Vietnam : conflit avec la Chine, appel des évêques à la justice et à la paix

Appel aux catholiques

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 848 clics

Les évêques du Vietnam appellent les catholiques à une journée de prière pour les personnes décédées dans les affrontements de la semaine dernière avec la Chine en « Mer orientale », annonce « Eglises d’Asie » (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris. Dans cet appel, les évêques souhaitent que « la justice et la paix triomphent » et ils défendent la souveraineté de la Nation.

Publiée en ligne le 10 mai, la déclaration est signée par le président de la Conférence, Mgr Paul Bui Van Doc, archevêque de Saigon.

Un conflit oppose le Vietnam et la Chine après la mise en place par la celle-ci d’une plate-forme de forage pétrolier en mer de Chine méridionale, dans une zone maritime etéconomique « exclusive » du Vietnam.

Aux catholiques, les évêques demandent de s’engager activement dans la « défense du pays » et ils annoncent « une journée de prière et de sacrifices aux intentions des pêcheurs et des militaires victimes des derniers affrontements ».

Les évêques souhaitent des autorités du pays « une position ferme et déterminée ». Ils estiment que les accords passés entre les gouvernements et les deux partis communistes, « n’ont abouti à aucun résultat positif ».

Ils demandent de tenir compte « avant tout du peuple vietnamien et de l’intégrité du territoire national ».

Voici la traduction française de la déclaration, publiée par la rédaction d’Eglises d’Asie.

Déclaration des évêques du Vietnam

Conférence des évêques du Vietnam

La situation en mer Orientale

Depuis le 2 mai 2014, la Chine s’est donné le droit d’implanter une plate-forme de forage HD-181 accompagnée d’une flotte importante de bateaux de toutes sortes, comportant notamment des navires de guerre, et d’entamer des activités dans la zone économique exclusive du Vietnam et sur son plateau continental, violant ainsi sa souveraineté. Le 3 et le 4 mai 2014, cinq navires militaires chinois appuyés par l’aviation ont attaqué des bateaux de contrôle des pêches et des navires garde-côtes du Vietnam en mission dans la région. C’est une provocation, une grave escalade motivée par la claire volonté de réaliser progressivement le plan d’annexion du Vietnam par la Chine et ce, sans tenir compte du code de conduite signé par la Chine et le Vietnam, et surtout de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), et des règles de conduite dans la mer Orientale (DOC). Il y a un risque très élevé qu’une telle situation conduise à la guerre.

Préoccupée par cette conjoncture tendue et dangereuse, la Conférence des évêques catholiques du Vietnam, consciente de la responsabilité qui est la sienne, tient à exprimer son point de vue et à lancer l’appel suivant :

1. L’Eglise catholique a toujours soutenu avec persévérance la même position, à savoir édifier la paix et s’élever contre la guerre. La paix ne provoque la perte d’aucun bien ; la guerre peut nous faire tout perdre. C’est pourquoi, tous les conflits actuels doivent être patiemment réglés par la voix du dialogue et sans recourir à la provocation, à l’agressivité, à l’incitation à la guerre et à la haine mutuelle entre les deux parties. Les autorités chinoises doivent immédiatement cesser leurs violations territoriales actuelles. Nous devons laisser les paroles du pape Paul VI résonner encore aujourd’hui : « Jamais plus les uns contre les autres, jamais, plus jamais !… jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! » (Discours de Paul VI à l’ONU, 1965). « La paix ne peut se réaliser que si nous-mêmes sommes en paix. Elle ne peut être détachée des exigences de la justice, mais elle se nourrit de nos sacrifices individuels, de notre générosité, de notre pitié et de notre amour » (Messages de Paul VI pour la journée mondiale de la paix, 1975).

2. En ce qui concerne le gouvernement vietnamien, même s’il doit persévérer dans la voie de la diplomatie et du dialogue pour résoudre les conflits, il doit néanmoins adopter une position ferme. Il doit renouer avec la philosophie traditionnelle de notre nation (à savoir agir pour le peuple et pour le pays) et la considérer comme la politique à suivre à l’égard de la Chine. Les accords s’appuyant sur l’amitié entre les deux nations voisines, ainsi qu’entre les deux partis communistes, ont montré concrètement que, non seulement ils n’apportaient pas beaucoup d’avantage au peuple de notre pays, mais au contraire qu’ils mettaient en péril notre nation.

3. Quant à nous catholiques vietnamiens, voici venu le moment où nous devons manifester pleinement notre patriotisme conformément à l’enseignement du pape Benoît XVI : « Un bon catholique est aussi un bon citoyen. » Notre amour du pays se manifestera par notre impossibilité à rester indifférent à la situation du pays, aujourd’hui comme dans le futur, ainsi que par notre assiduité à nous sacrifier et à prier pour notre patrie, par notre disponibilité à participer à toutes les activités visant à défendre la patrie, par notre disponibilité à répondre aux appels nous invitant à sauver notre patrie en danger.

4. La Conférence épiscopale demande à tous les diocèses du pays d’organiser une journée de prière pour notre patrie, et d’appeler chacun à faire pénitence, à restreindre sa consommation alimentaire et ses dépenses, pour contribuer à soulager de leur peine les pêcheurs victimes des navires chinois et les combattants des patrouilles garde-côtes vietnamiennes qui ont été blessés. Cela sera dans l’esprit de l’appel à une journée de prière pour la paix en Syrie, lancé par le pape François le 7 septembre 2013.

Se conformant à la doctrine sociale de l’Eglise catholique, la Conférence épiscopale du Vietnam s’est toujours employée, dans le cadre de sa mission, à proposer une voie qui conduise à l’édification de la paix. Elle souhaite que, dans le conflit actuel, la justice et la paix triomphent.

Le 9 mai 2014.

Le président de la Conférence épiscopale du Vietnam,
Mgr Paul Bui Van Doc, archevêque de Saigon.
(Signature et cachet)