la participation à la vie publique » et « essayez de créer une atmosphère de dialogue, de compréhension et d’éduquer de façon à ce qu’il soit « clair que la voie à suivre est le respect de la dignité de toute personne ».

Pur ce qui est de l’opinion publique internationale, Mgr Tomasi fait observer que « l’attention à ces situations peut conduire à un dialogue et à une réflexion sur la primauté du droit international au niveau local, et en particulier de ces droits fondamentaux qui doivent être respectés par tous » : « C'est la voie pour l'avenir de la société humaine. Nous devons tous travailler ensemble dans le monde globalisé d'aujourd'hui, où les différences s’accroissent, où nous vivons dans un pluralisme des religions, des cultures et des modes de vie qui nous amènent à trouver une façon de vivre ensemble en paix , en commençant par le respect fondamental de la personne humaine et de sa dignité. »