Vatican II, 50 ans après : l'herméneutique et le magistère

Par Mgr Fernando Ocáriz

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ROME, lundi 5 décembre 2011 (ZENIT.org) – Dans la ligne de « l’herméneutique de la réforme » encouragée par Benoît XVI dans son fameux discours à la curie romaine pour les vœux de Noël, le 22 décembre 2005, et que le pape opposait à une « herméneutique de la discontinuité », Mgr Ocáriz souligne “la continuité de certains enseignements conciliaires avec les enseignements précédents du Magistère de l’Église.”

« A propos de l’adhésion au concile Vatican II, à l’occasion du 50e anniversaire de la convocation”: c’est le titre de cette réflexion de Mgr Fernando Ocáriz publiée par L’Osservatore Romano, ce 5 décembre 2011.

Il invite à “une adhésion sereine et joyeuse au Magistère”, tout en reconnaissant “des espaces légitimes de liberté théologique pour un travail d’approfondissement toujours opportun”.

Nous reproduisons ci-dessous dans les “Documents” l’intégralité de cette réflexion.

Homogénéité dans le temps

“L’unité de l’Église et l’unité dans la foi sont inséparables, ce qui implique également l’unité du Magistère de l’Église en tout temps, en tant qu’interprète authentique de la Révélation divine transmise par la Sainte Écriture et par la Tradition. Cela signifie, entre autres, qu’une caractéristique essentielle du Magistère est sa continuité et son homogénéité dans le temps”, explique Mgr Ocáriz.

Il ajoute cetet précision: “Continuité ne signifie pas absence de développement ; tout au long des siècles, l’Église progresse dans la connaissance, l’approfondissement et l’enseignement magistériel de la foi et de la morale catholique qui en découle.”

Il souligne qu’au Concile Vatican II, il y a eu “diverses nouveautés d’ordre doctrinal sur le caractère sacramentel de l’épiscopat, la collégialité épiscopale, la liberté religieuse, etc”.

“Bien que l’assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence soit requis face à des nouveautés dans des matières relatives à la foi et à la morale qui ne sont pas proposées au moyen d’un acte définitif, certaines d’entre elles ont été et sont encore l’objet de controverses en ce qui concerne leur continuité avec le Magistère précédent, c’est-à-dire leur compatibilité avec la Tradition”, constate Mgr Ocáriz.

Le prélat invite à une interprétation “unitaire”: “Face aux difficultés qui peuvent apparaître pour comprendre la continuité de certains enseignements conciliaires avec la Tradition, l’attitude catholique, compte tenu de l’unité du Magistère, consiste à chercher une interprétation unitaire, dans laquelle les textes du Concile Vatican II et les documents magistériels précédents s’éclairent mutuellement”.

Le renouveau dans la continuité

Les derniers développements éclairent aussi les documents précédents: “Le Concile Vatican II doit non seulement être interprété à la lumière des documents magistériels précédents, mais certains de ces derniers sont également mieux compris à la lumière de Vatican II. Cela n’a rien de nouveau dans l’histoire de l’Église. Qu’on se rappelle, par exemple, que des notions importantes pour la formulation de la foi trinitaire et christologique utilisées au premier Concile de Nicée (hypóstasis, ousía) virent leur signification profonde précisée par les Conciles postérieurs.”

Mgr Ocáriz revient sur le sens de cetet “herméneutique de la réforme”: “L’interprétation des nouveautés enseignées par le Concile Vatican II doit donc repousser, comme le dit Benoît XVI, l’herméneutique de la discontinuité par rapport à la Tradition, tandis qu’elle doit affirmer l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité (Discours, 22.XII. 2005). Il s’agit de nouveautés, au sens où elles explicitent des aspects nouveaux, non encore formulés par le Magistère, mais qui, au plan doctrinal, ne contredisent pas les documents magistériels précédents.”

Il admet en même temps que “dans certains cas – par exemple la liberté religieuse –, elles comportent également des conséquences très diverses quant aux décisions historiques sur les applications juridiques et politiques, étant donné les changements de situations historiques et sociales”.

“Une interprétation authentique des textes conciliaires ne peut être faite que par le Magistère même de l’Église”, affirme Mgr Ocáriz

Espaces de liberté théologique

Il en tire cette conséquence pour la méthode d’interpétation: “Le travail théologique d’interprétation des passages qui, dans les textes conciliaires, suscitent des interrogations ou semblent présenter des difficultés, doit avant tout tenir compte du sens dans lequel les interventions successives du Magistère ont entendu ces passages. Quoi qu’il en soit, des espaces légitimes de liberté théologique demeurent, pour expliquer, d’une façon ou d’une autre, la non-contradiction avec la Tradition de certaines formulations présentes dans les textes conciliaires et, par conséquent, pour expliquer la signification même de certaines expressions contenues dans ces passages.”

Mgr Fernando Ocariz, né à Paris, en 1944, est le plus proche collaborateur de Mgr Xavier Echevarria, prélat de l’Opus Dei. Physicien et théologien, il est l’auteur de nombreux ouvrages philosophiques et théologiques, spécialement dans le domaine de la philosophie de l’histoire et de la christologie. Il est, depuis 1986, membre consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Membre de l’Académie Théologique Pontificale, il est aussi vicaire général de l’Opus Dei depuis le 23 avril 1994.

ASB