Viêt-Nam : Le card. Nguyên Van Thuân pourrait retourner dans son pays

Un signe de détente entre Hanoï et le Vatican?

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CITE DU VATICAN, Jeudi 1er mars 2001 (ZENIT.org) - Le cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân "pourra retourner dans son pays natal, et sera traité comme un Vietnamien à l´étranger " : c´est ce qu´a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Viêt-Nam, en réponse à une question posée par un journaliste, rapporte aujourd´hui Fides.



Le cardinal, considéré comme "persona non grata" depuis 1991, qui avait été quasi expulsé du pays, serait désormais soumis "aux seules procédures de routine en vigueur au Bureau de l´immigration et serait traité comme l´un des nombreux Vietnamiens résidant à l´étranger ", a déclaré le ministre.

Après 13 ans de prison - dont 8 d´isolement - , Mgr Van Thuân avait dû quitter le Vietnam en 1991, escorté par la police jusqu´à son avion, avec un billet aller-simple. Officiellement, il devait se rendre en visite auprès de parents en Australie. En fait, il était "invité" à ne pas retourner dans le pays.

Mgr Van Thuân était alors évêque coadjuteur de Saïgon, et était craint par le gouvernement parce qu´il était lié à la famille du président Ngo Dinh Diêm, et en raison de sa très grande popularité. Il avait en effet aidé les réfugiés qui s´étaient enfuis du nord vers le sud pendant les années 1960.

A Rome, Mgr Van Thuân a rapidement été nommé vice-président du Conseil pontifical Justice et Paix, qu´il préside actuellement. Il a beaucoup voyagé, au service de la nombreuse dispora vietnamienne dans le monde, en particulier en France et aux Etats-Unis. Mais jusqu´à présent, il n´avait jamais pu rentrer dans son pays.

La déclaration du ministre des Affaires étrangères semble manifester une détente entre Hanoï et le Vatican, estime Fides. Depuis une dizaine d´années, une délégation du Saint-Siège se rend au Viêt-Nam, en vue de l´établissement de relations diplomatiques, et pour étudier avec le gouvernement la question de la nomination de nouveaux évêques. Le gouvernement se réserve en effet un droit de regard sur les nominations pontificales dans le pays.

A la nouvelle de l´élévation de Mgr Van Thuân à la dignité de cardinal, le porte-parole du gouvernement a répondu que c´était une "question interne au Vatican". Des observateurs catholiques de Hanoï ont fait remarquer à Fides qu´un revirement du gouvernement n´était pas impossible, y compris en ce qui concerne la nomination des évêques : "Il est temps de regarder ce fait comme une affaire interne de l´Eglise, et non comme une affaire d´Etat".

Jusqu´à présent le gouvernement vietnamien contrôle les cérémonies religieuses, les publications, les vocations, l´enseignement, les ordinations. Cependant les évêques et les fidèles du Viêt-Nam ont participé à des cérémonies d´action de grâce pour la nomination de Mgr Van Thuân sans que la police n´y mette d´obstacle. Des célébrations ont eu lieu le 22 février dans les églises de Hô Chi Minh-ville, de Nha Trang, de Hué, de Bui Chu, et au sanctuaire marial de Notre-Dame de La Vang, en union avec la messe célébrée par Jean-Paul II à Saint-Pierre de Rome.

On pourra vérifier si, effectivement, un changement est intervenu, commente Fides, à l´occasion de la prochaine visite annuelle de la délégation du Vatican, peut-être en mai prochain, en tous cas après la conclusion du Congrès du Parti communiste de mars.