Tourner la page et repartir de la beauté (III et fin)

Une relecture de la visite du pape à Milan

| 1110 clics

Massimo Introvigne

Traduction d'Océane Le Gall

ROME, vendredi 8 juin 2012 (ZENIT.org) –  Il y a aussi une beauté des institutions, à laquelle tient beaucoup le pape, qui se manifeste quand celles-ci sont vraiment à la mesure de l’homme et conforme au plan de Dieu.

« La foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous, vivant au milieu de nous, doit animer tout le tissu de la vie, personnelle et communautaire, publique et privée, privée et publique, de manière à permettre un authentique et stable ‘bien être’ », a dit le pape dans ses salutations du 1er juin sur le parvis de la Cathédrale de Milan, de manière à permettre un  ‘bien être’ authentique et stable ».

Et le point de départ doit être la famille, a-t-il ajouté, qui doit être redécouverte comme « patrimoine principal de l’humanité, coefficient et signe d’une vraie culture stable en faveur de l’homme ».

Au cours de sa rencontre avec les autorités de la ville, le 2 juin, Benoît XVI est revenu sur la beauté des institutions en se référant encore une fois à saint Ambroise, un des Pères de l’Eglise qui rappelle que « l’institution du pouvoir dérive si bien de Dieu, que celui qui l’exerce est lui-même ministre de Dieu » (Expositio Evangelii secundum Lucam,IV, 29).

« De telles paroles pourraient sembler étranges aux hommes du troisième millénaire, commente le pape, et pourtant elles indiquent clairement une vérité centrale sur la personne humaine, qui est le fondement solide de la cohabitation sociale: aucun pouvoir humain ne peut se considérer divin, donc aucun homme n’est le maître d’un autre homme. Ambroise le rappellera courageusement à l’empereur en lui écrivant: «Toi aussi, ô auguste empereur, tu es un homme» (Lettre 51,11).

Les institutions sont « beauté » lorsqu’elles mettent « la justice, vertu publique par excellence » au service du «  bien de la communauté entière ». Mais la justice à elle seule ne suffit pas: « Ambroise l’accompagne d’une autre qualité : l’amour de la liberté, qui est, selon lui, cet élément  qui fera la différence entre les bons et les mauvais dirigeants, dans la mesure où, comme il dit dans une autre de ses lettres, « les bons aiment la liberté, les mauvais aiment la servitude» (Lettre 40, 2).

Il s’agit donc de comprendre ce qu’est la liberté,  la vraie liberté, celle  qui «  n’est pas le privilège de quelques uns, mais un droit pour tous », a dit le pape, «  un droit précieux que le pouvoir civil doit garantir » ; et qui ne signifie pas « volonté individuelle », mais plutôt « responsabilité de chacun ».  Il se trouve, a-t-il relevé à ce propos, que « cette notion fait partie des éléments qui caractérisent la laïcité de l’Etat »,  laquelle doit «  garantir que tout le monde est libre de proposer sa vision d’une vie commune, mais toujours dans le respect de l’autre et dans le cadre des lois qui visent le bien de tous ».

Aujourd’hui, « dans la mesure où la conception d’un Etat confessionnel est dépassée », il est encore plus important et clair que l’Etat, pour garantir cette notion de justice en matière de lois, tienne compte du droit naturel, qui est «  à la base d’un ordre juste pour la dignité de la personne humaine »,  dépassant ainsi toute conception banalement positiviste, d’où ne peuvent sortir des indications d’ordre éthique (cf. Discours au Parlement allemand, 22 septembre 2011).

Ce « bien-être » de la personne qui est donc « un droit naturel » et que l’Etat doit garantir, protéger, implique, a dit le pape,  le respect des trois valeurs « non négociables » :  le droit à la vie, que « personne ne devrait être autorisé à enfreindre en faisant acte de suppression volontaire », a redit le pape,  le droit de la famille, fondé sur le mariage et l’ouverture à la vie, que les institutions civiles sont appelé « à servir », et le droit premier des parents à choisir l’éducation et la formation de leurs enfants, en fonction du projet éducatif qu’il jugent « valable et pertinent ».

« L’Etat ne rend pas justice à la famille s’il ne soutient pas la liberté d’éducation pour le bien commun de la société entière », a insisté Benoît XVI. Concrètement, pour que les lois d’un Etat Moderne soient conformes au droit naturel et qu’elles servent vraiment le bien commun, il voit comme « une précieuse collaboration » l’intervention de l’Eglise, non pas pour « jeter le trouble »  quant aux rôles et finalités distincts du pouvoir civil et de l’Eglise, mais pour « qu’elle apporte ce qu’elle a toujours apporté à la société par son expérience, sa doctrine, sa tradition, ses institutions et son service auprès des citoyens ».

« Le temps de crise que nous traversons a besoin de choix techniques et politiques courageux, mais aussi de gratuité », a poursuivi Benoît XVI, de cette gratuité qui « tire nourriture et inspiration du christianisme et de la doctrine sociale de l’Eglise.

Dans une des réponses qu’il a données à un couple d’époux grecs brisés par la crise économique, le 2 juin dernier, lors d’échanges avec plusieurs familles, le pape  a aussi mis l’accent sur l’importance du « sens des responsabilités » des partis politiques qui ne peuvent «  faire des promesses qu’ils ne peuvent tenir, rechercher des votes uniquement pour eux », mais comprendre qu’ils sont « responsables du bien de tous », que la politique est aussi et toujours « une responsabilité humaine, morale devant Dieu et devant les hommes ».

Si on veut que les institutions manifestent « la beauté de la liberté et de la justice », il ne suffit pas de mettre à leurs têtes des personnes dotées de « grandes compétences techniques », a insisté le pape, lors de sa rencontre avec  l’Administration publique.

« A tous ceux qui veulent collaborer au gouvernement et à l’administration publique, saint Ambroise demande qu’ils se fassent aimer. Dans son œuvre De officiis, il affirme: «celui qui suscite l’amour, ne pourra jamais susciter la peur. Rien n’est aussi utile que de se faire aimer» (II, 29) ». En plus des raisons qui motivent le besoin de compétences techniques, a dit le pape, il faut qu’il y ait une  réelle «  volonté de se consacrer au bien des citoyens », et donc « des  signes, des gestes clairs d’amour » 

Ainsi, la politique n’en sera que plus noble, devenant une forme élevée de charité », a conclu le pape.

(La première et la deuxième partie ont été publiées le mercredi 5 et le jeudi 6 juin 2012.)