Syrie: « Vous essuyez les larmes de Dieu»

Par le président de Caritas Liban

Rome, (Zenit.org) Junno Arocho Esteves | 555 clics

Le conflit actuel en Syrie a laissé des centaines de milliers de morts et de blessés, ainsi que des millions de personnes qui fuient le pays. Le pape François, comme le pape émérite Benoît XVI, a lancé des appels répétés pour mettre fin à l'effusion de sang tout en mobilisant les organisations de secours catholiques pour aider les pays voisins à faire face à l'afflux massif de réfugiés.

Un représentant du Conseil pontifical «Cor Unum», a déclaré aujourd'hui que, à ce jour, l'Église catholique a donné plus de 25 millions d’euros (33 millions de dollars) pour soutenir les efforts de secours au Liban, en Turquie, en Jordanie et au Moyen-Orient depuis le début du conflit entre les factions rebelles et le gouvernement syrien.

Caritas Liban a été l'une des principales organisations caritatives catholiques qui ont contribué à aider les réfugiés qui fuient le conflit. Son président, le père Simon Faddoul, a parlé à Zenit des défis posés par l’aide aux personnes dans le besoin, ainsi que des effets du conflit sur les pays voisins de la Syrie.

Zenit - Quels sont les défis actuels auxquels est confrontée Caritas Liban ?

Père Faddoul - Eh bien, il y a effectivement un certain nombre de défis à relever. Le premier est certainement le financement, un financement approprié pour nos programmes parce que ce n'est pas facile, surtout avec la crise actuelle, et les ressources sont de plus en plus rares. Le deuxième tient à ce que vous avez des gens dans les camps et vous en avez en dehors des camps, ce qui rend très difficile de les identifier et d’essayer de faire quelque chose de valable. La troisième difficulté c’est la durée de la crise, qui ne nous empêche pas seulement de faire entièrement notre travail, mais nous avons chaque semaine de nouvelles choses à faire, car il y a de nouveaux arrivants tous les jours.

Ce n'est pas fini, ce n'est pas comme si nous avions un million et demi de personnes qui arrivent et c'est tout. Non, chaque jour nous avons de nouveaux arrivants. En moyenne, environ 2.000 personnes arrivent chaque jour. C'est fou ! Dans notre bureau d'inscription, nous avons tous les jours entre 30 et 40 familles, ce qui rend le travail très difficile.

L’autre défi, ce sont les [maladies] qui commencent à se propager en raison de l'absence d'infrastructure sanitaire, d'hygiène, d'eau propre, etc. Je pense que si vous visitez les camps, vous savez de quoi je parle parce que les conditions sont vraiment misérables. En fait, dimanche dernier, le cardinal Sandri, de la Congrégation des Églises orientales, est venu visiter un camp et il a vu que la situation est très alarmante en ce moment. Et puis un autre défi, ce sont les enfants qui sont abandonnés partout. En grandissant, ce sera une génération de combattants ou de personnes psychotiques. Et puis vous avez des femmes qui sont victimes de violence et d'autres qui ont recours à la prostitution. Il y a toutes sortes d'iniquités.

Un autre défi encore est l'impact de la présence [des réfugiés] sur la population libanaise, sur la culture libanaise, sur la structure, la composition de la démographie. C’est en train de modifier la démographie du Liban. Et maintenant, avec la « guerre de religion » qui est ouvertement déclarée, l'impact sera certainement plus grand avec ces centaines de milliers de réfugiés, dont la plupart sont musulmans.

On a rapporté que le président Assad avait eu recours à des armes chimiques. Avez-vous eu des réfugiés qui ont confirmé cela ou signalé des blessures causées par ces armes ?

Pas vraiment. J'ai été une fois dans un camp avec le ministre des Affaires étrangères de l'Autriche et sa délégation et un homme est venu vers nous en nous montrant son fils [qui avait des taches sur ses bras et ses mains] et il a déclaré : « ceci est le résultat d'armes chimiques ». En fait non, c'était la leishmaniose. C'est une maladie qui se propage partout [sur le corps]. C’est quelque chose qui pouvait être guéri, mais cela vient d'un manque de propreté, d'hygiène. Et ça se répand. J'ai vu une fille qui avait une très grosse tache sur le nez.

En dehors de l'assistance aux réfugiés, avez-vous également aidé pour essayer d'obtenir la libération de personnes qui ont été enlevées, par exemple, les deux évêques de Syrie qui ont disparu depuis près de deux mois ?

Eh bien non, parce que personne n'ose. Le problème est que si c'est le gouvernement [qui est responsable de l'enlèvement], alors vous savez que c'est le régime. Du côté de l'opposition, vous avez plus de 100 factions qui se battent là-bas et la plupart sont venues de l'extérieur de la Syrie, à savoir d'Afghanistan, de Tchétchénie, du Pakistan, d'Arabie saoudite, d’Europe, d’Amérique, etc. Et ils ont chacun leur propre agenda, leur manière de traiter les choses.

En fait, les évêques allaient tenter de libérer trois prêtres enlevés quand ils ont été enlevés à leur tour.

Et on ne sait rien du lieu où ils se trouvent ?

Non, le patriarche orthodoxe était en Turquie la semaine dernière. J’ai vu cela aux nouvelles hier. Il a dit qu'il y avait des promesses potentielles. Nous espérons, mais jusqu'à présent il n'y a eu aucune nouvelle.

Dans la rencontre d'aujourd'hui avec le pape François, avez-vous eu l'occasion de parler au Saint-Père ou vous a-t-il dit quelque chose personnellement ?

Eh bien, il envoie ses salutations au peuple libanais et il m'a demandé de saluer tous les bénévoles de Caritas Liban ainsi que les travailleurs sociaux et il m'a dit: « Vous essuyez les larmes de Dieu ». Il a été très touché quand il a prononcé ces paroles pour nous en tant que groupe.

Nous avons des milliers de lecteurs à travers le monde qui ont suivi les événements en Syrie. Je suis sûr qu'ils aimeraient savoir comment ils peuvent aider.

Je connais Zenit. Je suis un lecteur de Zenit. Eh bien d'abord, ils peuvent certainement aider en faisant un don, que ce soit à Caritas Liban, à d'autres Caritas ou à des organisations de l'Église au Liban, en Turquie, en Syrie, etc. À l'intérieur de la Syrie, surtout, ils ont un grand besoin d'aide. Maintenant, nous pouvons être une aide à cet égard parce que nous avons des contacts et parfois nous faisons des allers-retours dans le pays lorsque c'est possible. En fait, Caritas Liban a assisté la ville syrienne assiégée de Rableh. Nous avons aidé en envoyant des camions de nourriture depuis début août 2012 avec l'aide de nos partenaires, qui ont financé cela en coordination avec les gardes-frontières.

Maintenant, les choses se sont un peu assouplies, mais nous envoyons quand même [de la nourriture] parce qu'ils n'ont rien. Ils n'ont pas de travail, on leur a interdit de travailler dans les champs et ils étaient donc totalement dépendants de nous ; nous avons envoyé toutes les semaines des camions chargés de nourriture, de médicaments, de couches pour bébés, etc.

Les lecteurs peuvent aussi certainement soutenir par la prière, l’aspect spirituel, en s'unissant avec nos frères et sœurs. Ils peuvent notamment s’unir à nos frères et sœurs chrétiens qui, à mon avis, paient un prix beaucoup plus élevé en raison de la fragilité de leur situation.

Ils pourraient aussi soutenir les programmes spéciaux que nous avons pour les Syriens dans le Liban et la Syrie. Nous avons des programmes pour les enfants, pour les femmes victimes de violence, pour les personnes âgées et les familles vulnérables.

Pour plus d'informations ou pour faire un don à Caritas Liban : www.caritas.org.lb

Traduction Hélène Ginabat