Sri Lanka : Une église catholique attaquée par des bouddhistes extrémistes

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ROME, Mardi 8 Décembre 2009 (ZENIT.org) - Le 6 décembre dernier, un groupe de plusieurs centaines d'individus armés de bâtons et de sabres a pris d'assaut l'église catholique Notre-Dame de la Rose mystique à Crooswatta, dans la paroisse de Kotugoda, à Ja-Ela, à quelques kilomètres au nord de Colombo, alors que venait de s'achever la messe de 7 h 00 du matin, a rapporté « Eglises d'Asie », l'agence des Missions étrangères de Paris (MEP), le 8 décembre.

Le groupe, constitué de bouddhistes extrémistes, a saccagé l'édifice, brisant les statues, l'autel et tout le mobilier liturgique avant de s'en prendre au curé de la paroisse, le P. Jude Denzil Lakshman, qui essayait faire fuir les fidèles. Le prêtre, attaqué au sabre, n'a eu la vie sauve que grâce à l'intervention d'un jeune paroissien. Les assaillants ont également incendié la voiture du prêtre ainsi que plusieurs véhicules dont la plupart étaient des motocyclettes appartenant à des familles pauvres. Blessés, plusieurs paroissiens ont dû être transportés à l'hôpital.

A l'annonce de l'attaque de leur église, quelque 500 catholiques ont organisé un sit-in dans les rues en signe de protestation, réclamant que la police arrête les responsables de l'agression. Pour le moment, une seule personne a été écrouée par les forces de l'ordre.

Dans cette localité où coexistent, non sans tensions, quelque 300 familles catholiques et 350 familles bouddhistes, la paroisse catholique ne peut achever la reconstruction de l'église, commencée en 2007, en raison des violences commises par des bouddhistes extrémistes, encouragés par les responsables du monastère bouddhique voisin. Les heurts entre les deux communautés ont pris de l'ampleur ces dernières années. En 2006, une statue de la Vierge Marie avait été fracassée et, en 2007, toutes les statues de l'église détruites. Le 6 octobre 2007, malgré une première décision de justice en faveur des chrétiens, la police de Ja-Ela avait suspendu la célébration de l'Eucharistie, en plein office, pour « troubles à l'ordre public ». Quelques jours auparavant, le responsable du monastère bouddhique voisin avait menacé la communauté catholique de « lui retirer une quinzaine de vies » si la construction de l'église n'était pas stoppée immédiatement, la présence d'un édifice chrétien étant « une insulte » pour toutes les familles bouddhistes de la région.

En 2008, la Cour suprême, saisie par la communauté catholique de Crooswatta, avait annulé la décision de la police locale interdisant les travaux d'agrandissement de l'église et l'accroissement des activités de la paroisse, avec la création notamment de classes de catéchisme et la célébration d'offices supplémentaires. Le 28 juillet 2008, le juge avait réaffirmé le droit constitutionnel de tout citoyen à la liberté de religion et de culte et ordonné la reprise des travaux et des activités liturgiques et paroissiales.

Dès l'annonce de l'attaque du 6 décembre dernier, des policiers ainsi que des forces armées ont été déployés sur place afin de prévenir d'autres incidents. Une base de l'armée de l'air, située à proximité de l'église de Crooswatta, a fourni des unités pour sécuriser la zone, tandis que plusieurs hauts responsables du gouvernement, dont le ministre de l'Aviation, étaient dépêchés sur les lieux.

La communauté catholique et ses représentants, dont le P. Cyril Gamini Fernando, vicaire épiscopal de la région nord de l'archidiocèse de Colombo, ont rapporté aux enquêteurs que la police locale était demeurée passive à chacun des incidents qui s'étaient produits à propos de l'église, allant jusqu'à relâcher les personnes qui avaient été reconnues par des témoins comme des assaillants, sans jamais fournir la protection de la communauté chrétienne demandée par la Cour suprême en 2008.

De son côté, Mgr Malcom Ranjith Patabendige Don, archevêque de Colombo, a instamment demandé que les mesures de sécurité mises en place par les forces de l'ordre concernent non seulement l'église mais aussi et surtout les paroissiens. Outre l'église, les maisons des chrétiens du village sont en effet régulièrement attaquées et mises à sac.

Le curé de Notre-Dame de la Rose mystique, explique cette nouvelle attaque de son église (la troisième en quatre ans) « par la peur ressentie par une majorité de bouddhistes face au nombre croissant de chrétiens dans la région (...) ». En revanche, il rejette catégoriquement les informations diffusées par des médias locaux selon lesquelles ce serait l'attaque par des catholiques d'un temple bouddhique qui aurait amené des bouddhistes à s'en prendre à sa communauté, en représailles (1).

 

(1)           www.archdioceseofcolombo.com, 6 décembre 2009 ; Guardian, 16 octobre 2007 ; Ucanews, 7 décembre 2009 ; Asianews, 15 octobre 2007.

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