Trente-cinq ans de traité de non-prolifération nucléaire : la « dissuasion » en question

Intervention du Saint-Siège à l’ONU

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ROME, Jeudi 5 mai 2005 (ZENIT.org) – Le désarmement est en train de « caler » dans le monde, 35 ans après le traité de non-prolifération nucléaire tandis que l’on craint une reprise de l’armement atomique, regrette le Saint-Siège qui interroge le concept de « dissuasion nucléaire ».



Ce traité est entré en vigueur en 1970, et il doit être rapidement mis à jour, car il se trouve aujourd’hui en grande partie dépassé, dans le cadre des nouveaux équilibres politiques, a pour sa part souligné le secrétaire de l’Organisation des Nations unies, M. Kofi Annan.

Celui-ci a en effet ouvert la VIIe conférence de révision du traité, en cours au palais de verre de New York, et jusqu’au 27 mai, en présence de 188 délégués. Le Saint-Siège y est représenté par son observateur permanent, Mgr Celestino Migliore.

Au micro de Radio Vatican, Mgr Migliore a souligné sans fard :« On n’est plus à l’époque où l’on allait à la recherche d’un équilibre de la terreur. Aujourd’hui, il est temps de revoir tout le concept de la force de dissuasion. Le Saint-Siège a adopté ce principe dans les années de la guerre froide, non pas en vue d’une approche durale dans le temps, mais à la condition précise que la dissuasion constitue un pas vers un désarmement nucléaire progressif. Maintenant, avec le changement de contexte, la dissuasion risque de devenir un paravent pour améliorer la qualité des arsenaux nucléaires ».

Il dénonçait un « cercle vicieux » : « On respire l’air d’un cercle vicieux. D’une part, les pays légitimement dotés d’armes nucléaires ne tiennent pas l’engagement pris il y a cinq ans de lancer de sérieuses négociations pour un désarmement nucléaire total, et cela en raison de la prolifération nucléaire clandestine, qui préoccupe sérieusement, dans la mesure où le nucléaire peut tomber dans les mains incontrôlables du terrorisme. Et d’autre part, il prolifère en accusant les Etats nucléaires de ne pas avoir l’intention de négocier un désarmement nucléaire total. En général, les conférences internationales sont lancées sur la base d’une déclaration finale qui délimite exactement les résultats et les plans d’action. Mais dans notre cas, il n’existe toujours pas de document de ce genre ».

Il poursuivait : « On travaille à casser ce cercle vicieux. Très probablement, on n’arrivera pas à une décision ambitieuse, mais au moins le débat pourra mettre chacun face à ses propres responsabilités, vers la sécurité commune mondiale, et susciter une volonté politique précise ».

Mgr Migliore précisait même : « On peut et l’on doit mettre en route un processus graduel [de désarmement] où ce caractère progressif est adapté à l’urgence du cas. Face, par exemple, à un usage inconsidéré et dévastateur du nucléaire, il faut tout d’abord, d’urgence, décider de l’interruption de la production de matériel fissile en vue d’explosions nucléaires. En outre, il faut mettre en œuvre et étendre davantage les domaines sans armes nucléaires, comme par exemple en Amérique latine, en Afrique, dans le Pacifique. Il faut aussi encourager le projet dans d’autres régions du monde beaucoup plus sensibles ».