Unité des chrétiens: discours de Benoît XVI au Conseil pontifical

Une cause décisive pour la vie de l'Eglise

| 1332 clics

ROME, jeudi 15 novembre 2012 (ZENIT.org) – « Je veux souhaiter que l’Année de la foi contribue aussi au progrès du chemin œcuménique », déclare Benoît XVI, précisant que « l’unité est, d’un côté, fruit de la foi et, de l’autre, un moyen et presque un fondement pour annoncer de façon toujours plus crédible la foi à ceux qui ne connaissent pas encore le Sauveur ou qui, même s’ils ont reçu l’annonce de l’Evangile, ont presque oublié ce don précieux ».

C’est ce qu’a déclaré le pape aux participants de l’assemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, reçus en audience ce matin, 15 novembre 2012, au Vatican. Il voit dans l'oecuménisme une "cause décisive pour la vie de l’Eglise".

Discours de Benoît XVI:

Messieurs les cardinaux,

Frères vénérés dans l’épiscopat et dans le sacerdoce

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de vous rencontrer, membres et consulteurs du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, à l’occasion de l’assemblée plénière. A chacun j’adresse mon salut cordial, en particulier au président, le cardinal Kurt Koch – que je remercie pour les aimables paroles par lesquelles il a exprimé les sentiments communs – au secrétaire et aux collaborateurs du dicastère, avec mon appréciation pour leur travail au service d’une cause si décisive pour la vie de l’Eglise.

Cette année votre assemblée plénière centre son attention sur le thème : «L’importance de l’œcuménisme pour la nouvelle évangélisation». Avec ce choix vous vous placez opportunément en continuité avec ce qui a été examiné durant la récente Assemblée générale ordinaire du synode des évêques, et, en un certain sens, vous entendez donner une forme concrète, selon la perspective particulière du dicastère, à ce qui a émergé durant cette Assise. En outre, la réflexion que vous êtes en train de mener s’insère très bien dans le contexte de l’Année de la foi que j’ai voulu comme moment propice pour re-proposer à tous le don de la foi dans le Christ ressuscité, dans l’année où nous célébrons le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II.

Comme vous le savez, les Pères conciliaires ont voulu souligner le lien étroit qui existe entre le devoir de l’évangélisation et le dépassement des divisions existant entre les chrétiens. « Une telle division – ainsi que l’affirme le préambule du décret Unitatis redintegratio – s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature.» (n. 1). L’affirmation du décret conciliaire évoque la "prière sacerdotale" de Jésus, lorsque, se tournant vers le Père, Il demande que ses disciples « soient un, pour que le monde croie » (Jn 17,21). Dans cette grande prière, il invoque bien quatre fois l’unité pour les disciples d’alors et pour ceux du futur, et par deux fois il indique que le but de cette unité est que le monde croie, qu’il Le « reconnaisse » comme envoyé du Père. Il y a donc un lien étroit entre le sort de l’évangélisation et le témoignage de l’unité entre les chrétiens.

On ne peut pas poursuivre un authentique chemin oecuménique en ignorant la crise de la foi que traversent de vastes régions de la planète, y compris celles qui ont accueilli en premier l’annonce de l’Evangile et où la vie chrétienne a été florissante pendant des siècles. D’autre part, on ne peut pas ignorer les nombreux signes qui attestent la constance d’un besoin de spiritualité, qui se manifeste de diverses façons. La pauvreté spirituelle de beaucoup de nos contemporains, qui ne perçoivent plus l’absence de Dieu dans leur vie comme une privation, représente un défi pour tous les chrétiens. Dans ce contexte, il est nous demandé à nous, croyants au Christ, de revenir à l’essentiel, au cœur de notre foi, pour donner ensemble au monde le témoignage du Dieu vivant, c’est-à-dire un Dieu qui nous connaît et qui nous aime, sous le regard duquel nous vivons; d’un Dieu qui attend la réponse de notre amour dans la vie de chaque jour. C’est donc un motif d’espérance que l’engagement des Eglises et des communautés ecclésiales pour une annonce renouvelée de l’Evangile à l’homme contemporain.

En effet, rendre témoignage du Dieu vivant, qui s’est fait proche dans le Christ, est l’impératif le plus urgent pour tous les chrétiens, et c’est aussi un impératif qui nous unit, malgré la communion ecclésiale incomplète que nous expérimentons encore. Nous ne devons pas oublier ce qui nous unit, c’est-à-dire la foi en Dieu, Père et Créateur, qu’il s’est révélé dans le Fils Jésus Christ, répandant l’Esprit qui vivifie et sanctifie. C’est la foi du baptême que nous avons reçu et c’est la foi que, dans l’espérance et dans la charité, nous pouvons professer ensemble. A la lumière de la priorité de la foi, on comprend aussi l’importance des dialogues théologiques et des conversations avec les Eglises et avec les communautés ecclésiales, dans lesquels l’Eglise catholique est engagée. Même lorsqu’on n’entrevoit pas, dans un avenir immédiat, la possibilité du rétablissement de la pleine communion, ils permettent de cueillir, en même temps que des résistances et des obstacles, également des richesses d’expérience, de vie spirituelle et de réflexions théologiques, qui deviennent stimulant pour un témoignage toujours plus profond.

Nous ne devons pas non plus oublier que l’objectif de l’œcuménisme est l’unité visible entre les chrétiens divisés. Cette unité n’est pas une oeuvre que nous pouvons réaliser par nous-mêmes, les hommes. Nous devons nous engager de toutes nos forces, mais nous devons aussi reconnaître que, en dernière analyse, cette unité est don de Dieu, elle peut venir seulement du Père au moyen du Fils, car l’Eglise est son Eglise. Dans cette perspective, ressort l’importance d’implorer le Seigneur pour l’unité visible, mais également l’importance de la recherche de cet objectif pour la nouvelle évangélisation.

Le fait de marcher ensemble vers ce but est une réalité positive, à condition, cependant, que les Eglises et communautés ecclésiales ne s’arrêtent pas en route, qu’elles acceptent les diversités contradictoires comme quelque chose de normal ou comme le mieux que l’on puisse obtenir. C’est dans la pleine communion dans la foi, dans les sacrements et dans le ministère, que la force présente et opérante de Dieu dans le monde se rendra évidente de façon concrète. A travers l’unité visible des disciples de Jésus, unité humainement inexplicable, l’agir de Dieu qui dépasse la tendance du monde à la désagrégation sera reconnaissable.

Chers amis, je veux souhaiter que l’Année de la foi contribue aussi au progrès du chemin œcuménique. L’unité est, d’un côté, fruit de la foi et, de l’autre, un moyen et presque un fondement pour annoncer de façon toujours plus crédible la foi à ceux qui ne connaissent pas encore le Sauveur ou qui, même s’ils ont reçu l’annonce de l’Evangile, ont presque oublié ce don précieux. Le véritable œcuménisme, en reconnaissant la primauté de l’action divine, exige avant tout patience, humilité, abandon à la volonté du Seigneur. Enfin, œcuménisme et nouvelle évangélisation demandent tous les deux le dynamisme de la conversion, entendu comme sincère volonté de suivre le Christ et d’adhérer pleinement à la volonté du Père. En vous remerciant encore une fois, j’invoque volontiers sur tous la bénédiction apostolique. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de Zenit, Anne Kurian