Une révolution politique : la liberté d'éducation

Par Mgr Giampaolo Crepaldi

Rome, (Zenit.org) Stefano Fontana | 684 clics

Mgr Giampaolo Crepaldi, archevêque de Trieste et président de l’Observatoire cardinal Van Thuân, plaide pour « une véritable révolution » : « la liberté d'éducation ».

Voici des extraits d'un entretien que l'archevêque a accordé à "Vita Nuova", le bulletin hebdomadaire du diocèse de Trieste, le 7 février 2014.

Les évêques de la région "Triveneto" viennent de publier un message sur l’éducation. Pourquoi ?

Mgr Giampaolo Crepaldi - L’urgence éducative a été signalée avec grande préoccupation par Benoît XVI. A l’origine - avait-il dit - il y a une crise anthropologique: nous ne savons plus qui est l’homme que nous voulons éduquer. L’Observatoire cardinal Van Thuân, dont je suis le président, avait ensuite prévenu que nous avions dépassé cette urgence éducative, entrant désormais dans une phase « alarme éducation » due à l’irruption dans nos écoles d’une idéologie qui prétend éduquer un enfant ou un jeune de manière abstraite : ni homme ni femme, privé d’une identité naturelle sexuée, sous prétexte de respecter tous les penchants sexuels. Nous, évêques du "Triveneto", sommes intervenus pour mettre en garde contre une vague qui risque de bouleverser le sens de l’éducation de nos enfants et de nos jeunes. Vu le contexte, le problème de la liberté d’éducation des familles réapparaît avec force.

Comment voyez-vous ce problème ? 

Si l’intégration a lieu uniquement dans l’école publique, le projet éducatif de cette dernière doit s’abaisser et se diluer, comme c’est le cas aujourd’hui; si l’intégration a lieu dans la société civile avec la participation des familles, celle-ci s'améliore, car les familles spirituelles de la société peuvent élaborer des propositions éducatives selon leurs aspirations légitimes. Il s’agirait d’une révolution pas seulement éducative, mais politique dans le sens le plus profond du terme. Cela réveillerait l’enthousiasme, la participation, l’engagement, l’adhésion à des idéaux, la discussion, et surtout la capacité de donner des réponses, qui se reverseraient ensuite positivement sur d’autres secteurs de la vie sociale. Cela favoriserait l’initiative culturelle, la circulation des idées, la mobilisation, la prise de responsabilités, une saine dispute des idées (...).

En quoi le monopole de l’État sur l’éducation est-il négatif ? 

Que d’attitudes grégaires sont liées à la persistance du monopole de l’État sur l’éducation ! Bureaucratie, uniformisme et conformisme, inertie, attentisme, prévalence des aspects quantitatifs sur les aspects qualificatifs. Que d’énergies civiles provoquerait au contraire la liberté d’éducation ! Le mérite et l’effort seraient récompensés, la formation permanente mise en valeur, l’évaluation substantielle de l’enseignement se déplacerait au sein des familles (...). 

Pourquoi les catholiques devraient-ils s’engager pour cette liberté d’éducation? 

Car si on ne donne pas un lieu où la liberté de nos enfants et de nos jeunes peut rencontrer la vérité, il est impossible que ces derniers puissent rencontrer le Christ... La première liberté est la liberté d’éduquer, quand on nous enlève ça, on nous enlève tout. Sans cette liberté, le rôle public de la foi catholique est lui aussi compromis, il ne peut être proposé que dans des milieux restreints, voire privés.

Beaucoup de catholiques sont pour l’école publique...

Il ne s’agit pas de démanteler l’école publique, mais de faire en sorte qu’elle ne soit pas la seule...

En quoi plus d’autonomie et de liberté élèverait-il le niveau de l’éducation ? 

Le retard de notre école est sous les yeux de tous, qu’il s’agisse de la capacité d'orienter les jeunes vers une profession, ou de la formation elle-même, dont la qualité est en chute. Le système éducatif de notre pays a besoin d’un souffle nouveau. Il a besoin d’une plus grande flexibilité, que l’on crée des expériences d’excellence qui servent de moteur et de pilote.

Et l’université ?

L’Université a besoin, tout particulièrement, de cette autonomie et liberté, car il s’agit du niveau d’instruction et d’éducation à plus fort potentiel de construction pour le pays, avec des retombées très importantes sur l’économie et la vie sociale en général. Le pluralisme, dans l’éducation, doit lui être appliqué aussi, cela libérerait beaucoup d’énergies culturelles et intellectuelles au profit de toute la nation. Ce serait une véritable révolution, avec un impact très fort sur les structures, les normes, les emplois, les usages. Il faut donc un projet à long terme et graduel, qui prévoit des interventions progressives et le déplacement des ressources matérielles et humaines de l’État vers de nouveaux sujets de la société civile, du privé et du privé-social.

Traduction d'Océane Le Gall