« Un enfant pour l’éternité »

Entretien avec Isabelle de Mézerac, mère d’un enfant mort peu après la naissance

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ROME, lundi 7 mars 2005 (ZENIT.org) – Que se passe-t-il lorsqu’une mère sait que l’enfant qu’elle porte est malade et qu’il mourra très probablement à la naissance ? C’est à cette question dramatique qu’a voulu répondre Isabelle de Mézerac avec son livre intitulé « Un enfant pour l’éternité » (Éditions du Rocher). Elle a accepté de répondre aux questions de Zenit.



Zenit : Quel message souhaitiez-vous transmettre en racontant l’expérience que vous avez vécue ?

I. de Mézerac : C’est à la demande des médecins du Centre Hospitalier Universitaire de Lille, où j’ai été suivie, que j’ai accepté d’écrire l’histoire de notre petit Emmanuel. Sans leur insistance, je n’aurais jamais imaginé sortir cette histoire de notre cercle familial. Avec le médecin qui m’a accompagnée pendant ma grossesse et qui a participé au livre, le Docteur Jean-Philippe Lucot, nous voulons montrer qu’il existe une autre voie que l’interruption médicale de grossesse en cas de maladie létale diagnostiquée sur un bébé à naître. C’est le choix de l’accompagnement de cette petite vie jusqu’à son terme naturel. Dans ce contexte de fin de vie, c’est certes un chemin douloureux mais il peut se vivre dans la sérénité, pour prendre le temps d’aimer ce tout-petit et se construire des souvenirs ensemble.

Zenit : Avez-vous rencontré d’autres parents qui ont fait le même choix que vous ?

I. de Mézerac : Depuis la sortie du livre, j’ai rencontré plusieurs mamans qui ont fait ou vivent aujourd’hui le même choix que moi : toutes me confirment que les sentiments décrits dans le livre sont aussi les leurs, quel que soit leur âge ou leur situation personnelle. Ainsi, nous ne supportons pas que l’on pense que nous avons fait ce choix-là parce que nous sommes catholiques : c’est simplement l’expression de notre amour maternel pour nos tout-petits ! D’ailleurs j’ai aussi rencontré des mamans athées qui n’ont pas eu la possibilité de faire ce choix et qui auraient bien aimé l’avoir, pour pouvoir choisir, elles aussi, de vivre cet accompagnement jusqu’au bout.
Pour moi, ce fut aussi une épreuve de la foi puisque je vivais, au creux de ma chair, la confrontation avec la mort, l’au-delà, l’éternité…Quel sens donner à ces mots ? Qu’est ce que la Foi ? …

Zenit : Vous dites dans votre livre que ce 5ème fils s'est présenté particulièrement tard, alors que vous étiez âgée de 45 ans, et que vous aviez déjà quatre enfants…

I. de Mézerac : La venue d’Emmanuel, juste avant qu’il ne soit trop tard pour moi, m’est encore totalement incompréhensible, voire mystérieuse…Nous avons attendu si longtemps ce cinquième enfant…Il m’apprend seulement à ne plus jamais dire « jamais ! »…

Zenit : Aviez-vous choisi le prénom « Emmanuel » avant sa naissance ?

I. de Mézerac : Le prénom d’Emmanuel a été choisi quelques mois avant sa naissance, après que nous ayons appris la terrible maladie qui le frappait. Nous avons été plusieurs en famille à avoir la même intuition pour ce prénom !
A mes yeux, il ne signifiait pas « Dieu avec nous » mais il représentait plutôt le plus petit des petits d’homme, le plus pauvre parmi les pauvres, comme l’était mon bébé à naître, lui qui était malade et qui allait mourir… Alors j’ai pensé à l’Emmanuel, né il y a deux mille ans dans une étable, parmi les plus pauvres…

Zenit : Quel a été le témoignage du petit Emmanuel pour vous ?

I. de Mézerac : Emmanuel, en me faisant vivre une extraordinaire histoire d’amour, m’a appris la beauté de la vie et la chance qu’elle représente.
Il m’a aussi enseigné la puissance de cet amour gratuit, donné de tout cœur et sans retour : il m’en a fait découvrir la plénitude et cela m’a rendue profondément heureuse, même si je pleure encore aujourd’hui son absence. J’ai découvert, à travers lui, les limites de notre monde, ma fragilité et l’immense besoin que nous avons des autres : la vie n’est que relation aux autres, elle nous rend responsable de cette relation, surtout quand l’autre approche des rives de la mort.