Une opportunité à notre porte pour sauver des mariages, par Carl Anderson

A cause de la crise, certains couples décident de retarder leur divorce

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ROME, Vendredi 16 octobre 2009 (ZENIT.org) - Quels que soient les problèmes générés par la récession, elle a aussi offert à chacun d'entre nous individuellement ainsi qu'aux paroisses et aux organisations catholiques, une formidable opportunité pour contribuer à sauver des mariages.



C'est ce qu'affirme Carl Anderson, chevalier suprême des Chevaliers de Colomb. Nous publions ci-dessous son analyse.

Comme dans la Grande Dépression des années 1930, lorsque les taux de divorce avaient reculé, certains signes avant-coureurs semblent indiquer une même tendance avec notre crise économique actuelle.

En septembre, l'Agence France-Presse a informé que le taux de divorces en Espagne a enregistré une baisse de 12.5%, et le nombre des séparations a chuté de près de 25%.

Aux Etats-Unis, les informations indiquent une baisse similaire en cours.

Selon des informations récentes en provenance de Washington , D.C. Phoenix ( Arizona) et Reno (Nevada), on observerait au niveau national une tendance de personnes préférant au minimum retarder leur divorce parce qu'elles ne se sentent pas capables « de faire cavalier seul. »

Steve King, un avocat de Reno spécialiste du divorce, a déclaré à son journal local « Gazette Journal » que « certaines personnes mariées se voient dans une situation de perdant-perdant, sans rien à gagner avec le divorce, sauf de se retrouver célibataires [...] Elles ne peuvent pas se permettre d'avoir deux logements séparés ou de payer un loyer, et ceci vaut pour les conjoints qui travaillent encore tous les deux. »

Cette perspective sombre, mais pragmatique, gagnant du terrain, nous devons saisir cette opportunité qui s'offre à nous, d'aider ceux qui « retardent » leur divorce, pour éviter qu'ils n'aillent jusqu'au bout.

Il y a là un créneau unique d'opportunité pour des catholiques de réaffirmer l'importance du mariage à un grand nombre de personnes mariées, qui n'ont peut-être pas été réceptives auparavant à ce message. Et pour les mariés qui envisagent, tout à coup, la possibilité de résoudre leurs différends, l'enseignement de l'Eglise offre l'espoir.

Comme Benoît XVI l'a affirmé en septembre dernier, « la ferme conviction de l'Eglise est que la véritable solution aux problèmes auxquels sont confrontés, à l'heure actuelle, les couples mariés, et l'affaiblissement de leur union, consiste en un retour à la solidité de la famille chrétienne, espace de confiance mutuelle, de don et de respect de la liberté, de formation à la vie sociale. »

Tenir bon

L'enseignement de l'Eglise contient un message fort sur le plan théologique - et pratique - pour ceux qui restent ensemble.

Jugez-en. Une étude réalisée en 2002 par l'Institute for American Values a révélé que « les deux tiers des conjoints 'mal mariés' qui sont restés mariés ont déclaré que leur mariage était devenu heureux cinq ans plus tard. Et aussi que les mariages les plus malheureux ont connu les plus spectaculaires revirements. »

Sur le plan économique aussi, le divorce a de terribles conséquences, dans tous les cas. Des études qui ont été faites sur les retombées financières du divorce sur les femmes et les enfants ont montré que l'ex-épouse et leurs enfants ont connu après le divorce une baisse de 30% à 73% de leur niveau de vie.

La religion a aussi joué un rôle primordial dans l'évolution du divorce.

Selon Barbara Dafoe Whitehead, spécialiste du divorce, les taux de divorce ont été stimulés par une tendance répandue dans plusieurs religions à considérer le mariage comme étant du ressort de la psychologie plutôt que de la théologie. « Les principales dénominations religieuses ont mené la 'procession' jusqu'à la psychothérapie, » a-t-elle souligné. « Les thérapeutes sont devenus des maîtres, qui dictent les règles du mariage d'abord et, ensuite, de la dissolution du mariage. »

Le résultat a été stupéfiant. Les prêtres et autres conseillers conjugaux traditionnels ont abandonné leur rôle aux thérapeutes, constate Barbara Whitehead. A la différence de ceux qui initialement prodiguaient des conseils conjugaux, en offrant leurs services comme faisant partie de leur vocation, les thérapeutes ont vendu leurs services sur le marché.

« En outre, [...] ses praticiens sont très sensibles aux incitations du marché, notamment le marché en expansion et lucratif des Américains dont le mariage tournait mal. Les craintes liées à l'exploitation commerciale du divorce disparurent tandis que son potentiel commercial augmentait. »

Mais s'il n'y a pas assez d'argent pour divorcer, il se pourrait bien que les gens cherchent une aide là où c'est moins cher, dans des endroits qui pour beaucoup au 20e siècle, note Barbara Whitehead, incluaient famille, amis et clergé.

Notre rôle comme catholiques ne pourrait être plus important.

S'adressant, en septembre dernier, aux évêques brésiliens réunis à Rome pour leur visite « ad limina », Benoît XVI a appelé les prêtres « à accompagner les familles pour assurer qu'elles ne se laissent pas séduire par les modes de vie relativistes promus par le cinéma, la télévision et d'autres médias. »

La tâche à accomplir

Le pape a également parlé de l'importance du témoignage de foyers catholiques : « J'espère que les familles réussiront à tirer énergie du sacrement du mariage pour surmonter leurs crises. [...] C'est à partir de ces familles que l'on pourra refaire le tissu social. »

Au moment où la crise économique nous offre une opportunité accrue pour aider à sauver des mariages, nous avons, chacun, beaucoup à faire.

Pour les prêtres, cela signifie prendre le temps de connaître et de conseiller les couples mariés sur les dangers du divorce, et leur apporter l'espoir qui vient avec la résolution des problèmes de couple.

Pour les couples mariés en difficulté, cela signifie travailler en couple, avec l'aide de l'Eglise, pour surmonter ensemble leurs différends.

Pour les couples mariés dont les mariages sont heureux, cela signifie donner l'exemple, et montrer que l'amour est possible et peut s'épanouir dans le mariage, et partager les moyens par lesquels ils ont réussi, quant à eux, à surmonter leurs difficultés par le passé.

Enfin, pour chacun d'entre nous, cela signifie être à l'écoute de nos amis dont les mariages peuvent connaître des difficultés, et les orienter vers les moyens qui peuvent les aider à sauver leur mariage, en étant conscients du fait que sur le plan à la fois théologique et concret, le divorce et la séparation ont des conséquences tragiques.

Par notre exemple, nos conseils, et notre proximité de ceux qui envisagent un divorce - spécialement à l'heure actuelle - nous ne devons pas laisser passer l'occasion de bâtir la civilisation de l'amour en même temps qu'une famille, un mariage.