Soyez des hommes de frontières !

Le pape reçoit "La Civiltà Cattolica"

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 928 clics

« Soyez des hommes de frontières », afin de « guérir » la « fracture entre Evangile et culture » : c’est l’exhortation du pape François aux jésuites de la « Civilta Cattolica ».

Le pape François a reçu les contributeurs de la revue jésuite italienne, "La Civiltà Cattolica", dirigée par le P. Antonio Spadaro, sj, ce matin, 14 juin 2013.

Les rédacteurs de la Civiltà Cattolica, créée en 1850, travaillent « en lien particulier avec le pape et le Siège apostolique », leur a dit le pape, qui leur a proposé trois paroles, comme guide de conduite pour leur vocation.

Guérir la fracture entre Evangile et culture 

Parmi ces paroles : la frontière. « Vos lieux propres sont les frontières. C’est la place des jésuites », a-t-il estimé, en exhortant : « Soyez des hommes de frontières, avec cette capacité qui vient de Dieu ». Parmi ces « frontières », le pape a cité à titre d’exemple les réseaux sociaux.

Aller aux frontières, a-t-il expliqué, c’est « accompagner de ses réflexions les processus culturels et sociaux » afin de contribuer à « guérir » la « fracture actuelle entre Evangile et culture », fracture qui passe aussi « par le cœur de chaque homme ».

Le pape les a mis en garde : aller aux frontières, ce n’est pas « apprivoiser les frontières », ni « apporter les frontières chez soi pour les vernir un peu et les domestiquer ». Aller aux frontières implique un « engagement courageux » dans une foi « convaincue et mature », capable de « donner sens à la vie » et d’offrir « des réponses convaincantes à ceux qui sont à la recherche de Dieu ».

De la place pour le point de vue de l’autre

Un autre mot clé donné par le pape : le dialogue. Faisant allusion à l’histoire des 163 ans de vie de la revue, il a rappelé que son devoir principal n’était pas « de construire des murs mais des ponts », c’est-à-dire « d’établir un dialogue avec tous les hommes, y compris avec ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne », et même ceux qui « s’y opposent ».

La définition du dialogue ? « Être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, donner de la place à son point de vue, sans pour autant tomber dans le relativisme ». Pour dialoguer, « il faut abaisser ses défenses et ouvrir les portes », a précisé le pape.

« Il y a tant de questions humaines à discuter, à partager, et dans le dialogue il est toujours possible de se rapprocher de la vérité et de s’enrichir mutuellement », a-t-il ajouté.

Saluant une revue « unique en son genre, qui naît d’une communauté de vie et d’étude », il a souligné que la « Civiltà cattolica » n’était autre que « la civilisation de l’amour, de la miséricorde, de la foi ».

Chercher et trouver Dieu en toute chose

Enfin, la dernière parole est le discernement, qui est « le trésor des jésuites », a déclaré le pape. Le « discernement » consiste à « chercher et trouver Dieu en toutes choses » avec une intelligence humble et ouverte, selon saint Ignace.

Concrètement, le pape les a invités à « recueillir et exprimer les attentes, les désirs, les joies et les drames du temps présent », et à « offrir les éléments pour une lecture de la réalité à la lumière de l’Evangile ».

« Dieu est à l’œuvre dans la vie de tout homme et de toute culture : l’Esprit souffle où il veut », a-t-il insisté, lançant le défi de « chercher à reconnaître présence de Dieu dans les réalités humaines et culturelles, la semence de sa présence dans les évènements, les sensibilités, les désirs, les tensions profondes des cœurs et des contextes sociaux, culturels et spirituels ».

Pour cela, le pape a insisté sur la nécessité « de l’étude, de la sensibilité, de l’expérience ». Et si l’« observation informative doit être large, objective et opportune », elle doit garder une attention particulière « à la vérité, la bonté et la beauté de Dieu » présente dans le monde, car « c’est de cette attention que naît le jugement serein, sincère et fort, éclairé par le Christ », a-t-il ajouté.

Encourageant à garder « le cœur ouvert » et à « éviter la maladie spirituelle de l’autoréférentialité », le pape a conclu en leur souhaitant un « regard prophétique et dynamique vers l’avenir », en d’autres termes, de « rester jeune et audacieux dans la lecture des évènements ».