Vie consacrée: "Ne vous joignez pas aux prophètes de malheur"

Benoît XVI invite les consacrés à revêtir le Christ

Rome, (Zenit.org) Benoît XVI | 1385 clics

"Ne vous joignez pas aux prophètes de malheur qui proclament la fin ou le non sens de la vie consacrée dans l'Eglise d’aujourd’hui; mais revêtez-vous plutôt de Jésus-Christ et prendre les armes de la lumière": c'est l'exhortation adressée par Benoît XVI à toutes les persones consacrées à l'occasion de leur "fête" le 2 février.

Le pape a en effet présidé la messe de la fête de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple de Jérusalem, samedi dernier, à 17 h 30, en la basilique Saint-Pierre, entouré des personnes consacrées présentes à Rome. Voici notre traudciton intégral de l'homélie prononcée en italien.

Homélie de benoît XVI, 2 février 2013


Chers frères et sœurs,

Dans son récit sur l’enfance de Jésus, saint Luc 
souligne combien Marie et Joseph ont été fidèles à la Loi du Seigneur. Avec une dévotion profonde ils accomplissent tout ce qui est prescrit après l’accouchement d’un tout premier-né de sexe masculin. Il s’agit de deux prescriptions très anciennes : une concerne la mère et l’autre l’enfant qui vient de naître.

Pour la femme il est prescrit qu’elle s’abstienne pendant quarante jours des pratiques rituelles, puis qu’elle fasse don d’un double sacrifice: un agneau en holocauste et une tourterelle ou un pigeon pour le péché; mais si la femme est pauvre, elle peut offrir deux tourterelles ou deux pigeons (cf. Lv 12,1-8). Saint Luc précise que Marie et Joseph ont offert le sacrifice des pauvres (cf. 2,24), pour mettre en évidence que Jésus est né dans une famille de personnes simples, modestes mais très croyantes ; une famille appartenant à ces pauvres d’Israël qui forment le vrai peuple de Dieu.

Pour le tout premier-né de sexe masculin, qui appartient à Dieu selon la Loi de Moïse, il était par contre prescrit le rachat, dont le prix était de cinq sicles à payer à un prêtre dans n’importe quel lieu. Cela en souvenir pérenne du fait qu’au temps de l’Exode, Dieu épargna les fils aînés des juifs (cf. Ex 13,11-16).

Il est important d’observer que pour ces deux actes – la purification de la mère et le rachat du fils – il n’était pas nécessaire d’aller au Temple. Or, Marie et Joseph veulent tout accomplir à Jérusalem, et saint Luc fait voir que toute la scène converge vers le Temple, il se focalise donc sur Jésus entrant à l’intérieur. Et voilà qu’au travers précisément des prescriptions de la Loi, l’événement principal devient un autre, c’est-à-dire la « présentation » de Jésus au Temple de Dieu, qui représente l’acte d’offrir le Fils du Très-Haut au Père qui l’a envoyé (cf. Lc 1,32.35).

Le récit de l’évangéliste trouve confirmation dans les paroles du prophète Malachie que nous avons entendues au début de la première lecture: « Le Seigneur a dit: « Voici que j'envoie mon Messager pour qu'il prépare le chemin devant moi ; et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. Le messager de l'Alliance que vous désirez, le voici qui vient ... Il purifiera les fils de Lévi ...  ils pourront ainsi, aux yeux du Seigneur, présenter l'offrande en toute justice » (3,1.3).

Il est clair qu’ici on ne parle pas d’un enfant, mais cette parole trouve néanmoins son accomplissement en Jésus, car « tout de suite », grâce à la foi de ses parents, celui-ci a été porté au Temple; et dans l’acte de sa «présentation», ou de son «offrande» personnelle à Dieu le Père, transparait clairement le thème du sacrifice et du sacerdoce, comme dans le passage du prophète. L’Enfant Jésus, présenté tout de suite au Temple, est celui-là même qui, une fois adulte, purifiera le Temple (cf. Jn 2,13- 22; Mc 11,15-19 et par.) mais surtout, se donnera lui-même en sacrifice et deviendra le grand prêtre de la nouvelle alliance.

On retrouve cette perspective dans la Lettre aux Hébreux, dont un passage est proclamé dans la seconde lecture, et qui renforce le thème du nouveau sacerdoce: un sacerdoce – celui inauguré par Jésus – qui est existentiel : « Car du fait qu'il a lui-même souffert par l'épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés. » (He 2,18).

Et ainsi nous trouvons aussi le thème de la souffrance, très marqué dans le passage de l’Evangile, là où Syméon prononce sa prophétie sur l’Enfant et sur la Mère : « Cet Enfant doit amener la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et il doit être un signe en butte à la contradiction – et toi-même, une épée te transpercera l'âme » (Lc 2,34-35).

Le « salut » que Jésus apporte à son peuple, et qu’il incarne en lui, passe par la croix, à travers la mort violente qu’Il vaincra et transformera en oblation, donnant sa vie par amour. Cette oblation est déjà entièrement annoncée dans le geste de la présentation au Temple,  un geste certainement issu des traditions de l’Ancienne alliance, mais qu’animent une foi profonde et un amour total qui correspondent à la plénitude des temps, à la présence de Dieu et de son Saint-Esprit  en Jésus.

En effet, l’Esprit plane sur toute la scène de la présentation de Jésus au Temple, en particulier sur le personnage de Siméon, et sur Anne. C’est l’Esprit « Paraclet », qui apporte la «consolation » d’Israël et qui anime les pas et le cœur de ceux qui l’attendent. C’est l’Esprit qui suggère les paroles prophétiques de Siméon et d’Anne, des paroles de bénédiction, de louanges à Dieu, de foi en son Consacré, de remerciement car nos yeux peuvent enfin voir et nos bras étreindre « son salut » (cf. 2,30).

« Lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple  » (2,32): voici comment Siméon définit le Messie du Seigneur, au terme de son chant de bénédiction. Le thème de la lumière qui fait écho au premier et au second poème du Serviteur du Seigneur,  dans le Second Isaïe (cf. Is 42,6; 49,6), est fortement présent dans cette liturgie.

Cette dernière a en effet été ouverte par une belle procession, à laquelle les Supérieurs généraux et les Supérieures générales des Instituts de vie consacrée ont participé, en tenant dans leurs mains des cierges allumés. Ce geste, propre à la tradition liturgique de cette Fête, est très parlant.  Il manifeste la beauté et la valeur de la vie consacrée, reflet de la lumière du Christ ; un geste qui évoque l’entrée de Marie à l’intérieur du Temple : la Vierge Marie, femme consacrée par excellence, tenait dans ses bras la Lumière, le Verbe fait chair, venu dissiper les ténèbres de ce monde avec l'amour de Dieu.

Chers frères et sœurs consacrés, vous êtes tous représentés dans ce pèlerinage symbolique qui exprime encore plus, en cette Année de la foi, votre venue dans l’Eglise pour être confirmés dans la foi et renouveler votre offrande à Dieu. A chacun de vous, ainsi qu’à vos Instituts, j'adresse avec affection mes salutations les plus cordiales et je vous remercie de votre présence. Dans la lumière du Christ, à travers les multiples charismes de la vie contemplative et apostolique, vous coopérez à la vie et à la mission de l'Eglise dans le monde. Dans cet esprit de reconnaissance et de communion, je voudrais vous adressez trois invitations, afin que vous puissiez franchir pleinement cette « Porte de la foi» qui est toujours ouverte pour nous (cf. Lettre apostolique Porta fidei, 1).

Premièrement, je vous invite à nourrir votre foi, une foi capable d’éclairer votre vocation. Je vous exhorte pour cela à faire mémoire, comme dans un pèlerinage intérieur, de ce « premier amour» avec lequel le Seigneur Jésus-Christ a réchauffé vos cœurs, non pas dans un esprit nostalgique, mais pour nourrir cette flamme. Pour cela, il faut être avec Lui, dans le silence de l'adoration; et ainsi réveiller le désir et la joie de partager sa vie et ses choix, d’obéir à la foi, de partager la béatitude des pauvres, d’être radical dans l'amour. En partant sans cesse de cette rencontre d'amour, vous quittez tout pour être avec Lui et pour vous mettre, comme Lui, au service de Dieu et du prochain (cf. Exhortation apostolique Vie Consacrée, 1).

Deuxièmement je vous invite à une foi qui sache reconnaître la sagesse de la faiblesse. Dans les joies et les peines du temps présent, quand la dureté et le poids de la croix se font sentir, ne doutez pas que la kénose du Christ est déjà la victoire pascale. C’est précisément dans les limites et dans la faiblesse humaine que nous sommes appelés à vivre à l’image du Christ,  dans une tension totalisante qui, dans la mesure du possible,  anticipe dans le temps la perfection eschatologique (ibid., 16). Dans les sociétés de l'efficacité et de la réussite, votre vie marquée par l’aspect « minoritaire » et par la faiblesse des petits, par cette empathie avec ceux qui n’ont pas la parole, devient un signe évangélique de contradiction.

Enfin, je vous invite à renouveler la foi qui fait de vous des pèlerins vers l’avenir. De par sa nature même, la vie consacrée est un pèlerinage de l'esprit, à la recherche d'un Visage qui tantôt se manifeste tantôt se voile, « Faciem tuam, Domine, requiram» (Ps 26,8). Que ceci soit le désir constant de votre cœur, le critère fondamental qui guide votre chemin, tant dans les petits pas quotidiens que dans les décisions plus importantes.

Ne vous joignez pas aux prophètes de malheur qui proclament la fin ou le non sens de la vie consacrée dans l'Eglise d’aujourd’hui; mais revêtez-vous plutôt de Jésus-Christ et prenez les armes de la lumière - selon l'exhortation de saint Paul (cf. Rm 13.11 à 14) -  en restant éveillés et vigilants. Saint Chromace d'Aquilée écrit ceci : « Puisse le Seigneur éloigner de nous ce péril, afin que jamais nous ne nous laissions alourdir par le sommeil de l'infidélité; mais qu'il nous accorde sa grâce et sa miséricorde, afin que nous puissions toujours veiller en lui restant fidèles. Car notre loyauté peut veiller en Jésus-Christ » (Sermon 32, 4).

Chers frères et sœurs, la joie de la vie consacrée passe nécessairement par la participation à la Croix du Christ. Il en a été ainsi pour la Très sainte [√ierge] Marie. Sa souffrance est celle du cœur qui forme un tout avec le Cœur du Fils de Dieu, transpercé par amour. De cette blessure jaillit la lumière de Dieu, mais elle jaillit aussi des souffrance, du sacrifice, du don de soi que les consacrés vivent par amour de Dieu,  et des autres s’irradie la même lumière, qui évangélise les gens.

En cette Fête, je souhaite, tout particulièrement à vous, les consacrés, que votre vie ait toujours la saveur de l'audace évangélique, afin que vive en vous la Bonne Nouvelle, qu’elle témoigne et resplendisse comme Parole de vérité (cf. Lettre apostolique Porta fidei, 6).
Amen.

© Liberia Editrice Vaticana

Traduction de Zenit: Océane Le Gall