Un concert rapproche plus que jamais Rome et Moscou

Hommage du patriarche russe à Benoît XVI pour son anniversaire

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ROME, Vendredi 21 mai 2010 (ZENIT.org) - Le langage de la musique a rapproché plus que jamais l'Eglise orthodoxe russe et l'Eglise catholique, grâce au concert que Sa Sainteté Cyrille Ier a offert, jeudi en fin de soirée, à Benoît XVI, dans la salle Paul VI, au Vatican, à l'occasion de ses 83 ans et du 5ème anniversaire de son élection.  

Une initiative que le patriarche de Moscou et de toutes les Russies a voulu souligner en envoyant un message lu par le jeune métropolite Hilarion Alfeyev de Volokolamsk (24 juillet 1966), président du Département des relations extérieurs du patriarcat de Moscou, et compositeur de la dernière œuvre du concert, « Chant de l'Ascension », extrait de sa symphonie pour chœur et orchestre en 5 parties. 

« La musique est un langage particulier qui nous donne la possibilité de communiquer avec nos cœurs », écrit le patriarche de Moscou et de toutes les Russies dans son message. 

 L'orchestre national russe, placé sous la direction de Carlo Ponti, fils de l'actrice Sofia Loren, présente dans la salle, le chœur du synode de Moscou et la chapelle des cors de Russie, ont exécuté des morceaux de grands compositeurs russes du XIXème et  du XXème siècle. 

Ce concert a été un des moments solennels les plus importants entre les pasteurs de Rome et Moscou, après un millénaire de divisions qui, ces dernières années, a été caractérisé par de nouvelles tensions dues à la croissance de l'Eglise catholique en Russie, vue comme un acte de prosélytisme par l'Eglise sœur.

Ce concert était le dernier acte du Symposium organisé par le patriarcat de Moscou, le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens et le Conseil pontifical de la culture, sur le thème : « Orthodoxes et catholiques aujourd'hui en Europe. Les racines chrétiennes et le patrimoine culturel commun entre l'Orient et l'Occident ». 

Ces initiatives figurent parmi d'autres gestes historiques de rapprochement entre orthodoxes russes et catholiques, comme la publication ces jours-ci d'une sélection des discours de Cyrille Ier par la Maison d'édition du Vatican (Librairie éditrice vaticane, LEV), suivant de quelques mois la publication des discours de Benoît XVI sur l'Europe par le patriarcat de Moscou. 

Ces nouvelles relations entre Rome et Moscou connaissent une nette amélioration depuis l'élection de Benoît XVI, le 19 avril 2005, et celle de Cyrille Ier, le 1er février 2009.

Ces nouvelles perspectives pour le dialogue orthodoxe catholique ont conduit le métropolite Philarète de Minsk et Sloutsk, exarque patriarcal de toute la Biélorussie, à souhaiter la possibilité d'une rencontre, pour la première fois dans l'histoire, entre Cyrille Ier et Benoît XVI. 

Dans la musique, explique le pape dans son allocution à l'issue du concert, « on anticipe déjà et se réalise, en quelque sorte, un dialogue, une synergie entre l'Orient et l'Occident, mais aussi entre la tradition et la modernité ».

Le pape a cité les paroles de Jean-Paul II reproposant l'image, suggérée par Vjačeslav Ivanovič Ivanov, « des 'deux poumons' dont l'Europe a besoin pour respirer ». 

C'est ainsi, a-t-il ajouté, que l'on pourra acquérir « cette nouvelle conscience d'une Europe commune dotée de racines culturelles et religieuses profondes, sans lesquelles le continent serait comme privé d'une âme et, de toute façon, marquée par une vision réductive et partielle ».

Selon Benoît XVI, « la culture contemporaine, et en particulier la culture européenne, court le risque de l'amnésie, de l'oubli et donc de l'abandon de ce patrimoine extraordinaire suscité et inspiré de la foi chrétienne, qui constitue l'ossature essentielle de la culture européenne, et pas seulement de la sienne ». 

« Recommençons à faire respirer l'Europe à pleins poumons, à redonner une âme non seulement aux croyants, mais à tous les peuples du continent, à promouvoir la confiance et l'espérance, en les enracinant dans l'expérience millénaire de la foi chrétienne », a-t-il exhorté face à une salle Paul VI comble. 

Dans son message, le patriarche Cyrille Ier reconnaît quant à lui que « pour comprendre un peuple, il faut écouter sa musique », car, dit-il « la musique est un langage particulier qui nous donne la possibilité de communiquer avec nos cœurs. La musique a la faculté de transmettre les sentiments humains et les états d'esprit que les paroles ne parviennent pas à décrire ». 

Le patriarche explique que les partitions du concert ne sont pas seulement des musiques de la liturgie orthodoxe mais également des œuvres de compositeurs russes écrites pour les salles de concert, précisant que ces oeuvres, à l'instar d'autres chefs-d'œuvre de la littérature et des arts figuratifs russes, « avaient contribué, durant les années de persécutions et d'athéisme, quand la majorité de la population n'avait pas accès à la musique sacrée, à la diffusion de l'Evangile, proposant au monde laïc des idéaux de grande envergure morale et spirituelle ». 

Jesús Colina