Un écho de l’espace : Benoît XVI interwiewe 12 astronautes

Le Vatican en direct de la Station spatiale internationale

| 1937 clics

ROME, Lundi 23 mai 2011 (ZENIT.org) – C’est une première absolue pour un pape : Benoît XVI a dialogué en direct avec les deux équipages de la navette Endeavour et de la Station spéciale internationale (ISS), en orbite à 400 km de la terre. Une opération possible grâce à la Nasa et à l’Agence spatiale européenne (ESA).

Un écho de l’espace a en effet répandu ce samedi 21 mai, une émotion, une respiration rare, une atmosphère joyeuse et sérieuse à la fois dans la salle de presse du Saint-Siège : à 13 h 11, Benoît XVI avait rendez-vous, par liaison satellite audio-vidéo, avec les 12 astronautes des Etats-Unis, de Russie et d’Italie. Benoît XVI pouvait voir les astronautes sur l'écran mais les astronautes n'avaient que le son.

Vingt minutes historiques

Le pape les a interviewés pendant une vingtaine de minutes en direct de la salle Foconi, de la Bibliothèque vaticane, sur les télévisions du monde et sur la toile. La presse internationale avait bien conscience de participer à un évément historique.

Benoît XVI, comme on peut le revoir sur les images de KTO, était assis derrière un bureau portant un micro et ses notes. Sur sa droite, un écran. Et trois personnes debout : l’Ingénieur Enrico Saggese, président de l’Agence spatiale italienne (ASI), le colonel Thomas Reiter, spationaute allemand, directeur des vols spatiaux habités et des Opérations de l’Agence spatiale européenne, et le général Giuseppe Bernardis, chef d’Etat major de l’Aéronautique militaire italienne.

Thomas Reiter était chargé d’ouvrir la liaison et d'établir le contact avec la Station spatiale et la Nasa. M. Enrico Saggese a ensuite pris brièvement la parole pour demander aux Commandants de la mission de présenter les douze membres d’équipage, dont une femme.

L’équipage d’Endeavour, dont la mission est de 14 jours, est formée de six membres de trois nationalités – Etats-Unis, Russie, Italie - Mark E. Kelly, commandant, Gregory H. Johnson, pilote, Michael Fincke, Spécialiste de la mission, comme Roberto Vittori, et les deux autres membres de l’équipage : Andrew J. Feustel et Gregory Chamitoff.

L’équipage de l’ISS dont la mission est de 6 mois, croisés, est formé également de six membres de trois nationalités : Dimitri Kondratiev, Paolo Nespoli, Catherine Coleman, Ronald Garan, Alexander Samokutyayev, et Andrei Borisenko.

Humanité et humour

Les deux missions ont un impact important et sont à un très haut niveau de technique et de science, quant on pense par exemple à leur étude de l’anti-matière, et du Big Bang ou à la mise au point des « nez artificiels » détecteurs de gaz et de bactéries. Mais la liaison ne s’est pas moins déroulée sous le signe de la science, de la beauté, et de l’humanité. Il ne s’agissait pas seulement d’une bénédiction, a souligné M. Saggese, mais le pape a voulu être un « interlocuteur ».

Au début de la transmission, les deux équipes, d’Endeavour et de l’ISS se sont présentées, et Benoît XVI les a saluées d'un signe de la main. A la fin de la transmission, il a refait un signe de la main droite tendue vers le monitor et tous ensemble, ils lui ont adressé un signe amical.

Ils avaient tous un grand désir de participer à la rencontre, a souligné à Zenit Mme Gabriella Arrigo, vice-responsable des rapports internationaux de l’ASI. En effet, trois astronautes auraient dû préparer la sortie extra-véhiculaire du lendemain, mais ils ont organisé leur travail de façon à être présents à l’échange avec Benoît XVI.

Côté humour, Catherine Coleman, des Etats-Unis, a laissé sa chevelure libre en apesanteur, ce qui n’a pas manqué de provoquer un effet amusant qui a fait sourire et pape et l’assistance. Un astronaute a salué la fin de la liason satellite en se laissant partir à la verticale en apesanteur, rattrapé par un compagnon qui l’a saisi à la cheville.

Les deux astronautes italiens, Roberto Vittori et Paolo Nespoli, placés à droite et à gauche de l’image, se sont fait passer en apesanteur la médaille d’argent portant incisé l’Adam de Michel-Ange et remis par le pape à Roberto. Ils la rapporteront à Benoît XVI, qui n’a pas encore décidé ce qu’il en fera, a confié le père Lombardi, au terme de la transmission.

La beauté de la planète

Le pape a évoqué cette médaille dans sa question à RobertoVittori : « Souvent, les croyants regardent le ciel sans limites et, méditant sur le Créateur de tout cela, ils sont frappés par le mystère de sa grandeur. C'est pourquoi la médaille que j'ai donnée à Roberto (Vittori) comme un signe de ma propre participation à votre mission, représente la création de l'homme - peinte par Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine ».

« Lorsque nous avons un moment pour regarder en bas, a dit au pape Robetto Vittori, la beauté qui est l'effet tri-dimensionnel de la beauté de la planète capture notre coeur, capture mon cœur. Et je prie : je prie pour moi, pour nos familles, pour notre avenir. J'ai pris la médaille avec moi et je la laisse flotter en face de moi pour prouver l'absence de gravité. Je vous remercie beaucoup pour cette opportunité et je voudrais que cette médaille flotte vers mon collègue et ami Paolo : il va la faire revenir sur Terre à bord de Soyouz. Je l'ai emmenée avec moi dans l'espace et il la ramènera sur terre pour ensuite vous la remettre. »

Après la transmission, le pape a salué les personnes présentes auprès de lui. Il a notamment demandé à Thomas Reiter qui a participé aux missions sur la station MIR en 1995-1996 et sur l’ISS en 2006, si la planète Terre était vraiment aussi belle que les astronautes l’ont décrite : « Oui, c’est vraiment fascinant », à répondu Reiter.

La femme de Mark et la maman de Paolo

Avant la première question, posée à Mark E. Kelly, le commandant de l’équipe d’Endeavour, Benoît XVI a dit sa proximité : « Je sais que la femme de Mark Kelly a été victime d'une grave agression blessée en janvier dernier lors d'une fusillade de Tucson et j'espère que sa santé continue à s'améliorer ».

Mark Kelly a répondu : « Je vous remercie pour vos aimables paroles, Votre Sainteté, et je vous remercie d'avoir mentionné ma femme Gabby. »

La dernière question a été adressée par Benoît XVI en italien à Paolo Nespoli : « Ma dernière question est pour Paolo. Cher Paolo, je sais que ces jours derniers, ta maman t'a quitté, et quand dans quelques jours tu rentreras chez toi, elle ne sera plus là à t'attendre. Nous t'avons tous été proches, moi aussi, j'ai prié pour elle ... Comment as-tu vécu ce moment de douleur ? »

Paolo Nespoli a répondu : « Saint-Père, j'ai senti vos prières, vos prières sont arrivées jusqu'ici : c'est vrai, nous sommes hors de ce monde, en orbite autour de la Terre et nous avons un point de vue pour regarder la Terre et tout ce qu'il y a autour de nous. Mes collègues ici, à bord de la station - Dimitri, Cathy, Ron, Alexander et Andrei - m'ont été proches en ce moment important pour moi, très intense, comme mes frères, mes sœurs, mes tantes, mes cousins, ma famille ont été proches de ma mère dans ses derniers instants. Je suis reconnaissant pour cela. Je me suis senti loin mais aussi très proche, et certainement la pensée de vous sentir tous à côté de moi, unis en ce moment, a été un grand soulagement. Je remercie également l'Agence spatiale européenne et Agence spatiale américaine, qui ont mis à disposition les ressources afin que je puisse lui parler dans les derniers moments. »

Mme Arrigo a précisé, à propos de la maman de Paolo Nespoli, qu’elle a averti le Vatican du décès et que le P. Lombardi a alors fait part à Paolo, grâce à alle, de la prière du pape et de sa proximité. Quelle ne fut pas sa surprise – il en témoigné - lorsqu’il a reçu un mail de Paolo Nespoli, directement de l’espace. Une communication que l’Agence spatiale italienne a voulu favoriser entre Paolo Nespoli et le pape, dans un moment exceptionnel, a souligné Mme Arrigo.

Benoît XVI a en tout posé 5 questions aux astronautes, notamment sur leur vision de la Terre depuis l’espace et sur le mystère de l’infiniment grand, mais aussi la prière. Elles ont été posées en anglais à Mark E. Kelly, Ronald Garan, Michael Fincke, des Etats-Unis, et aux Italiens, Roberto Vittori et Paolo Nespoli.

Rendez-vous en septembre

En conclusion, Benoît XVI a déclaré, avant de donner sa bénédiction aux astronautes : « Vous m’avez aidé ainsi que de très nombreuses personnes à réfléchir au thème important de l’avenir de l’humanité. Je vous souhaite le meilleur pour votre travail, et pour le succès de votre importante mission au service de la science, de la coopération internationale, du progrès authentique et de la paix dans le monde ».

Jean Coisne, de l’Agence spatiale européenne, a indiqué à Zenit que vers la mi-septembre, les astronautes pourraient se donner rendez-vous à Rome pour une audience - qu’ils ont demandée au pape -, pour lui remettre la médaille de Michel-Ange.

Ce lundi, à l’occasion des 150 ans de l’unité italienne, les deux astronautes italiens, Roberto Vittori, au départ pilote d’essai de l’aéronautique italienne (il reviendra le 1erjuin, la veille de la fête nationale !), et Paolo Nespoli (qui revient ce mardi 24 mai), ont pu parler avec le président Giorgio Napolitano, et se sont symboliquement passé le drapeau tricolore italien, que le président leur avait remis.

C’est une circonstance exceptionnelle que deux Italiens soient ensemble sur l’ISS en cette année l’Unité italienne. Deux autres suivront, le major Luca Parmitano, en 2013, et le lieutenant Samantha Cristoforetti, du corps de l’aéronautique européen, en 2015-2016, a indiqué à Zenit le lieutement colonnel Alessandro Alfonsi, attaché de presse de l’aéronautique militaire italienne.

La bénédiction de Paul VI avait tracé un chemin marquant l’intérêt du Saint-Siège pour la recherche et les progrès de l’exploration de l’espace. En 1969, lors de la mission des astronautes américains Edwin Aldrin, Neil Armstrong et Michael Collins à bord d’Apollo 11, le pape Paul VI a envoyé aux « aventuriers de l’espace » ses vœux et sa bénédiction.

Anita S. Bourdin