Une Église qui n'apporte pas Jésus serait une Église morte

Catéchèse du 23 octobre 2013 (texte intégral)

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1027 clics

« L’Église apporte Jésus: ceci est le centre de l’Église, apporter Jésus ! S'il arrivait une fois que l’Église n’apporte pas Jésus, celle-ci serait alors une Église morte! L’Église doit apporter la charité de Jésus, l’amour de Jésus, la charité de Jésus », souligne le pape François.

Hier, mercredi 23 octobre 2013, lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le pape a consacré sa catéchèse à « Marie comme image et modèle de l’Église ».

« Marie a toujours vécu plongée dans le mystère de Dieu fait homme, comme sa première et parfaite disciple, méditant chaque chose dans son cœur à la lumière de l’Esprit saint, pour comprendre et faire toute la volonté de Dieu », a-t-il expliqué.

Il a également précisé que « l’Église n’est pas une boutique, n’est pas une agence humanitaire, l’Église n’est pas une ONG, l’Église est envoyée pour apporter le Christ et son Évangile à tous; elle n’apporte pas ce qu’elle est elle – petite, grande, forte ou faible, l’Église apporte Jésus et doit être comme Marie quand celle-ci est allée rendre visite à Élisabeth ».

Voici notre traduction du texte intégral en italien.

Catéchèse du pape François

Chers frères et sœurs, bonjour !

Continuant la catéchèse sur l’Eglise, aujourd’hui je voudrais regarder Marie comme image et modèle de l’Église. Je le fais en reprenant une expression du concile Vatican II. La constitution Lumen gentium dit : «  Comme l’enseignait déjà saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ » (n. 63).

1. Partons du premier aspect, Marie comme modèle de foi. Dans quel sens Marie représente-t-elle un modèle pour la foi de l’Église ? Pensons à qui était la Vierge Marie : une juive, qui attendait de tout son cœur la rédemption de son peuple. Mais dans ce cœur de jeune fille d’Israël il y avait un secret qu’elle-même ne connaissait pas encore: dans le dessein d’amour de Dieu elle était destinée à devenir la Mère du Rédempteur. Dans l’Annonciation, le Messager de Dieu l’appelle « pleine de grâce » et lui révèle ce projet. Marie répond « oui » et à partir de ce moment-là la foi de Marie reçoit une lumière nouvelle : elle se concentre sur Jésus, le Fils de Dieu qui a pris chair en elle et dans lequel s’accomplissent les promesses de toute l’histoire du salut. La foi de Marie est l’accomplissement de la foi d’Israël, en elle se concentre toute la marche, toute la route de ce peuple qui attendait la rédemption. C’est en ce sens-là qu’elle est le modèle de la foi de l’Église, qui a pour centre le Christ, incarnation de l’amour infini de Dieu.

Comment Marie a-t-elle vécu cette foi ? Elle l’a vécue dans la simplicité des milles occupations et préoccupations quotidiennes de toute maman, comme pourvoir à la nourriture, aux vêtements, au soin de la maison... Et cette existence normale de la Vierge fut précisément le terrain où se développa cette relation particulière, ce dialogue profond entre elle et Dieu, entre elle et son Fils. Le « oui » de Marie, déjà parfait au début, a grandi jusqu’à l’heure de la Croix. Là, sa maternité s’est dilatée prenant dans ses bras chacun de nous, notre vie, pour nous guider vers son Fils. Marie a toujours vécu plongée dans le mystère de Dieu fait homme, comme sa première et parfaite disciple, méditant chaque chose dans son cœur à la lumière de l’Esprit saint, pour comprendre et faire toute la volonté de Dieu.

Nous pouvons nous poser cette question : est-ce que nous nous laissons éclairer par la foi de Marie, qui est notre Mère ? Ou bien l’imaginons-nous loin, trop différente de nous ? Dans les moments d’épreuve, d’obscurité, la regardons-nous comme un modèle de confiance en Dieu, qui veut toujours et seulement notre bien ? Pensons à cela, cela nous fera peut-être du bien de retrouver Marie comme modèle et figure de l’Église dans cette foi qu’elle avait !

2. Venons au deuxième aspect: Marie modèle de charité. De quelle façon Marie est pour l’Église un exemple vivant d’amour ? Pensons à sa disponibilité à l’égard de sa parente Élisabeth. En lui rendant visite, la Vierge Marie ne lui a pas apporté qu’un simple soutien matériel, ça aussi, mais elle a apporté Jésus, qui vivait déjà dans son ventre. Amener Jésus dans cette maison voulait dire apporter la joie, une joie comblée. Élisabeth et Zacharie étaient heureux de cette grossesse qui leur paraissait impossible à leur âge, mais c’est la jeune Marie qui leur apporte la joie totale, celle qui vient de Jésus et de l’Esprit Saint et s’exprime dans la charité gratuite, dans le partage, dans l’aide et la compréhension réciproques.

La Vierge Marie veut nous apporter à nous aussi, à nous tous, le grand don qu’est Jésus; et avec Lui elle nous apporte son amour, sa paix, sa joie. C’est ainsi qu’est l’Église, comme Marie: l’Église n’est pas une boutique, n’est pas une agence humanitaire, l’Église n’est pas une ONG, l’Église est envoyée pour apporter le Christ et son Évangile à tous; elle n’apporte pas ce qu’elle est elle – petite, grande, forte ou faible, l’Église apporte Jésus et doit être comme Marie quand celle-ci est allée rendre visite à Élisabeth. Que lui apportait Marie ? Jésus. L’Église apporte Jésus: ceci est le centre de l’Église, apporter Jésus ! Si par hypothèse il arrivait une fois que l’Église n’apporte pas Jésus, celle-ci serait alors une Église morte! L’Église doit apporter la charité de Jésus, l’amour de Jésus, la charité de Jésus.

Nous avons parlé de Marie, de Jésus, et nous ? Nous qui sommes l’Église ? Quel amour apportons-nous aux autres ? Est-ce l’amour de Jésus, qui partage, qui pardonne, qui accompagne, ou bien est-ce un amour coupé avec de l’eau, comme on allonge du vin qui semble de l’eau ? Est-ce un amour fort, ou si faible qu’il suit les sympathies, qu’il attend un retour, un amour intéressé ? Autre question: Jésus aimait-il l’amour intéressé ? Non, il n’aimait pas ça, car l’amour doit être gratuit, comme le sien. Comment sont les rapports dans nos paroisses, dans nos communautés ? Nous traitons-nous en frères et sœurs ? Ou nous jugeons-nous, parlons-nous mal des uns des autres, soignons-nous notre propre « petit jardin », ou prenons-nous soin l’un de l’autre ? Ce sont des questions de charité !

3. Et brièvement un dernier aspect : Marie modèle d’union avec le Christ. La vie de la Sainte Vierge fut la vie d’une femme de son peuple: Marie priait, travaillait, allait à la synagogue … Mais chaque action était toujours accomplie en parfaite union avec Jésus. Cette union atteint son sommet sur le Calvaire: là Marie s’unit au Fils dans le martyre du cœur et dans l’offrande de sa vie au Père pour le salut de l’humanité. La Vierge a fait sienne la souffrance du Fils et elle a accepté avec Lui la volonté du Père, dans cette obéissance qui porte des fruits, qui donne la vraie victoire sur le mal et sur la mort.

C’est une réalité très belle que nous enseigne Marie: être toujours unis à Jésus. Nous pouvons nous demander: Nous rappelons-nous de Jésus seulement quand quelque chose ne va pas et que nous en avons besoin, ou notre relation est-elle une relation constante, une amitié profonde, même quand il s’agit de le suivre sur le chemin de la croix?

Demandons au Seigneur qu’il nous donne sa grâce, sa force, afin que dans notre vie et dans la vie de chaque communauté ecclésiale se reflète le modèle de Marie, Mère de l’Église. Ainsi soit-il !

Traduction de Zenit, Océane Le Gall