Unité des chrétiens: la semaine de prière, par le card. Koch (I/II)

Cinquante ans après Vatican II

Rome, (Zenit.org) José Antonio Varela Vidal | 1607 clics

Cinquante après le Concile Vatican II, quels sont les fruits de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens ? Combien d’Eglises y participent et dans quel esprit ?

A la veille de l’ouverture de la Semaine de prière, qui a lieu comme chaque année du 18 au 25 janvier, Zenit a recueilli ces réflexions du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, chargé de suivre l’organisation de cette initiative côté catholique.

Le conseil travaille avec le Conseil œcuménique des Eglises (COE) pour préparer cette Semaine dont le thème est : « Que nous demande le Seigneur ? Dans la justice et la bonté, Marcher avec Lui » (cf. Mi 6, 6-8), selon une proposition des chrétiens de l’Inde (cf. Zenit  15 janvier 2013).

Première partie de l’entretien avec le cardinal Koch :

Zenit - Eminence, comment est née la semaine de prière pour l’unité des chrétiens ?

Cardinal Koch - Les origines de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens remontent au XIXème siècle. C’était une initiative œcuménique des anglicans que l’Eglise catholique, déjà sous Léon XIII, a accepté de suivre. Puis cette Semaine est devenue une pratique dans l’Eglise catholique. Aujourd’hui c’est l’événement annuel le plus important pour l’œcuménisme, car la prière pour l’unité est le fondement de tout l’œcuménisme. Le décret sur l’œcuménisme du concile Vatican II parle d’un « œcuménisme spirituel » qui est le cœur de tout.

Combien d’Eglises répondent à cet appel?

La préparation que nous mettons en place est faite de concert avec le Conseil œcuménique des Eglises et je pense que beaucoup d’églises et de communautés ecclésiales font cette prière, mais je ne suis pas sûre que toutes la fassent.

Le thème de cette année est « marcher ensemble ». Quel est, au plan œcuménique, le plus gros résultat obtenu durant ces dernières années ?

En cinquante ans, c’est-à-dire, depuis l’ouverture du Concile, les fruits récoltés sont nombreux. Nous avons maintenant seize dialogues ouverts avec autant d’Eglises et autres communautés ecclésiales dans le monde. Nous avons pu tisser un réseau d’amitié avec différentes églises et communautés ecclésiales, qui ne sont plus ennemies et se reconnaissent comme frères et sœurs ; et cela surtout dans le baptême, qui est le vrai fondement de tout.

Est-ce suffisant ?

L’acceptation mutuelle du baptême est à la base de tout l’œcuménisme. Il est clair qu’après cinquante ans, on n’a pas pu atteindre l’objectif de l’œcuménisme, qui est l’unité visible de tous les chrétiens, de toutes les Eglises.

Y a-t-il des points communs aussi dans le culte ?

Je pense qu’il y a une différence dans l’œcuménisme avec les églises orthodoxes orientales, d’une part, et avec les églises qui sont nées de la Réforme, de l’autre; car avec toutes les églises orientales nous avons un grand fondement commun dans la foi, mais nous avons une autre culture. Avec les Eglises qui sont nées de la Réforme, nous n’avons pas la même communauté de foi mais avons la même culture. Et cette grande différence a beaucoup d’importance pour les contenus du dialogue.

Et c’est ce qui se passe dans la liturgie...

Pour nous catholiques il est possible de prier avec tous les chrétiens sur le fondement du baptême, avec beaucoup d’orthodoxes. Je suis allé à Constantinople pour la fête de saint André et je participe toujours à la liturgie, très bien accueilli par les patriarches. Par contre, il y a des orthodoxes qui donnent l’impression de ne pas vouloir prier avec les catholiques...

A propos de la liberté religieuse, refusée aujourd'hui à tant de chrétiens, quelle devrait être la bonne attitude?

Je pense que la déclaration du concile sur la liberté religieuse pour la personne humaine est très importante.  Cela est grand engagement pour nos églises, pour approfondir et soutenir la liberté religieuse pour tous les chrétiens dans tous les pays. Le défi est très grand car 80% des croyants persécutés pour leur foi dans le monde sont des chrétiens.

Et certains d’entre eux sont tués ou jetés en prison à vie …

C’est en ce sens que le bienheureux Jean Paul II a parlé d’un « œcuménisme des martyrs ». Pour moi cette idée est très profonde, car toutes les communautés ecclésiales ont leurs martyrs. Le martyr - comme a dit Jean Paul II  - a delà « la pleine communion », et nous sur la terre nous ne l’avons pas encore … Alors, prier avec les martyrs au ciel peut aider à développer, sur terre,  cette unité et cet œcuménisme.

[La deuxième partie de l’entretien avec le cardinal Koch sera diffusée demain, jeudi 17 janvier]

Traduction d’Océane Le Gall