Terre Sainte: le "Magdala Center"

Par le P. Juan María Solana, LC

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Propos recueillis par Paul De Maeyer

Traduction d'Océane Le Gall

ROME, lundi 23 avril 2012 (ZENIT.org) –  Le dernier numéro (mars-avril) de la revue Terre Sainte, publiée par la Custodie franciscaine, consacre un large espace à sainte Marie-Madeleine et au projet Magdala Center, sur les rives du lac Tibériade, dont la première pierre a été bénie par le pape Benoît XVI, le 11 mai 2009, lors de son voyage apostolique en Terre Sainte.

« Un lieu saint est en train de naître », indique la revue en parlant de Magdala. Le père Juan María Solana, LC, de l’Institut pontifical "Notre-Dame de Jérusalem", chargé du projet « Magadala center », explique en quoi consiste ce « lieu saint ».

Que pouvez-vous nous dire à ce propos? 

P. Juan María Solana - En réalité, j'ai agréablement surpris par ce numéro de la revue, et je suis content qu’il sorte en cette période de Pâques, à un moment où le personnage de Marie-Madeleine joue un rôle de premier plan. Celle-ci est citée 11 fois dans les 4 évangiles autour de la Passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Je pense que cela est exceptionnel pour une femme de l’époque.

Quant au fait qu’un lieu saint « est en train de naître », je pense que cela est en partie vrai et pas vrai. Je m’explique. Les franciscains, il y a plus d’un siècle, avaient acheté une propriété à Magdala, et y avaient réalisé de grandes fouilles dans les années 70. Après quoi, l’endroit a été pratiquement abandonné. Ce n’est que vers 2006 que le père Stefano de Luca, OFM, y est revenu fouiller et travailler. Les Légionnaires du Christ ont acheté les terrains juste à côté des franciscains et ont  lancé le projet « Magdala Center » qui, si Dieu le veut, ouvrira ses portes d’ici la fin 2012. 

Entre temps, des nouveautés sont apparues dans ce projet qui mettent en évidence l’importance de ce lieu durant la vie de Jésus. 

En quoi consiste le projet « Magdala Center » ?

Le « Magdala Center » est un très grand projet. Parfois j’ai peur de l’avoir commencé, mais je crois qu’il faut avoir confiance en Dieu. Très brièvement, ce projet comprend la construction d’un hôtel pour pèlerins dont le nom sera Notre-Dame du Lac, en référence à l’endroit même où il se trouve, sur les rives du lac de Tibériade,  théâtre exceptionnel de la vie publique de Jésus-Christ.

Naturellement il y  aura une chapelle où les pèlerins pourront prier, célébrer la messe et recevoir les autres sacrements, comme dans les autres lieux saints. Nous avons pensé inscrire dans cette chapelle la phrase « Duc in Altum », car pour une série de coïncidences providentielles nous nous sommes focalisés sur la barque à bord de laquelle Jésus a prêché, la barque de Pierre. Jésus avait lancé cette phrase à Pierre à la fin de sa prédication : Duc in altum, c’est-à-dire « Avance au large et jette tes filets ». Le dessin de la barque figure sur le logo de tout le projet et sera aussi dans la chapelle.

Nous avons aussi pensé à la création d’un centre de formation pour la dignité des femmes, car nous estimons que Marie-Madeleine est un personnage central de l’Evangile et que son image peut être source de réflexions pour un féminisme chrétien. Nous avons pensé l’appeler « Magdalena Institute ».  Nous avons aussi pensé à un centre multimédia pour aider les pèlerins à connaître et approfondir les histoires, les lieux et le sens des itinéraires qu’ils accompliront. Nous vivons dans une culture de l’image, de la musique, des sens, Nous pensons que nous pouvons et devons utiliser les moyens technologiques les plus avancés pour parler aux hommes et aux femmes de notre temps.

Enfin, le projet comprendra un site archéologique car, la providence a voulu que nous découvrions ici même une grande partie du vieux village de Magdala, celui de Marie-Madeleine, au temps de Jésus. 

Vous parliez de surprises ou nouveautés...

Oui, le projet que j’avais en tête n’était qu’un premier noyau de ce qu’il sera vraiment. La Providence nous a envoyé des personnes, fait venir des idées et découvrir des choses qui ont enrichi considérablement l’idée de départ. Les plus importantes sont peut-être les découvertes archéologiques. Nous avons acheté les terrains entre 2006 et 2009. En 2009 nous avons obtenu le permis de construire et, comme le veut la loi israélienne, avons alors pu commencer à creuser. Et puis, Oh surprise,  nous découvrons divers édifices, dont la synagogue de Magdala du Ier siècle.  Cette synagogue est un véritable trésor archéologique, car elle est une des sept synagogues les plus anciennes du monde jamais découvertes jusqu’ici, peut-être bien la plus riche, car elle a des caractéristiques qu’on n’avait jamais vues jusqu’ici, comme des mosaïques, des fresques, et des autels.

Pour nous chrétiens, elle est extrêmement précieuse car elle est la seule, dans toute la Galilée, à remonter à l’époque de Jésus ... souvenons-nous de cette phrase qui revient souvent dans les évangiles : « Parcourant toute la Galilée, Jésus enseignait dans leurs synagogues ... »

Nous avons par ailleurs trouvé une zone du port de Magdala du premier siècle, plusieurs habitations, certaines avec des bains rituels etc. De nombreux objets et pièces de monnaie. Selon les fonctionnaires de l’Autorité israélienne pour les Antiquités il s’agit d’un des sites archéologiques du les plus riches du Ier siècle, c’est-à-dire remontant à l’époque de Jésus. Il est intéressant de remarquer qu’il n’y a pas de superpositions postérieures, au moins pour ce que nous avons creusé jusqu’ici.

La surprise la plus agréable fut la présence de plus de 400 bénévoles qui, avec grand enthousiasme, ont demandé à collaborer aux fouilles archéologiques.. Ce fut une bénédiction de Dieu car ces jeunes provenant de tant de pays différents ont eu l’occasion de vivre une expérience profonde à l’endroit même où Jésus a vécu. J’ai beaucoup de reconnaissance pour le travail qu’ils ont fait.

Quels sont vos projets à venir ? 

L’idée de départ était d’inaugurer la première partie du projet le 12 décembre 2012. Sincèrement, je pense que cela sera difficile pour plusieurs raisons. La première est que nous réalisons tout le projet grâce aux dons et les frais sont nombreux. Mais je vois la main de Dieu dans ce qui s’est passé. Le lancement du projet est tombé au moment de la grave crise que nous, Légionnaires, traversions à cause de l’histoire de notre fondateur. Une période historique qui coïncidait avec deux crises financières générales, et deux conflits armés au Moyen Orient ... Pourtant Dieu nous a bénis à travers la générosité de tant de personnes. 

Naturellement nous voudrions ouvrir ce centre le plus vite possible, mais on n’est pas pressé. L’important est de bien faire. Nous espérons pouvoir ouvrir la chapelle et le restaurant en décembre de cette année... le reste sera ouvert progressivement. 

En répondant à cette question, je me rends compte que je dis tout au futur, mais en réalité il y a déjà une ouverture partielle. Les pèlerins ont déjà accès à un bref parcours dans la zone archéologique et, s’ils le veulent, on peut aussi célébrer la messe sur la plage. C’est un petit itinéraire, mais qui a son charme en ce sens que l’on peut voir comment « naît » ce lieu saint. A plus d’un pèlerin il est arrivé que, durant la visite, il fasse la découverte d’une route, d’un édifice, ou d’un récipient de monnaies …

Cet "lieu saint" aura-t-il quelque chose de particulier ? 

Je ne crois pas. La plupart des lieux saints sont dans les mains des franciscains qui ont fait un travail louable sur tous les plans. Nous avons cherché à être à leur niveau et voudrions nous insérer dans la grande tradition des lieux saints. S’il y a quelque « différence », cela concerne l’utilisation des technologies modernes... La réalisation des autres sites remonte à des décennies et des siècles, en arrière. Les critères d’accès, de sécurité, auxquels la loi nous soumet, rendront cet endroit encore plus efficace, plus moderne. Ce n’est pas pour rien s’il est premier site construit et ouvert au début de ce troisième millénaire!

Un dernier commentaire sur Magdala...

En vérité, il y aurait beaucoup à dire. D’ailleurs je suis en train d’écrire un livre sur ce projet. J’oserais ajouter quelque chose sur la beauté du site : Jésus a bien choisi l’endroit où vivre et où prêcher. Magdala se trouve dans une position géographique magnifique et les visiteurs sont sous le charme du paysage, le lac, les montagnes… Et puisque je ne peux commenter tant d’autres choses je suggère une visite à notre page internet: www.magdalacenter.com