"Un temps d'intériorité", par le card. Kurt Koch

Pour une Eglise qui vit le mystère, même en vacances...

Rome, (Zenit.org) Robert Cheaib | 638 clics

[En italien,] le passage phonétique de « feriale » (« jour ouvrable », ndlr) à « ferie » (« vacances », ndlr) est très ténu. Il décrit presque l’imperceptible différence ou, mieux, la non-différence, manifeste et affligeante, entre le temps de travail et le temps des vacances (pour ceux qui peuvent encore se le permettre). Il n’est pas nécessaire de se plonger tout entier dans la veine mélancolique de Giacomo Leopardi, mais nous ne pouvons que signifier notre approbation lorsque nous lisons son poème bien connu « Le samedi du village » :

« C’est le jour le plus agréable des sept, jour plein d’espérance et de joie : demain les heures ramèneront la tristesse et l’ennui et chacun retournera dans sa pensée à son travail habituel. »

Le « dimanche » prolongé des vacances tendrait à perdre de son épaisseur et à s’estomper devant l’attente qui le précède. C’est pour cela qu’il est plus sain et plus édifiant de vivre les vacances et de les comprendre non pas comme un temps de ramollissement mais comme un temps de « récréation ». Le terme est ambitieux, il semble presque nous accorder des pouvoirs divins, mais il mérite tout ce à quoi il prétend. Le temps des vacances, vu comme un temps où le regard de l’homme parcourt à nouveau sa vie, bénissant, comme Elohim, sa propre création en la re-créant.

Un temps où le repos "sabbatique" n’est pas le coup de grâce contre les énergies qui lui restent, à travers un activisme frénétique et névrotique, mais où ce repos est une gracieuse régénération de l’être, une respiration de sa propre existence à pleins poumons, un « temps d’intériorité » pour citer le titre de l’ouvrage de l’évêque émérite de Bâle, le cardinal Kurt Koch, édité par les éditions Queriniana. Le livre rapporte vingt méditations directes et incisives, simples et profondes. Le fil rouge qui traverse la réflexion est une manière de repenser la foi qui régénère ; en particulier, le fait de souligner la nature ambivalente de la foi ou, mieux, du vécu de celle-ci : la foi qui conjugue « la fiabilité du ciel et la fidélité de la terre ».

L’approche "incarnée" de la réflexion du cardinal Koch ferait justement de ce livre un excellent compagnon pour celui qui veut accompagner la re-création estivale par une re-génération de sa foi souvent, malheureusement, exaspérée et exténuée à cause des priorités secondaires que nous ne cessons de privilégier tout au long de l’année.

Loin d’ériger une foi non évangélique qui échappe à la vie, le cardinal Koch souligne que « la vie de la foi dans l’ébriété de l’Esprit-Saint ne prive nullement de leur sérieux  la "sequela" et l’activité constructive dans le monde, mais elle pousse plutôt nécessairement à rester fidèles à la terre. Naturellement, le contraire est vrai aussi : notre fidélité à la terre a son véritable fondement dans notre fidélité au ciel ».

C’est justement ce double regard, qui ne crée pas une duplicité mais une harmonie, qui tend notre vie vers l’avant et qui nous fait percevoir de loin la plénitude de la véritable re-création, la Nouvelle Création que nous espérons dans la foi.

Traduction Hélène Ginabat