Vendredi 26 février 1858, à Lourdes: les quatre éléments

Sans apparition

Rome, (Zenit.org) Mgr Jacques Perrier | 407 clics

La veille, le procureur a voulu extorquer à Bernadette la promesse de ne pas revenir à la Grotte. Elle n’a rien promis. Mais sa mère a toujours peur des conséquences si elle s’obstine. Heureusement, la tante Bernarde, l’autorité dans la famille, prend le parti de sa filleule : « Moi, à la place de Bernadette, j’irais. » Que ce soit le 14, le 22 ou aujourd’hui, il y a toujours eu quelqu’un pour ouvrir la voie à Bernadette, malgré les interdits officiels. 

Plus l’autorisation a été difficile à obtenir, plus la déception sera grande : Aquero n’est pas au rendez-vous. Bernadette est troublée : « Qu’est-ce que je lui ai fait ? » Son trouble ne va pas jusqu’au doute : demain, elle reviendra.

Mais si la Dame n’est pas là, bien des choses continuent de parler à Bernadette. Et d’abord, ce château-fort qui a fait la renommée de Lourdes, au débouché de sept vallées. Il a fière allure avec sa tour et ses remparts. Oui, mais ce n’est pas au château, ni même dans la ville haute que la Dame est venue. Elle s’est montrée dans un lieu pourri, tout en bas, au sortir de la ville. Massabielle est bien appareillée à Bernadette, la plus « ignorante » de toutes les filles de Lourdes, et choisie justement pour cela, pense Bernadette.

A l’école, elle en est encore à tracer ses premiers bâtons. Mais elle a le sens des réalités naturelles. La Dame aussi, car elle s’est servie des quatre éléments de base pour faire signe à Bernadette : eux aussi font partie du Message de Lourdes.

Tout avait commencé, le 11 février, par le bruit du vent, alors que les feuilles des arbres ne remuaient pas. C’est ainsi qu’avait commencé l’histoire de l’Eglise, au matin de la Pentecôte. Mais c’était déjà ainsi qu’Elie avait perçu la présence de Dieu.

La terre, ces derniers jours, a joué un grand rôle. Bernadette marche à genoux ; elle embrasse la terre ; l’eau de la source est d’abord toute boueuse. A la racine du mot « humilité », il y a « humus », la terre. Aujourd’hui, bien que la Dame ne soit pas là, Bernadette refait les mêmes gestes que la veille.

Mais les deux grands signes de Lourdes, sont, bien sûr, l’eau et la lumière. Alors qu’à Lourdes, l’eau coule en abondance dans le Gave et les canaux, sans parler de la pluie qui est fréquente, la Dame a fait découvrir à Bernadette une source jusque-là inconnue. Son débit augmente, au fur et à mesure qu’on y puise. C’est un beau symbole de la progression spirituelle.

Dans l’Ecriture, l’eau est d’autant plus importante que les terres bibliques sont plutôt arides. En frappant le rocher sur l’ordre de Dieu, Moïse a fait jaillir l’eau dans le désert. Dans le temple idéal de l’avenir, Ezéchiel voit une source qui part du temple et qui alimente un courant qui va grossissant jusqu’à ce qu’il arrive à la Mer Morte qu’il assainit. A la femme de Samarie comme aux Juifs de Jérusalem, Jésus adresse la même invitation : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi ! » Bernadette ne connaissait sans doute pas ces textes mais il est impossible de ne pas faire le rapprochement : il est enraciné dans l’Ecriture.

La Dame avait ajouté : « … et vous y laver ». L’effet avait été d’abord désastreux. Se laver est un des symboles du baptême. Après que Jésus ait fait de la boue avec sa salive, l’aveugle s’est lavé à la piscine de Siloé, « mot qui signifie Envoyé » et il revint, voyant clair. « Vous avez été lavés », dit saint Paul aux Corinthiens, parlant du baptême. « Il nous a lavés de nos péchés dans son sang », dit l’Apocalypse. Boire et se laver : la foi et le baptême. Le rapprochement est d’autant plus vraisemblable que bien des détails de ce qui s’est passé la veille faisaient penser à la Passion.

Reste le quatrième élément : le feu, la lumière. Où qu’elle apparaisse, Marie est vêtue de lumière, comme au chapitre 12 de l’Apocalypse. A Lourdes, la lumière la précède et s’estompe à la fin de l’apparition. Pour ne pas paraître ingrate envers cette Dame si lumineuse, Bernadette se munit elle-même d’un cierge, le cierge de la congrégation des Enfants de Marie, celui de tante Lucile. Le cierge est très présent dans la liturgie catholique, notamment à Pâques et au baptême : nous y revenons toujours.

L’air, la terre, l’eau et la lumière appartiennent à tous, ou, du moins, devraient l’être. Mais ils sont aussi chargés d’un surcroît de sens dans l’Ecriture et dans la liturgie. C’est pourquoi Lourdes est, à la fois, un lieu ouvert à tous les hommes, même s’ils ne sont pas religieux, et, en même temps, un lieu éminemment catholique, très proche des sacrements.
Le 26 février, Bernadette n’a pas vu la Dame. Mais celle-ci s’était exprimée depuis dix jours par les éléments de la nature. Ils sont maintenant chargés de souvenirs pour Bernadette. La source coule toujours. Bernadette n’est pas abandonnée mais peut-être l’absence de la Dame a-t-elle pour but de lui faire comprendre que la source n’est pas seulement pour elle. Il lui est demandé une conversion, prélude à la grande conversion que sera son départ définitif de sa « chère Grotte », en 1866.

Marie,
Hier, non sans peine, Bernadette a découvert la source que tu lui indiquais.
Aujourd’hui, tu n’es pas apparue.
Mais Bernadette a pu boire à la source
La Source, c’est ton Fils.
Tu ne veux pas que le regard de Bernadette s’arrête à toi.
Comme elle, tu nous entraînes vers ton Fils.
Lui seul est le Sauveur.
La source nous rappelle que nous avons été baptisés
Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Amen !