Un jardin de mémoire où l'eau ruisselle et féconde

Abu Gosh, Lustiger et l'architecte Tsvi Efrat

Jérusalem, (Zenit.org) Anita Bourdin | 520 clics

« Ce mémorial doit devenir un lieu de rencontres, de dialogues, de méditations », explique le père-abbé Charles Galichet. Un vœu déjà réalisé au grand souffle de l’inauguration, mercredi 23 octobre, de ce mémorial dédié au cardinal Lustiger sur le domaine - français -  du monastère bénédictin-olivétain d’Abu Gosh.

Elle a été menée à bien par l’archevêché de Paris et le Fonds de dotation « Aron Jean-Marie Lustiger », présidé par Richard Prasquier, président d’honneur du CRIF, et dont le vice-président est le père Patrick Desbois, directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme de la Conférence des Evêques de France et président de « Yahad-in Unum ».

Le lieu est une suggestion du père Desbois : « Cela s’est imposé comme une évidence. C’est là que le projet prenait tout son sens », note Richard Prasquier. La communauté bénédictine a immédiatement adhéré au projet, souligne Catherine Dupeyron dans le livret rédigé sur le mémorial.

Pour le père-abbé, « ce mémorial ne doit pas rester franco-français, ni être réservé au monde chrétien ». Il insiste : « Ce n’est pas une propriété chrétienne. C’est une propriété du Dieu d’Israël qui veut se dire au monde juif, chrétien et musulman puisque nous sommes dans un village musulman. Le Cardinal a donné un élan, il faut maintenant que ce mémorial transcende les religions. L’inauguration n’est qu’un début, ce mémorial doit devenir un lieu de rencontres, de dialogues, de méditations. »

C’est en 1976 que Jean-Marie Lustiger a découvert Abu Gosh : « Le père Lustiger, qui depuis des années, faisait, à Pâques, un pèlerinage à pied de Latroun à Jérusalem, a fait escale chez nous », raconte le père abbé. En 1979, il y prêche une retraite à des bénédictines du Bec Hellouin : le texte deviendra « La Promesse ». Lorsqu’il est archevêque de Paris, il maintient le lien avec ce « point de repère amical et spirituel majeur ».

« Il partageait avec la communauté cette conviction que l’Eglise doit redécouvrir ses racines juives et vivre une relation avec l’Israël d’aujourd’hui », souligne Catherine Dupeyron.

Les moines ont traduit des textes du cardinal en hébreu et en arabe. Ils ont créé les plaques de céramique gravées des citations du cardinal. Ils ont suggéré de confier la réalisation du mémorial à Efrat-Kowalsky Architects, grand cabinet israélien.

Pour l’architecte Tsvi Efrat, présent à l’inauguration, « il fallait prendre garde à ne pas faire quelque chose de trop monumental. Il était important que cela s’intègre au jardin du monastère. D’où l’idée de créer un jardin-mémorial qui soit vivant plutôt que de bâtir un monument massif. »

C’était la première fois qu’il travaillait à un projet chrétien, jailli de sa fréquentation des textes du cardinal Lustiger et qui, dit-il, « s’il est petit par la taille, est très important au plan symbolique » : « Lustiger incarne l’existence de relations pacifiques entre différentes parties. Or, pour nous, en Israël, c’est un gage d’espoir dans l’avenir. »

L’eau verte sillonne ce jardin de mémoire et ruisselle bruyamment de terrasse en terrasse. Elle y attire déjà oiseaux, grenouilles, abeilles, et les pèlerins-visiteurs assoiffés de paix. Une paix que le cardinal invoquait pour Jérusalem et toute la région, car « tout est possible à Dieu ». Une paix dont les chrétiens sont une clef au Moyen-Orient.