Veillée en mémoire des réfugiés morts dans leur fuite vers l'Europe

Protéger les réfugiés, responsabilité des gouvernements et des chrétiens

| 884 clics

Anne Kurian

ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – « Les gouvernements ont la responsabilité de protéger ceux qui fuient la violence, les persécutions et les discriminations » et les chrétiens ont le devoir de s’engager car « prendre soin d’eux c’est prendre soin de soi », estime le cardinal Vegliò qui secoue aussi la conscience des chrétiens.

Pour faire mémoire des réfugiés morts lors de leur fuite vers l’Europe, une veillée de prière intitulée “Mourir d’espérance” a en effet eu lieu à Rome, en la basilique Santa-Maria-in-Trastevere, ce jeudi 21 juin à 18h30. L’initiative était co-organisée par la Communauté de Sant'Egidio, l’association Centro Astalli, la Fédération des Eglises évangéliques en Italie, la Fondation Migrantes, la Caritas italienne.

Des associations caritatives et des parents de victimes notamment étaient présents. Parmi les participants, le cardinal Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical de la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, a prononcé une allocution.

Protéger les réfugiés

« Les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile doivent être respectés », déclare le cardinal, car « les gouvernements ont la responsabilité de protéger ceux qui fuient la violence, les persécutions et les discriminations ».  

Si ces personnes « ont le droit de fuir pour sauver leur vie », de même leur « droit d’accéder au pays d’arrivée » devrait être reconnu, ainsi que « les autres droits de protection, comme le droit de libre circulation et le droit au travail ».

Ces dernières années, rappelle-t-il, le droit international a été modifié pour prendre « plus de mesures pour la protection des personnes qui sont forcées à fuir les violations des droits humains et les conflits ». Cependant, dénonce le cardinal, « l’attitude actuelle de nombreux gouvernements et exactement contraire à ces décisions ».

Le cardinal déplore une « politique de dissuasion » généralisée : la présence des demandeurs d’asile et des réfugiés « est vue sous l’angle d’un problème », et l’on oublie de considérer « les causes pour lesquelles ils fuient de leur pays ». Cette politique va de pair avec « une fermeture grandissante de la part de l’opinion publique », regrette-t-il.

De nombreux gouvernements répondent à l’arrivée des réfugiés et des demandeurs d’asile par « des politiques restrictives », en se contentant de « standard humanitaires », constate le cardinal italien: concrètement, cela se traduit par un accueil « dans des camps ou dans des auberges », mais aucune aide pour « construire une vie indépendante et une vie de travail ».

Le rapatriement est parfois justifié comme « stratégie pour combattre l’immigration irrégulière », admet el cardinal. En réalité, constate-t-il, cette mesure « bloque l’entrée du pays aux demandeurs d’asile » : « aujourd’hui, déplore-t-il, sans visa, il est presque impossible d’arriver en avion dans un pays européen et de demander asile. » D’où la nécessité pour les réfugiés d’avoir recours à des « contrebandiers de personnes ». 

Prendre soin d’eux c’est prendre soin de soi

Or, les réfugiés « portent le rêve d’un nouveau commencement », fait observer le cardinal: que ce soit par la mer, par le fleuve, par le désert, ces personnes « cherchent désespérément à rejoindre un autre pays car ils fuient des persécutions, des violations de droits humains, la guerre civile » ou simplement parce qu’ils sont « en recherche de meilleures opportunités économiques pour soutenir leur famille ».

Mais leurs voyages sont « risqués », les vouant souvent à être « victimes des contrebandiers et des personnes qui les volent et violentent les femmes » et à être laissés « seuls, dans des barques fragiles, bondées et guidées par des personnes inexpertes en navigation », alors même « qu’ils ne savent pas nager ». Les frontières européennes, estime le cardinal, sont devenues des « vitrines des tragédies humaines ».

Le cardinal Vegliò invite donc la communauté chrétienne à réagir, rappelant que « l’Evangile est un message de réconfort et d’espérance » et que « Jésus s’identifie à ceux qui souffrent la pauvreté, la privation et l’injustice ». C’est pourquoi, affirme-t-il, « ceux qui souffrent ne doivent pas se désespérer car le Seigneur est avec eux ».

Les oeuvres de miséricorde

Les chrétiens ne doivent pas faire « de grands efforts particuliers », précise-t-il, mais quelque chose « à la portée de tous » : pratiquer « les œuvres de miséricorde ». Ces œuvres s’expriment par « la solidarité dans la charité ».

Si le chrétien veut vivre « uni à Jésus », insiste le cardinal, il doit « commencer à s’unir à ceux qui sont en marge de la société, pour partager leur situation » et « prêter attention aux conditions de vie et aux besoins des demandeurs d’asile, pour répondre à leurs exigences ». En réalité, souligne-t-il, « prendre soin d’eux c’est prendre soin de soi-même ».

C’est seulement en répondant à cet appel, conclut le cardinal, « chaque jour et dans chaque nouvelle situation », que pourra advenir « une humanité nouvelle », où il ne subsiste « aucune différence entre riches et pauvres, aucune discrimination entre noir, blanc, rose ou jaune, mais où il y a respect les uns pour les autres » et où la terre « est une maison pour tous ».

En 2011, on estime à 2.000 le nombre de personnes qui ont perdu la vie dans la traversée de la mer méditerranéenne. Une nouvelle tragédie a eu lieu mardi, 19 juin, près des côtes italiennes, sur le canal d’Otrante, au large de Leuca, dans la région des Pouilles : seules 4 personnes sur 11 ont survécu au naufrage de leur petite embarcation de fortune.

Benoît XVI avait appelé, dimanche 17 juin, lors de l’angélus, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés (20 juin) au respect des droits des personnes réfugiées.