« Tous les baptisés sont à la fois pêchés et pêcheurs », par le P. Cantalamessa

Méditation de l’Evangile du dimanche 21 janvier

| 1395 clics

ROME, Vendredi 2 février 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile de ce dimanche proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.



Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 5, 1-11

Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth ; la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques, qui appartenait à Simon, et lui demanda de s'éloigner un peu du rivage. Puis il s'assit et, de la barque, il enseignait la foule.
Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets. » Ils le firent, et ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu'elles enfonçaient.
A cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » L'effroi, en effet, l'avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu'ils avaient prise ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

© AELF


Pêcheurs d’hommes

La pêche miraculeuse était la preuve qu’il fallait pour convaincre un pêcheur, comme l’était Simon Pierre. De retour sur la terre ferme, Simon Pierre s’était jeté aux pieds de Jésus en lui disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur ! » Mais Jésus lui répondit par cette parole qui représente le sommet de tout le récit et la raison pour laquelle cet épisode a été rapporté : « Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras ».

Jésus s’est servi de deux images pour illustrer la tâche de ses collaborateurs : l’image du pêcheur et l’image du berger. Ces deux images ont besoin aujourd’hui d’être expliquées, si nous ne voulons pas que l’homme moderne les juge peu respectueuses de sa dignité et ne les refuse. Personne aujourd’hui n’aime être « pêché » par quelqu’un, ou être une brebis au milieu d’un troupeau !

La première constatation à faire est celle-ci. Dans une pêche ordinaire, le pêcheur pense à ce qui est utile pour lui, et ne pense certainement pas à ce qui est bien pour le poisson. Même chose pour le berger. Celui-ci emmène paître ses brebis et surveille son troupeau, non pas pour le bien du troupeau mais pour son propre bien, parce que ses brebis lui fourniront du lait, de la laine et des agneaux. Dans l’Evangile, c’est l’inverse : c’est le pêcheur qui sert le poisson ; et le berger qui se sacrifie pour ses brebis, jusqu’à donner sa propre vie pour elles. D’autre part, quand il s’agit d’hommes, le fait d’être « pêché », ou « repêché », ne constitue pas une disgrâce, mais le salut. Essayons d’imaginer des personnes à la merci des flots après un naufrage en haute mer. C’est la nuit et il fait froid. Pour eux, voir arriver un filet ou une chaloupe ne constitue pas une humiliation, mais le summum de leurs aspirations. Et bien, c’est ainsi que nous devons concevoir le métier de pêcheur d’hommes : comme « jeter » un canot de sauvetage à ceux qui se débattent dans la mer, souvent houleuse, de la vie.

Mais la difficulté dont je parlais ressurgit sous une autre forme. Admettons même que nous ayons besoin de bergers et de pêcheurs. Alors pourquoi faut-il que le rôle du pêcheur revienne à certaines personnes et à d’autres celui du poisson, ou que le rôle du berger revienne à certaines personnes et à d’autres celui de la brebis. Ce rapport entre pêcheurs et poissons, entre bergers et brebis, nous suggère qu’il y a là une inégalité, une supériorité. Et personne n’aime se sentir un numéro au milieu d’un troupeau ou reconnaître la présence d’un berger au-dessus de lui.

Ici nous devons démystifier un préjugé. Dans l’Eglise, personne n’est seulement pêcheur ou berger, et personne n’est seulement poisson ou brebis. Nous sommes tous, et à plus d’un titre, l’une et l’autre chose en même temps. Le seul à n’être que pêcheur ou berger est Jésus Christ. Avant de devenir pêcheur d’hommes, Pierre a lui-même été pêché et maintes fois repêché. Il a été littéralement repêché quand, pris de frayeur après s’être vu en train de marcher sur les eaux, il avait failli se noyer ; mais surtout, il a été repêché après sa trahison. Il fallait qu’il fasse l’expérience d’être une « brebis perdue » pour apprendre ce que signifie être un bon pasteur ; il fallait qu’il soit repêché du fond de l’abîme dans lequel il était tombé pour apprendre ce que veut dire être un pêcheur d’hommes.

Si, à plus d’un titre, tous les baptisés sont à la fois pêchés et pêcheurs, alors les laïcs ont devant eux un grand champ d’action. Nous prêtres, sommes davantage préparés à être les bergers que les pêcheurs. Nous trouvons plus facile de nourrir, par la Parole et les sacrements, les personnes qui viennent spontanément à l’église, que d’aller nous-mêmes les chercher au loin. Le poste du pêcheur est donc, en grande partie à pourvoir. Dans cette tâche, les laïcs chrétiens, parce qu’ils sont plus directement insérés dans la société, sont pour nous des collaborateurs irremplaçables.

Après avoir lâché leurs filets sur la parole de Jésus, Pierre et ceux qui étaient avec lui dans la barque ont capturé une telle quantité de poissons que les filets se sont rompus. Il est alors écrit : « Ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque de venir les aider ». Encore aujourd’hui le successeur de Pierre et ceux qui sont avec lui dans la barque – évêques et prêtres – font signe à ceux de l’autre barque – les laïcs – de leur venir en aide.