Un défenseur du peuple du Soudan du sud s’est éteint

Pendant trente ans au Soudan, Mgr Mazzolari a été un témoin infatigable de l’Evangile

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ROME, Mardi 19 juillet 2011 (ZENIT.org) – Mgr Cesare Mazzolari, évêque du diocèse de Rumbek, est mort vers 8 heures, samedi 16 juillet, à l’hôpital public de Rumbek, capitale de l’état des Lacs (Lake State) du Soudan du sud. Selon les informations diffusées par les agences, notamment l’Agence CISA, l’Agence d’information catholique pour l’Afrique (Catholic Information Service), Mgr. Mazzolari, de la congrégation des missionnaires comboniens ou Missionnaires comboniens du cœur de Jésus (MCCJ), célébrait la messe lorsqu’au début de la consécration, il a été pris d’un malaise et s’est affaissé sur son siège, portant la main à la poitrine.

Avec l’aide de quelques prêtres, religieuses et fidèles présents à la messe, il a été transporté à la sacristie, puis dans sa chambre où il a reçu la visite d’un médecin. Hospitalisé à l’hôpital de Rumbek, il n’y avait plus rien à faire pour l’évêque âgé de soixante-quatorze ans : les médecins n’ont pu que constater le décès.

L’évêque est mort tout juste une semaine après avoir participé aux cérémonies de la proclamation de l’indépendance du Soudan du sud, indépendance pour laquelle il s’était prodigué. « Comme s’il avait attendu jusqu’au bout pour partir : il a attendu l’indépendance du Soudan du sud », a commenté son confrère le père Giulio Albanese au micro de Radio Vatican (16 juillet). « Je crois que cette fête, il l’avait vraiment célébrée dans la foi, conscient que d’une manière ou d’une autre le bien l’emporte toujours sur le mal », a poursuivi le religieux.

Né le 9 février 1937 à Brescia, Cesare Mazzolari était entré encore jeune garçon au séminaire des comboniens, parce qu’il voulait absolument devenir missionnaire. A 8 ans, il était enfant de chœur au sanctuaire du Sacré-Cœur de Brescia, dirigé par les pères comboniens. A 9 ans, il visita leur séminaire de Crema. A 10 il était « entré », avait rapporté le journaliste Stefano Lorenzetto dans une interview publiée le 23 mai 2004 dans Il Giornale.

Ordonné le 17 mars 1962, le nouveau prêtre est envoyé aux Etats-Unis, où il œuvre pendant des années à Cincinnati, dans l'Ohio, parmi les noirs et les mexicains qui travaillent dans les mines. Près de vingt ans après, en 1981, changeant de continent, il arrive au Soudan, d’abord dans le diocèse de Tombura-Yambio, puis dans l’archidiocèse de Djouba. En 1990, il est nommé administrateur apostolique du diocèse de Rumbek, où il est resté jusqu’à sa mort.

Au Soudan, Mgr Mazzolari a expérimenté dans sa propre chair les conséquences de la seconde étape de la longue et dramatique guerre civile soudanaise (1983-2005), terminée le 9 janvier 2005 dans la capitale du Kenya, Nairobi, avec la signature de l’ « Accord de paix globale » (Comprehensive Peace Agreement, CPA). En 1991, il rouvre la mission de Yirol, « la première d’une longue série », selon les sources. En 1994, celui qui était alors administrateur apostolique est capturé et pris en otage pendant 24 heures par les rebelles du SPLA/M, Mouvement populaire de libération du Soudan (Sudan People’s Liberation Army/Movement). Le 6 janvier 1999, Mgr Mazzolari est ordonné évêque par le pape Jean-Paul II. Le nouvel évêque a fait graver sur son blason la devise Per reconciliationem et crucem ad unitatem et pacem (Par la réconciliation et la croix, à l’unité et la paix).

Avec la disparition de l’évêque de Rumbek, l’Eglise catholique d’Afrique perd une de ses figures les plus marquantes. « Un homme de frontière » comme l’a défini le père Albanese. Il avait une grande sollicitude pour les gens, en ce sens qu’il comprenait leurs problèmes, leurs exigences. « C’est vraiment le cas de le dire : il a donné une voix à ceux qui n’en ont pas et s’est dépensé jusqu’au bout », a raconté le prêtre au micro de Radio Vatican. « Il a été mis à l’épreuve – telle une bougie qui petit à petit se consume – mais il a été jusqu’au bout et attendu que son Soudan, le Soudan du sud, devienne indépendant. Il a attendu que ce qui était les instances de démocratie, de participation, y compris de la part de la société civile, soient vraiment respectées ».

Le dernier grand projet lancé par Mgr Mazzolari, qui a lutté sans relâche pour améliorer la situation de son peuple et pour dénoncer les atrocités commises par le régime soudanais durant la guerre, portait sur la construction du premier centre de formation pour enseignants du Soudan du sud, à Cuiebet, dont la première aile sera inaugurée le 10 octobre prochain. « Maintenant plus que jamais il est nécessaire de former les leaders de l’avenir, jusqu’à ce que l’auto-détermination du peuple sud-soudanais soit complète et parvenue à maturité, dans un signe d’espoir et de restauration fondamentale de l’identité », avait-il déclaré le 30 mai lors de la présentation de sa biographie écrite par le journaliste Lorenzo Fazzini et publiée sous le titre « Un Vangelo per l’Africa. Cesare Mazzolari, vescovo di una Chiesa crocifissa » (Un Evangile pour l’Afrique. Cesare Mazzolari, évêque d’une Eglise crucifiée). « En tant qu’Eglise – avait poursuivi le prélat -, nous avons encore une grande responsabilité dans la construction du nouvel Etat. Par-dessus tout, nous devons enseigner l’art patient du dialogue, de la communication et de la réconciliation afin de jeter les bases d’une nouvelle nation ».

Connu aussi pour avoir fait libérer 150 esclaves – une initiative courageuse qu’il n’a pas voulu poursuivre, s’étant rendu compte qu’elle pouvait devenir un cercle vicieux –, Mgr. Mazzolari « n’était absolument pas un "bonasse", mais une personne capable de décrypter la réalité avec beaucoup de réalisme », comme l’a souligné le père Albanese dans son interview à Radio Vatican.

Dès le début, l’évêque de Rumbek s’était montré très critique de la guerre contre le terrorisme lancée par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 à New York. « Les Soudanais vivent un 11 septembre quotidien et pourtant dans vos journaux, il n’y a pas trace de ce martyre. Pourquoi ? Ils subissent les injustices et les maladies sans amertume », s’est-il exclamé en 2004 dans son entrevue avec Stefano Lorenzetto. « Les trois mille victimes des Tours jumelles, je les vois au quotidien dans les visages de ceux qui viennent me mendier de la nourriture et ne trouvent rien ».

Le diocèse de Rumbek a publié un communiqué faisant part de la profonde tristesse des prêtres, religieux et fidèles du diocèse, suite à la mort subite de leur évêque.

« Nous tenons à exprimer notre profonde appréciation pour son service et son témoignage fidèle à l’Evangile parmi la population sud-soudanaise », ajoute le communiqué.

Les membres de son diocèse soulignent dans leur communiqué l’importance que Mgr Mazzolari donnait au mandat que lui avait confié Jean Paul II : apporter du réconfort à un peuple qui avait tant souffert d’une guerre injuste, les aider à retrouver leur dignité, et faire en sorte que l’on respecte à nouveau leurs droits.

« Ses années comme évêque de Rumbek reflètent sa fidélité à cette mission extraordinaire et riche de défis », lit-on encore dans le communiqué.

Mgr Mazzolari, dont les obsèques seront célébrées le 21 juillet dans sa ville de Rumbek, sera inhumé dans la cathédrale locale. « Ma patrie est le Soudan. J’ai fait la promesse à mes fidèles que je ne les abandonnerai jamais, pas même dans la mort. Ils savent déjà où m’ensevelir », avait-il expliqué avec une certitude absolue en 2004.

Paul De Maeyer