Tchad/Darfour : Le « précieux devoir des chrétiens », sauver les musulmans

L’archevêque de N’Djamena se confie à Fides

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ROME, Jeudi 28 septembre 2006 (ZENIT.org) – « Nous n’avons pas le choix: c’est notre précieux devoir de chrétiens d’intervenir pour sauver nos frères musulmans » affirme, dans les colonnes de l’agence vaticane Fides, l’archevêque de N’Djamena, Mgr Matthias N’Gartéri Mayadi, en commentant la présence de 200.000 réfugiés du Darfour au Tchad.



« Nous travaillons dans une situation difficile mais l’espérance d’un avenir meilleur ne nous quittera jamais », a expliqué l’archevêque de N’Djamena, capitale du Tchad, qui se trouvait à Rome pour la visite ad limina.

« Le Tchad se trouve dans une situation de guerre depuis la première rébellion en 1965 et depuis 4 ans nous avons eu une recrudescence de guérillas dans la partie Est du pays. Le 13 avril de cette année nous avons vécu des moments dramatiques, lorsque les rebelles ont pénétré à l’intérieur de la capitale, d’où ils ont ensuite été chassés » explique l’archevêque. « Comme Eglise nous nous sentons engagés dans la réconciliation nationale : nous voulons contribuer à apporter la paix parmi tous les citoyens autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, dans le gouvernement, parmi les rebelles et l’opposition politique. Et c’est cela la signification de notre déclaration, publiée peu avant les dernières élections, par laquelle nous demandons à tous les responsables politiques et militaires de donner la preuve de leur modération afin de préserver la vie des personnes, la paix et la concorde nationale » (cf. Fides 3 mai 2006).

Mgr Mayadi souligne que « la guerre a accentué la désagrégation entre les ethnies. Si les rebelles sont divisés entre eux et n’ont pas réussi à créer un front unique c’est à cause des divisions ethniques et régionales. Cela nous conduit à réaffirmer notre engagement pour surmonter les divisions du pays, en vue de la consolidation de l’unité et de la paix durable. L’une et l’autre sont intimement liées : sans une paix définitive il ne pourra jamais y avoir d’unité nationale ».

Une autre urgence sérieuse à laquelle le pays doit faire face est celle des 200.000 réfugiés provenant du Darfour (Ouest du Soudan) qui sont accueillis dans les camps de réfugiés de l’est du Tchad. L’Eglise est en première ligne dans l’aide à apporter à ces personnes, ainsi que l’explique l’archevêque de N’Djamena : « Depuis le début de l’urgence la seule organisation nationale capable de la gérer a été la « Sécadev » (la Caritas tchadienne) que nous avons chargé de diriger deux camps pour réfugiés. A côté de la « Sécadev » travaille le « Jesuit Refugees Service », surtout en ce qui concerne l’éducation des enfants des deux camps, auxquels s’ajoutera bientôt un troisième. On nous a en effet demandé d’augmenter notre présence vu le flux continuel! de réfugiés. Nous réfléchissons sur la façon de répondre au mieux aux nouvelles demandes d’aide qui nous parviennent depuis l’Est du pays ».

« Malgré nos ressources limitées » - continue l’archevêque - « nous sommes convaincus qu’il est extrêmement important de donner une réponse concrète à ces demandes d’aide parce qu’il y a des vies humaines en danger. On pourrait penser que parmi les réfugiés il y a des chrétiens. Non, au contraire, il n’y a pas de chrétiens : les réfugiés du Darfour sont tous musulmans. C’est donc une occasion de montrer encore une fois que l’Eglise catholique ne prend pas position contre une religion ou une ethnie. Nous intervenons parce qu’il y a des vies humaines en jeu. Quand quelqu’un souffre, pour nous c’est le Christ qui nous appelle à son secours. Nous n’avons donc pas le choix : c’est notre précieux devoir de chrétiens d’intervenir pour sauver nos frères musulmans ».

« Les rapports avec les musulmans ne sont ni bons ni mauvais. Nous souhaitons des rapports beaucoup plus fraternels comme c’est le cas par exemple en Afrique occidentale, ou aussi au Niger, notre voisin, ou au Burkina Faso », dit Mgr Mayadi.

Selon l’archevêque de N’Djamena, enfin, les missionnaires ont encore beaucoup à faire au Tchad : « Depuis 1957, l’année où le premier prêtre tchadien a été ordonné, jusqu’à aujourd’hui, au moins 150 prêtres locaux ont été ordonnés, parmi lesquels environ une centaine sont encore en activité. Les missionnaires ont exercé un rôle essentiel dans la fondation de l’Eglise au Tchad. Je crois que leur présence est encore fondamentale, surtout pour témoigner de l’universalité de l’Eglise catholique. Voir un missionnaire européen, mais aussi désormais asiatique, latino-américain, ou d’un autre pays africain, aide nos fidèles à se sentir membre de la grande famille qu’est l’Eglise universelle ».