Terre Sainte : homélie pascale du patriarche Fouad Twal

Le patriarche latin dit sa confiance dans les jeunes

| 966 clics

ROME, vendredi 20 avril 2012 (ZENIT.org) – Le patriarche latin de Jérusalem, S. B. Fouad Twal manifeste son soutien à l’espérance des jeunes chrétiens, et sa confiance en eux, dans son homélie pour la nuit de Pâques au Saint-Sépulcre.

« Autour de nous dans les pays arabes, une jeunesse enthousiaste a secoué la poussière de ses pieds et d’une histoire obscure, misérable et totalitaire. Elle s’est armée de courage, cherchant une nouvelle vie faite de justice, de liberté et de dignité. C’est une nouvelle génération qui cherche la résurrection, et la réforme pour leur peuple. La forte volonté de ces jeunes et leur confiance dans un avenir meilleur, sont les seuls outils de ces changements », dit notamment le patriarche.

Homélie de Pâques 2012

Saint-Sépulcre

Monsieur le Cardinal William Levada,

Chers frères dans l’épiscopat et le sacerdoce,

Chers religieux et religieuses, chers fidèles de Terre Sainte,

Chers pèlerins venus du monde entier, chers fidèles présents par les médias,

En ce jour glorieux, nous revivons dans cette Basilique du Saint-Sépulcre la joie de Pâques, celle du Christ ressuscité, vraiment ressuscité et qui « nous précède en Galilée » (Mt 28, 7).

A tous je souhaite une belle et sainte fête de la Résurrection, en sachant que les évènements qui se déroulent au Moyen-Orient menacent notre région, nos peuples et nos chrétiens, et rendent cette joie pascale plus terne.

1 – Trois femmes disciples de Jésus vont au tombeau pour oindre d’aromates le corps du Crucifié descendu de la Croix (Mc 16, 1-2). Mais alors qu’elles s’aperçoivent que le tombeau est déjà ouvert et que le Corps de Jésus n’y est plus, un « homme vêtu de blanc » leur dit « vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici » (Mc 16, 6-7). Ces femmes sont saisies par la peur, sous le choc et l’étonnement. Cependant elles quittent le tombeau pour rapporter aux disciples ce qu’elles ont vu et entendu (Mt 28, 8).

Aujourd’hui, nous sommes des milliers à chercher le visage du Christ, sa Parole et sa Paix. Et nous sommes dans la peine quand nous ne parvenons pas à Le trouver ni dans les discours politiques, ni dans le monde économique, ni dans la famille. Et la peur nous envahit devant ce vide, tout comme elle a envahi les femmes devant le tombeau vide.

Effectivement, ce tombeau ne contient plus le corps du Crucifié. Et pourtant, le Christ veut que par la foi et la charité, l’humanité toute entière revienne à lui. Il nous demande de diffuser la nouvelle de sa venue de son Royaume ةcomme Il a demandé aux femmes d’annoncer sa Résurrection aux disciples. Aujourd’hui, nous aussi nous sommes témoins de sa Résurrection et nous n’avons pas de raison d’avoir peur ni de douter : le Tombeau est vide, le Crucifié est vivant. Désormais, personne ne peut se L’approprier : Aucun lieu, aucun pays, aucun peuple.

2 – Aujourd’hui, Le Ressuscité d’entre les morts nous demande à notre tour, d’être les annonciateurs de la Bonne Nouvelle autour de nous, et de répandre la joie pascale. Malgré que le Vendredi saint et le poids de la mort a duré longtemps pour nous et notre pays, faisons désormais entendre le chant de la Résurrection : le Christ est ressuscité, Alléluia.

3 – Chers Frères, nous disciples modernes et descendants des femmes de Jérusalem, nous devons nous armer de foi, de courage, et de la joie de notre rencontre avec Jésus, pour annoncer à tous nos frères sa Résurrection et sa victoire. Cela est particulièrement vrai pour les fidèles de nos pays voisins qui ont peur.

Peur due aux agitations qui se déroulent dans nos régions ; peur d’un avenir incertain voir même obscur. Les politiques et la Communauté internationale ne se préoccupent que peu de notre liberté et de notre sort. Les intérêts personnels écrasent la bonne volonté de ceux qui cherchent à avancer vers la paix et la justice.

Les martyrs contemporains témoignent de la Résurrection du Christ, tout comme les processions, les pierres de Jérusalem, les prisonniers au nom du Christ sont des témoignages. Par notre conduite et notre conscience, nous devons être un témoignage vivant pour les habitants de notre pays, nos pèlerins et nos touristes.

Proclamons avec foi que le Christ est Ressuscité, qu’Il est vivant et que nous en sommes témoins.

4 – Nombreux sont ceux qui viennent en Terre Sainte pour chercher le Christ, tout en essayant de trouver ou retrouver leurs racines. Nous sommes les racines, nous sommes l’Eglise-Mère. Et toutes les difficultés et les malheurs qui nous ont frappés, et qui vont nous frapper de nouveau, ne feront pas chanceler notre foi mais augmenter notre persévérance, notre sens d’appartenance à Jérusalem et à notre Eglise. Le Christ vivant triomphe toujours du mal.

5 – Tout au long de l’histoire, les disciples du Christ ont eu à témoigner de leur rencontre et de leur expérience avec Lui. A leur exemple, une foule immense, dont vous et moi faisons partie, suit depuis deux mille ans le Christ.

Bien souvent, les disciples du Christ ne trouvent en face d’eux ni compréhension, ni acceptation, ni répondants. Dans l’histoire de l’Eglise, beaucoup ont payé de leur vie le prix de leur témoignage : des hordes de martyrs ont versé leur sang pour la seule raison d’être chrétien et d’avoir annoncer la Bonne Nouvelle de la Résurrection et la victoire du Christ. Et cet élan n’a jamais cessé jusqu’à aujourd’hui et ne cessera jamais.

L’homme contemporain demande sans arrêt des preuves visibles et tangibles de la Résurrection. Il n’est pas convaincu par le Tombeau vide, ni par le Linceul sacré, ni par ce qu’on rapporté les soldats.

Frères et sœurs, en fait, le premier miracle de la Résurrection, c’est le changement radical du cœur, comme en témoigne cette parole du centurion romain : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15, 39).

C’est aussi ce qu’on appelle la conversion. Celle des soldats, mais aussi celle des disciples qui étaient réunis au Cénacle et qui avaient fermés toutes les portes par peur. La résurrection les a transformés et ils sont devenus témoins, témoins heureux de souffrir pour le Christ.

6 – Autour de nous dans les pays arabes, une jeunesse enthousiaste a secoué la poussière de ses pieds et d’une histoire obscure, misérable et totalitaire. Elle s’est armée de courage, cherchant une nouvelle vie faite de justice, de liberté et de dignité. C’est une nouvelle génération qui cherche la résurrection, et la réforme pour leur peuple. La forte volonté de ces jeunes et leur confiance dans un avenir meilleur, sont les seuls outils de ces changements.

Nous les aidons par nos prières, nos encouragements, nos conseils pour qu’ils s’arment de raison en restant fidèles à leur patrie et aux acquis de cette patrie.

Nous espérons chanter avec eux un jour notre Alléluia malgré le danger et les risques qui les menacent, qui nous menacent ainsi que les nombreux intéressés qui veulent cueillir les fruits de cette révolution sans y avoir pris part. Il n’empêche que désormais la réforme est indispensable.

Enterrons donc dans le tombeau du Christ nos inclinations mondaines, nos divisions religieuses, nos actes de violence, nos manques de foi et nos peurs. Nous vivrons ainsi une vie nouvelle, selon la « Nouvelle Evangélisation », accomplissant ainsi le souhait du Maître de sa Sainte Eglise dans l’esprit du Synode d’octobre prochain.

Nous devons nous « dépouiller du vieil homme (…) et revêtir l’Homme Nouveau qui a été crée selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité » (Ep 4, 22), créant le bon citoyen qui croit au bien, à la paix, et à « la vie en abondance » (Jn 10,10). Un citoyen qui vit et qui laisse vivre les gens.

De ce Tombeau sont sorties la Lumière et la Paix. Et aujourd’hui, ici, la Lumière et la Paix doivent jaillir de nouveau. Demandons au Seigneur de réaliser notre rêve, pour la Terre Sainte et pour le monde entier.

7 – Chers Frères et Sœurs, chers amis malades, âgés, prisonniers, A vous tous qui souffrez de l’injustice...

A vous chers fidèles qui sentez que le Vendredi Saint ne semble pas se terminer, à cause de la violence et de l’injustice…

A tous ceux qui ne peuvent pas vivre leur joie de Pâques…

A vous qui n’avez pas pu arriver jusqu’à ce Saint Sépulcre pour partager avec nous cette fête…

Pour vous, j’élève ma prière avec l’espoir que vous jouissiez de la Paix de la Résurrection. Que cette Paix emplisse votre cœur d’amour, de solidarité, par la force du Christ ressuscité qui veut nous ressusciter avec Lui (Col 2-3).

Le Seigneur est Ressuscité. Allez et annoncez cette Bonne Nouvelle au monde entier.

Oui Jésus est vraiment ressuscité. Amen. Alléluia.

+ Fouad Twal

Patriarche latin de Jérusalem