Veillée de pentecôte: dialogue avec le pape François (2/4)

L'Église, ce sont les saints qui la font avancer

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1189 clics

"L’Église, ce sont les saints qui la font avancer, ce sont eux qui donnent ce témoignage", explique le pape François.

Le pape François a répondu à quatre grandes questions lors de la veillée de Pentecôte place Saint-Pierre, samedi dernier, 18 mai, avec les mouvements ecclésiaux.

Dans le cadre de l’Année de la foi, le pèlerinage à Rome des mouvements, nouvelles communautés, associations et agrégations de laïcs s’est déroulé lors du week-end de Pentecôte sur le thème « Je crois ! Augmente en nous la foi ! ».

Le pape a rejoint la place Saint-Pierre à 17h30, et il a sillonné la place en voiture découverte pour saluer la foule. La veillée a commencé à 18h.

Les paroles d'accueil ont été prononcées au nom de tous par le président du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, Mgr Salvatore Fisichella. Puis l'icône de la Vierge Marie, vénérée par les Romains sous le vocable de Salus Populi Romani, a été portée en procession depuis l'obélisque, accompagnée d’un groupe de jeunes représentants des mouvements et associations.

Après un temps de chants et de lectures, et de témoignages, le pape François s'est adressé à l'assemblée. Après la profession de foi et une prière d'intercession aux intentions du monde, la veillée s’est conclue par le chant du Regina Coeli.

Deuxième question

Saint Père, mon expérience est celle de la vie quotidienne, comme tant d’autres. J’essaie de vivre ma foi dans mon milieu de travail, au contact avec les autres, comme le témoignage sincère du bien que j’ai reçu à travers ma rencontre avec le Seigneur. Je suis, nous sommes des « pensées de Dieu », investis par un amour mystérieux qui nous a donné la vie. Je suis enseignante dans une école et la conscience de cette réalité me donne un motif pour me passionner pour mes jeunes et pour mes collègues. Je constate souvent que beaucoup cherchent le bonheur sur des chemins où la vie et ses grandes questions se réduisent souvent au matérialisme de ceux qui veulent tout avoir et qui restent toujours insatisfaits, ou au nihilisme qui ne trouve de sens en rien. Je me demande comment la proposition de la foi, qui est celle d’une relation personnelle, d’une communauté, d’un peuple, peut rejoindre le cœur de l’homme et de la femme de notre temps. Nous sommes faits pour l’infini – « misez votre vie sur de grandes choses », nous avez-vous dit récemment – et pourtant, autour de nous et de nos jeunes, tout semble dire qu’il faut se contenter de réponses médiocres, immédiates, et que l’homme doit s’adapter à la finitude sans chercher autre chose. Parfois, nous sommes intimidés, comme les disciples à la veille de la Pentecôte.

L’Église nous invite à la nouvelle évangélisation. Je pense que nous tous, qui sommes ici, nous ressentons fortement ce défi qui est au cœur de nos expériences. C’est pourquoi je voudrais vous demander, Saint-Père, de m’aider et de nous aider tous à comprendre comment vivre ce défi de notre temps. Quel est, pour vous, le plus important, ce vers quoi nous tous, mouvements, associations et communautés, nous devons regarder pour mettre en œuvre la tâche à laquelle nous sommes appelés ? Comment communiquer efficacement la foi aujourd’hui ?

Réponse du pape François

Je dirai seulement trois mots.

Le premier, c’est Jésus. Quel est le plus important ? C’est Jésus. Si nous nous appuyons sur l’organisation, sur d’autres choses, de belles choses, mais sans Jésu, nous n’avançons pas, ça ne va pas. Jésus est plus important. Maintenant, je voudrais vous adresser un petit reproche, mais fraternellement, entre nous. Vous avez tous crié sur la place : « François, François, pape François ». Mais Jésus, où était-il ? J’aurais voulu que vous criiez : « Jésus, Jésus est le Seigneur, et il est vraiment au milieu de nous ». Dorénavant, pas de « François », mais « Jésus » !

Le second mot est : la prière. Regarder le visage de Dieu, mais surtout, et c’est lié à ce que j’ai dit avant, se sentir regardé. Le Seigneur nous regarde, il nous regarde le premier. C’est ce que j’expérimente devant le sagrario [le tabernacle] quand je vais prier, le soir, devant le Seigneur. Quelquefois, je m’endors un peu ; c’est vrai, parce qu’avec la fatigue de la journée, tu t’endors un peu. Mais lui, il me comprend. Et je ressens un tel réconfort quand je pense qu’il me regarde. Nous pensions que nous devons prier, parler, parler, parler… Non ! Laisse-toi regarder par le Seigneur. Lorsqu’il nous regarde, il nous donne la force et nous aide à témoigner de lui - parce que la question était sur le témoignage de la foi, non ? Avant, « Jésus », puis « la prière » - nous sentons que Dieu nous tient par la main. Je souligne alors l’importance de ceci : se laisser guider par lui. C’est plus important que n’importe quel calcul. Nous sommes de vrais évangélisateurs en nous laissant guider par lui. Pensons à Pierre ; peut-être faisait-il la sieste, après le repas, et il a eu une vision, la vision de la nappe avec tous les animaux, et il a entendu que Jésus lui disait quelque chose, mais il n’a pas compris. A ce moment-là, plusieurs non-juifs sont venus le chercher pour aller dans une maison, et il a vu que l’Esprit-Saint était là. Pierre s’est laissé guider par Jésus pour arriver à cette première évangélisation des Gentils, qui n’étaient pas juifs : c’était quelque chose d’inimaginable à cette époque (cf. Ac 10, 9-33). Et ainsi toute l’histoire, toute l’histoire ! Se laisser guider par Jésus. Il est vraiment le leader, notre leader, c’est Jésus.

Et troisièmement, le témoignage. Jésus, la prière – la prière : se laisser guider par lui – et ensuite le témoignage. Mais je voudrais ajouter quelque chose. Se laisser guider par Jésus te conduit aux surprises de Jésus. On peut penser que l’évangélisation, nous devons la programmer autour d’une table, en pensant à des stratégies, en faisant des projets. Mais ce sont des instruments, de petits instruments. L’important, c’est Jésus et de se laisser guider par lui. Ensuite, nous pouvons faire des stratégies, mais c’est secondaire.

Enfin, le témoignage : la communication de la foi ne peut se faire que par le témoignage et c’est l’amour. Non pas avec nos idées, mais avec l’évangile vécu dans notre existence et que l’Esprit-Saint fait vivre au-dedans de nous. C’est comme une synergie entre nous et l’Esprit-Saint, et cela conduit au témoignage. L’Église, ce sont les saints qui la font avancer, ce sont eux qui donnent ce témoignage. Comme l’ont dit Jean-Paul II et Benoît XVI, le monde d’aujourd’hui a un grand besoin de témoins. Pas tellement de maîtres, mais de témoins. Ne parlez pas trop, mais parlez par toute votre vie : la cohérence de vie, précisément, la cohérence de vie ! Une cohérence de vie qui consiste à vivre le christianisme comme une rencontre avec Jésus qui m’amène aux autres, et non comme un fait social. Socialement, nous sommes comme ça, nous sommes des chrétiens, renfermés sur nous-mêmes. Non, pas cela ! Le témoignage !

Traduction d'Hélène Ginabat

(à suivre)