Trente ans au service des papes et de la communication dans l’Eglise : Entretien avec Mgr Planas

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ROME, Dimanche 17 septembre 2006 (ZENIT.org) – Monseigneur Enrique Planas, d’origine catalane, a travaillé au Conseil pontifical pour les Communications de 1973 jusqu’en avril 2006. Il était également délégué de la Filmothèque vaticane et fondateur du Réseau informatique de l’Eglise en Amérique latine (RIIAL). Monseigneur Planas a accepté de répondre aux questions de Zenit.



Zenit : Que vous a apporté le fait de collaborer pendant de si longues années avec les papes (Paul VI, Jean-Paul I, Jean-Paul II et Benoît XVI) ?

Mgr Planas : Personnellement, la richesse que constitue le fait d’avoir travaillé à quelques mètres – distance aussi bien morale que physique – d’authentiques géants de l’esprit, qui ont permis, en même temps que mes charismes et mes rêves deviennent réalité.

En tant qu’official au service du Saint-Siège j’ai pu vivre le merveilleux spectacle du fonctionnement du charisme pétrinien, qui n’a pas besoin de tout savoir, de posséder des spécialisations inutiles, de suivre des cours de formation continue pour veiller avec un amour capillaire sur toute l’Eglise, jusqu’à la dernière de ses cellules. La sollicitude du pape est immédiate aussi bien dans des questions de portée universelle qu’à l’égard de l’être humain le plus éloigné.

Zenit : Votre travail a consisté essentiellement à sensibiliser l’Eglise, en particulier les pasteurs et les professionnels des médias, à la nécessité de la présence de chrétiens dans ce domaine…

Mgr Planas : C’est effectivement à ces objectifs qu’était consacrée une bonne partie de mes activités dans le domaine qui m’a été confié, spécialement en Amérique latine et dans le monde du cinéma et des nouvelles technologies.

Dans ce dernier domaine j’ai eu la satisfaction – surtout grâce à la compréhension avisé de mon président, Monseigneur John Foley – d’ouvrir de nouveaux chemins et de préparer le terrain pour l’irruption dans l’Eglise du monde des nouvelles technologies de l’information et de la communication, de façon non seulement efficace mais également modèle, comme le reconnaissent les organisations internationales les plus importantes. Je crois que dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, la tâche du Conseil pontifical a été exemplaire.

Zenit : Notez-vous des changements dans la situation actuelle par rapport à celle que vous avez trouvée à votre arrivée à Rome ?

Mgr Planas : Le passage d’évêques au Conseil pontifical pour les Communications sociales, lors de leur séjour à Rome à l’occasion des visites ad limina est un baromètre pour mesurer la sensibilité de l’Eglise en matière de communication sociale. Au début, l’attitude générale des prélats venant du monde entier – à l’exception de quelques évêques possédant une vision particulière – était celle d’une indifférence à l’égard de la valeur et de l’efficacité de ces moyens de communication. Au fil des années, on a commencé à les considérer comme valables puis très importants et finalement indispensables pour l’évangélisation.

Aujourd’hui, dans l’ensemble de l’Eglise, on parle de la communication sociale comme du co-acteur essentiel dans le grand changement de paradigme culturel que l’humanité est en train de vivre, ce qui suppose un grand défi pour l’Eglise qui est et doit être maître en humanité, un défi qu’elle a accepté.

Zenit : Que doivent retirer les pasteurs en général des enseignements des papes sur la communication, selon vous ?

Mgr Planas : Comme vous le soulignez, les papes ont su être à la hauteur de ce grand défi. Ceci suppose une exigence et une discipline de la part des pasteurs du peuple de Dieu. Une vague sensibilité à cette question ne suffit pas. Il faut un effort actif, ce qui suppose s’entourer de conseillers véritablement compétents, l’intégration de l’effort de communication dans l’ensemble de la pastorale, la formation de professeurs spécialisés, l’attention à la formation des cadres dans l’Eglise (séminaires, universités catholiques, centres d’étude, etc.).

Ces médias et ces technologies touchent aussi bien les aspects d’organisation que de pastorale. Les Eglises doivent pouvoir profiter des avantages et des services offerts par les nouvelles technologies, spécialement de l’informatique et de la télématique, et pour cette raison elles doivent pouvoir compter sur la disponobilité d’un technicien spécialisé.

Le Conseil pontifical s’est engagé avec succès à veiller à ce que ces services ne fassent pas défaut, même si le processus est complexe et lent, en fonction des rythmes, de la sensibilité et des possibilités de chaque Eglise locale.

Zenit : Y a-t-il encore selon vous des aspects de l’Eglise que les professionnels des médias n’ont pas compris ?

Mgr Planas : L’Eglise possède une grande richesse culturelle, spirituelle et éducative, et parfois même matérielle. Aujourd’hui, si l’on n’entreprend pas un dialogue permanent avec les professionnels des médias, cette richesse risque de tomber dans l’oubli.

Les professionnels de la communication possèdent une solide préparation et un présence spécifique. Leur dialogue avec les pasteurs du peuple de Dieu, continu et institutionnalisé, est sans aucun doute une source de richesse pour les uns et les autres.

Le Conseil pontifical – à travers les différents domaines de son activité et de sa présence, aussi bien dans la Cité du Vatican qu’à l’extérieur – agit d’une certaine manière comme interlocuteur et comme pont entre les différents domaines du monde médiatique et le travail pastoral du Saint-Siège.

Zenit : Vous avez créé et promu le Réseau Informatique de l’Eglise en Amérique Latine (RIIAL), une initiative pionnière dans l’Eglise catholique, même avant le développement d’Internet. Qu’avez-vous découvert à travers la promotion de ce projet ?

Mgr Planas : Merci pour ces paroles qui sont justes si le « vous » sous-entend toute une équipe de personnes qui ont développé ce projet aujourd’hui efficace et reconnu. Je regrette infiniment de ne pas pouvoir les citer toutes, une à une, puisque ce sont elles les véritables acteurs du projet.

En lançant cette initiative j’ai découvert que dans le domaine de l’Eglise tout ce qui est bon est possible. Dans l’Eglise il existe une capacité de collaboration dans la liberté qui fait de la construction de nouvelles réalités, une opération facile et solide.

J’ai des difficultés à penser à d’autres structures qui aient une vision plus complète de l’homme dans toutes ses dimensions. L’effort et la générosité personnels compensent largement le manque de moyens sophistiqués. Ce sont les contenus indispensables à l’homme pour son développement humain et spirituel, qui sont importants. Si ceci est respecté, les conditions pour construire un édifice complexe de services et de contenus se mettent en place, presque sans que l’on s’en rende compte.

Dieu merci, aujourd’hui la RIIAL est opérationnelle sur tout le continent latino-américain et sert de manière discrète et efficace aussi bien l’Eglise que la société, en particulier les plus éloignés.

Zenit : Qu’attendez-vous du Réseau pour l’avenir ?

Mgr Planas : Que conformément à la volonté de Jean-Paul II, qui fut aussi celle de mes supérieurs, et qui est au centre du grand document « Le développement rapide », cet effort de créer des structures au service de l’évangélisation et du développement humain s’étende à d’autres continents, spécialement à l’Afrique, qui en a tant besoin.

Si nous pensons à l’avenir nous nous rendons compte que l’informatique permet la création d’une pensée de manière plus rapide et plus efficace que n’importe quel autre instrument du passé. Cette technologie de communication offre sous forme immédiate, l’interdisciplinarité et l’interactivité, indispensables pour la construction de la sagesse de l’avenir.

Le coût de la diffusion du savoir a toujours été élevé et ces nouvelles technologies rendent cette diffusion facile et accessible. Nous travaillons actuellement de manière intense à la création d’Espaces d’étude, de formation et de dialogue interdisciplinaires. De nombreux éléments sont déjà au service de l’effort culturel de l’Eglise.

Il est surprenant et encourageant de constater l’intérêt avec lequel certains intellectuels (personnes et institutions) particulièrement courageux, participent à cette nouvelle aventure.

Zenit : Vous avez par ailleurs été directeur délégué de la Filmothèque vaticane. L’Eglise dialogue-t-elle avec le monde du cinéma ?

Mgr Planas : Elle a toujours dialogué, depuis la création même du cinéma. Avec des hauts et des bas naturellement. Mais les papes ont toujours su éclairer ce monde en fonction de la sensibilité culturelle du moment et des différentes géographies.

Le Conseil pontifical pour les Communications sociales a fait tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir une présence efficace dans le monde de la culture et de la création cinématographiques, qui a d’ailleurs été étonnamment bien reçue.

Il faut espérer que dans les orientations qu’il choisira, le cinéma tiendra compte des paroles du pape Benoît XVI lorsqu’il rappelle que « le catholicisme n’est pas une accumulation d’interdictions mais une option positive » et que notre devoir est de mettre en évidence « ce que nous voulons de positif » à travers le dialogue.