Vatican II : le « vrai Concile » est en train d'apparaître

Benoît XVI parle au clergé de Rome

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 2726 clics

Aujourd’hui, 50 ans après Vatican II, « le Concile virtuel », le « Concile des médias » qui s’est imposé dans la société et a créé de nombreux problèmes pour la mise en pratique du « vrai Concile », est en train de s’effacer et « le vrai Concile apparaît avec toute sa force spirituelle », « la vraie force capable de renouveler l’Eglise », estime Benoît XVI.

Le pape a fait ce matin quelque 50 minutes d’improvisation sur le Concile Vatican II devant les prêtres de son diocèse, exprimant sa certitude que le « vrai Concile », celui de « la foi », était en train de prendre le pas sur le « Concile des médias », transmis par les journalistes.

La salle Paul VI du Vatican était plongée dans une atmosphère paisible et recueillie ce 14 février 2013 à 11h30 : le clergé de Rome attendait son évêque, au son méditatif de l’orgue. Les prêtres des paroisses romaines venaient de confesser solennellement leur foi dans la basilique Saint-Pierre.

Le pape est arrivé en souriant, s’appuyant sur sa canne, accueilli par le chant du « Tu es Petrus » et des applaudissements prolongés. « Viva il papa ! », ont scandé les prêtres. « Merci à vous. Merci pour votre affection et votre amour pour l’Eglise et son pape », a répondu Benoît XVI, avant de rentrer en prière avec le signe de croix.

Les anciens d’Ephèse au départ de Paul

Le cardinal Agostino Valini, cardinal vicaire de Rome, a prononcé une introduction durant laquelle il a remercié Benoît XVI pour le « grand don » de cette rencontre, qui revêtait aujourd’hui « une valeur particulière », deux semaines avant la fin de son pontificat : ce que vous direz, a dit le cardinal en substance, sera « perle précieuse pour nous et pour l’Eglise ».

D’une voix qui faiblissait parfois sous l’émotion, le vicaire du pape pour Rome a comparé les sentiments du clergé à ceux « des anciens d’Ephèse écoutant saint Paul avant qu’il ne parte pour Jérusalem » : « J'ai servi le Seigneur en toute humilité, dans les larmes, et au milieu des épreuves provoquées par les complots des Juifs. Vous savez que je n'ai rien négligé de ce qui pouvait vous être utile … Et maintenant, me voici contraint par l'Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce que je vais y trouver…. je sais que vous ne reverrez plus mon visage …. Ils se mirent tous à pleurer ; ils se jetaient au cou de Paul pour l'embrasser » (Ac 20,17-37).

« En nous se mélangent, a-t-il ajouté, tristesse et respect, admiration et larmes, affection et fierté… » : « nous resterons toujours liés à vous », et « tous les prêtres romains prient encore plus pour vous » en ces jours « difficiles », a-t-il assuré, rendant hommage à la « richesse » du magistère de Benoît XVI, qui a su enseigner à son clergé « comment être de bons pasteurs ».

« Je serai présent par la prière »

Benoît XVI a répondu qu’il serait « toujours présent par la prière », même s’il allait être désormais « caché pour le monde ». Comme il l’avait déjà fait la veille lors de l’audience générale, il a exprimé sa reconnaissance pour la prière des croyants, qu’il a ressentie « physiquement » depuis l’annonce de sa renonciation.

Le pape s’est ensuite lancé dans ce qu’il a appelé lui-même « une petite causette », qui est devenue en réalité une intervention captivante, d’abondance de cœur, durant 50 minutes, sur le thème: « Revivons le Concile Vatican II – Souvenirs et espérances d’un témoin ».

Il a abordé de nombreux sujets, donnant le témoignage très personnel de la façon dont il avait été appelé au Concile par Jean XXIII, de l’atmosphère de l’évènement, dessinant en expert les principaux enjeux théologiques, s’arrêtant sur le contexte historique, et finalement faisant ressortir sa vibrante actualité.

Le primat de Dieu

Pour le pape, Vatican II a été l’occasion de redécouvrir « la profondeur de la liturgie », qui était alors divisée « presqu’en deux liturgies parallèles » : entre « le missel romain pour le prêtre » et « les livres de prières » pour l’assemblée.

Il fallait donc la « traduire », en paroles « plus proches du cœur », afin qu’elle devienne « un dialogue entre le prêtre et le peuple », que ce soit « une unique liturgie », qui parvienne jusqu’au peuple, tout en étant profonde : « Intelligibilité n’est pas banalité », a-t-il souligné.

Avec du recul, a confié Benoît XVI, il était « providentiel » de commencer par la liturgie, c'est-à-dire avec le « primat de Dieu », qui est la « règle suprême du Concile ». En effet, a-t-il dit plus loin, c’est le « mystère pascal » qui est au centre de la vie chrétienne et c’est seulement « de cette rencontre avec le ressuscité » que le chrétien « va au monde ».

Le Concile a également rappelé que l’Eglise n’est pas « une organisation », quelque chose de « structurel, institutionnel », mais « un organisme, une réalité vitale » dont les éléments constructifs sont « les âmes croyantes » des « croyants de tous les temps et tous les lieux ». Et si le corps des évêques est « la continuation du corps des apôtres », il ne s’agit pas de « pouvoir » mais de « complémentarité » du corps dans l’Eglise, les évêques étant « les éléments porteurs de l’Eglise ».

La communion en Eglise

En outre, a ajouté Benoît XVI, bien que les chrétiens vivent une continuité avec l’Ancien Testament, où Israël est « le peuple de Dieu », cependant l’Eglise n’est pas « en soi » « le peuple de Dieu », elle le devient avec « l’élément christologique » : le peuple de Dieu Eglise l’est « par communion » avec le Christ, il devient « corps du Christ ».

Et cette relation entre « peuple de Dieu » et « corps du Christ » crée « une nouvelle réalité qui est la « communion » », un concept « central », qui est « l’expression même du sens de l’Eglise ».

Benoît XVI s'est arrêté sur la question de la Parole de Dieu. Le Concile a établi clairement que l’Eglise, - et sa Tradition - était « indispensable » pour la bonne interprétation de l’Ecriture : sans le « sujet Eglise », éclairé par l’Esprit-Saint, l’Ecriture est « seulement un livre » et elle est donc sujette à diverses interprétations.

Pour le pape, les débats sur l’Ecriture et la Tradition ont donné lieu à « un des documents les plus beaux et les plus innovants de tout le Concile ». Sur ce sujet, a-t-il estimé, « il y a encore beaucoup à faire… l’application du Concile n’est pas encore complète ».

A propos de l’œcuménisme aussi, le pape a fait observer que l’Eglise était encore « sur le chemin » de l’unité, une unité « à rechercher » mais que « seul Dieu peut donner ».

Il a estimé par ailleurs que le Concile avait « montré toute son intensité » des années après, sur les relations interreligieuse : l'Eglise affirme certes la réalité « d’un Dieu qui a parlé », mais elle doit aussi « entrer en dialogue » avec les autres « expériences religieuses » qui ont « une certaine lumière humaine de la création ».

Ce dialogue, a-t-il expliqué, est en vue de « la paix ». La paix qui est d’autant plus cruciale que l’Eglise a une « responsabilité pour l’avenir de ce monde ».

Du Concile des médias au Concile de la foi

Enfin, Benoît XVI a terminé par une partie très remarquée sur le « Concile des médias » : le monde a perçu Vatican II « à travers les médias », a-t-il fait observer.

Et alors que « le Concile des Pères se réalisait à l’intérieur de la foi », celui des journalistes « se réalisait à l’intérieur des catégories des médias d’aujourd’hui », c’est-à-dire dans une herméneutique « politique » qui voyait une « lutte de pouvoir entre les divers courants dans l’Eglise ».

Ce « Concile des médias » s’est imposé dans la société en créant de nombreux problèmes pour la mise en pratique du « vrai Concile » : « le Concile virtuel était plus fort que le Concile réel », a-t-il déploré.

Mais Benoît XVI a souligné avec optimisme que « la force réelle du Concile » devient peu à peu la vraie force capable de renouveler l’Eglise » : aujourd’hui, a-t-il constaté, 50 ans après, « le concile virtuel s’efface » et « apparaît le vrai Concile avec toute sa force spirituelle ».

Il a invité, en cette Année de la foi, à « travailler pour que le vrai Concile, avec la force de l’Esprit Saint, se réalise », et que « l’Eglise se renouvelle » : « espérons que le Seigneur nous aide », a-t-il conclu, assurant qu’une fois « retiré dans la prière », il sera « toujours avec vous, et nous avançons avec le Seigneur, dans la certitude : le Seigneur vainc ».

Et si la voix du pape semblait plus fatiguée à la fin de l’intervention, c’est d’un ton affermi qu’il a donné sa bénédiction aux présents, après le chant du Notre Père en latin.