Venezuela: Les évêques interpellent la classe politique

Assemblée plénière de la conférence épiscopale

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ROME, mardi 10 janvier 2012 (ZENIT.org) –  « Tant de tragédies et conflits seraient évités si nous tirions les leçons des erreurs commises par le passé », a déclaré le président sortant de la conférence épiscopale du Venezuela, interpellant la classe politique lors de l’ouverture des travaux de l’assemblée plénière ordinaire des évêques qui ont lieu à Caracas, du 7 au 12 janvier.

Dans son discours, Mgr Ubaldo Santana, qui est aussi l’archevêque de Maracaibo, a brossé un tableau de la situation de l’Eglise dans le pays et demandé au gouvernement, en cette nouvelle année 2012, de renoncer aux formules politiques totalitaires qui, à l’approche des élections, et dans le climat d’incertitude qui entoure l’état de santé du président Hugo Chavez, peuvent entraîner de « graves dérives ».

Que le pays marche vers «  de nouveaux paradigmes », c’est ce qu’a souhaité Mgr Santana après avoir analysé toutes les difficultés auxquelles les Vénézuéliens ont du faire face durant ces dernières décennies, au plan intérieur et au regard des principaux évènements mondiaux.

 Ces nouveaux paradigmes seraient, pour l’évêque: « Alternance dans le gouvernement, abandon des formules totalitaires, construction de démocraties sociales et participatives qui luttent effectivement pour la justice sociale, l’annulation de la pauvreté et la jouissance effective des droits humains universels pour tous les hommes et toutes les femmes de la planète ».

Mgr Santana a déploré  «  la spirale de violence qui,  due à un très grand mécontentement, ne fait qu’empirer, prenant une tournure incontrôlable », sans qu’il y ait d’action « énergique et efficace » de la part des gouvernants, des corps spécialisés, des organisations civiles et religieuses pour affronter, ou du moins freiner, cette dérive ».

Comme premier pas,  « il est important de désarmer la population civile, de lutter de manière plus directe contre le trafic de drogue et d’éliminer les personnes corrompues des institutions publiques », a-t-il recommandé.

Le président des évêques du Venezuela a pour cela proposé un projet articulé, qui repose   « sur une force motrice capable de transformer et d’unir comme l’éducation, la famille, le sport, le travail honnête, l’utilisation des moyens de communication sociale et des plateformes technologiques pour transmettre des valeurs et des principes éthiques et moraux tels que la reconnaissance de l’existence de son prochain, l’attention à son égard, la responsabilité, la solidarité, le bien commun, la subsidiarité, la sauvegarde de l’environnement, l’amitié et la bonne cohabitation ».

« Les nombreuses élections alimentent la course effrénée au pouvoir de la part de nos gouvernants et les éloignent des problèmes du quotidien », a déclaré Mgr Santana, « nous devons élever pacifiquement mais énergiquement nos voix, afin que les politiques écoutent davantage le peuple et s’engagent à résoudre leurs problèmes ».

Le président de la conférence des évêques s’est ensuite arrêté sur l’état de santé du président Hugo Chavez - atteint d’un cancer - , déclarant que « la chose la plus souhaitable » pour les institutions du pays, et le développement pacifique des meetings électoraux de cette année, est que « le président retrouve pleinement ses forces pour affronter ces taches ».

A propos des droits de l’homme, Mgr Santana, a rappelé les célébrations, il y a un mois, du 500e anniversaire des fameuses paroles du sermon prononcé par le frère dominicain Anton de Montesinos dans l’actuelle République dominicaine, « défendant la dignité humaine des populations indigènes et condamnant l’exploitation humaine ainsi que les mauvais traitements que leur infligeaient les colons espagnols »(cf. Zenit du 13 décembre 2011).

Cette accusation prophétique du frère dominicain , soutenue par les Saintes Ecritures, marqua le point de départ d’une nouvelle manière d’évangéliser ‘apostoliquement’ et sans la présence d’hommes armés, basé sur la dignité humaine des indigènes et sur le droit, par conséquent, d’être traités en entre libres ».

Enfin Mgr Santana a dit quelques mots sur l’Eglise au Venezuela qui, en un peu plus de 40 ans, seulement, a-t-il précisé, est « restée fidèle à sa nature collégiale et à sa mission », en dépit de nombreuses pressions de la part de courants séculiers ou idéologiques visant à confiner leur action aux sacristies ou aux consciences individuelles comme étant leurs seuls domaines de compétences ».

« Nous avons appris à assimiler positivement ces pressions grâce à la prière, l’écoute réciproque et le discernement communautaire », a-t-il souligné.

« Nous avons devant nous un grand défi, a-t-il conclu, celui de concrétiser le grand projet de la Nouvelle évangélisation, selon le modèle proposé par le Concile plénier du Venezuela, ratifié par les conclusions d’Aparecida ».

Ce discours était le dernier de Mgr Santana en tant que président de la CEV, le directoire de la conférence épiscopale ayant en effet élu-, lundi matin, 9 janvier, pour lui succéder, Mgr Diego Padron, archevêque de Cumana.

Le nouveau président de la conférence des évêques aura à ses côtés Mgr José Luis Azuaje, évêque de San Carlos del Zulia, comme vice-président de la CEV, et Mgr Maria del Valle Moronta, élu second vice-président.

Le nouveau secrétaire général de la CEV est Mgr Jesus Gonzalez de Zarate, évêque auxiliaire de Caracas.

I. C.