Une mosquée au « Ground zero » ? L'Eglise invite au dialogue

L'archevêque de New York cite un ancien cas de polémique surmontée, à Auschwitz

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ROME, Vendredi 27 août 2010 (ZENIT.org) - L'archevêque de New York a souligné la nécessité d'un dialogue courtois et respectueux face à la controverse suscitée par un projet de construction d'un centre islamique à quelques pas du site des attentats terroristes du 11 septembre.



« Je sais qu'il s'agit d'un sujet polémique », a reconnu Mgr Timothy Dolan lors d'une conférence de presse improvisée le mercredi 18 août.

« Que ce qui est devenu un problème qui divise puisse se transformer en une occasion de discussion très courtoise, rationnelle, charitable, respectueuse ! C'est ma plus grande prière », a-t-il souhaité.

Une vive polémique est en effet née autour du projet de construction d'un centre islamique, le « Park 51 », et d'une mosquée, près du lieu où s'élevait le World Trade Center à New York avant l'attentat du 11 septembre 2001 perpétré par des terroristes musulmans.

Certains voient dans l'édification d'un centre islamique si près du Ground Zero, site de la tragédie, une insulte à la mémoire des victimes et de leurs familles. D'autres saluent un projet qui donnera aux musulmans une occasion de prouver leurs valeurs de paix et leur désir de coexister avec les autres.

Principes

Mgr Dolan a fait l'éloge du maire de la ville, Michael Bloomberg, qui a énoncé de façon particulièrement éloquente les principes de liberté religieuse et d'hospitalité sur lesquels ce pays et cette merveilleuse communauté sont fondés.

« Nous catholiques sommes, bien sûr, particulièrement sensibilisés quand il s'agit d'accueillir les autres », a déclaré le prélat, qui a souligné la nécessité d' « accueillir l'immigré et le réfugié ».

« Nous-mêmes sommes un peu chatouilleux sur la question parce que, par le passé, nous avons été victimes de discrimination », a-t-il ajouté.

L'archevêque a reconnu, toutefois, qu' « il y a aussi des gens sensés de l'autre côté », qui ont des sensibilités sur lesquelles ils essaient d'attirer l'attention.

« Je prie », a-t-il dit, pour que « les deux parties - de façon modérée, courtoise, charitable et respectueuse - puissent être entendues, et que nous puissions parvenir à un type de décision appropriée, responsable ».

Mgr Dolan a précisé qu'il est en train d' « amorcer un type de dialogue et de discussion avec d'autres chefs religieux » pour aider à ce que s'instaure « cette manière rationnelle, courtoise, de chercher une solution ».

Médiateur

L'évêque a également fait observer que, lorsque la controverse a été relayée par les médias laïcs, il a été « flatté » de voir que deux journalistes ont cité l'intervention du pape Jean-Paul II dans « un cas analogue de tension dans le camp de concentration d'Auschwitz ». Jean-Paul II avait alors affirmé que les deux parties étaient dignes d'être entendues.

Un groupe de carmélites avait installé un couvent à proximité du site de l'ancien camp de concentration, mais la communauté juive a protesté. « Il y a avait des voix sensées des deux côtés », se souvient le prélat. Le camp catholique, avec les carmélites qui disaient qu'elles voulaient prier dans ce lieu sacré, et des voix juives sensées qui répondaient qu'elles appréciaient ce sentiment mais souhaitaient que rien ne soit fait qui puisse détourner du caractère sacré juif unique de ce site.
L'archevêque a expliqué que Jean-Paul II a proposé « de se réunir courtoisement, intelligemment, avec dignité » pour trouver la bonne solution et qu'il a ensuite ajouté : « Gardons l'idée et changeons peut-être l'adresse ».
« Ça a fonctionné là-bas », a affirmé Mgr Dolan. « Ça pourrait fonctionner ici ».

Il a insisté sur la nécessité de trouver une solution de façon « réfléchie, charitable ».

Quand les journalistes lui ont demandé s'il jouerait un rôle en réunissant les parties en conflit, le prélat a répondu qu'il en serait « honoré ». Il a ajouté que l'archidiocèse de New York joue déjà un rôle « en coulisses ».

« Calmement, dans les coulisses, beaucoup de nos pasteurs dans la région et beaucoup d'autres leaders religieux participent déjà au dialogue indispensable pour avancer », a-t-il affirmé.