Vietnam : Mort d’un paroissien interrogé par la police

Interrogatoire accompagné de violences physiques

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ROME, Mardi 6 juillet 2010 (ZENIT.org) - Selon des informations en provenance de Côn Dâu, un paroissien est mort le 3 juillet à 13 heures des suites d'un matraquage infligé par la police, annonce aujourd'hui « Eglises d'Asie » (EDA), l'agence des Missions étrangères de Paris (MEP).

La victime, M. Nguyên Nam, encore jeune, marié et père de famille, faisait partie du service d'organisation du cortège funéraire ayant transporté, le 4 mai dernier, la dépouille de Mme Maria Tan, une habitante de Con Dâu récemment décédée, jusqu'aux portes du cimetière de la paroisse. Là, le cortège s'était heurté aux forces de police qui l'avaient empêché d'entrer et s'étaient emparé du cercueil.

Selon les premiers récits diffusés, pas toujours concordants (1), la police est venue, dans la matinée du samedi 3 juillet vers 11h00, chercher le jeune homme chez lui pour l'arrêter. Ce dernier, après avoir essayé de s'échapper, a été rattrapé par les agents, puis férocement et longuement matraqué sous les yeux de sa femme. Revenu chez lui, après avoir fait part de ses dernières volontés à son épouse au sujet de ses enfants, il s'est effondré et est tombé à terre. Il avait cessé de vivre aux environs de 13 heures.

Le reportage réalisé par Radio Free Asia auprès de la population de Côn Dâu après cet événement montre celle-ci bouleversée et terrorisée. Les récits des faits sont passablement embrouillés. Une dépêche parue sur VietCatholic News le 6 juillet rapporte l'enquête privée de Thomas Viet, un catholique de Saigon qui a essayé de s'informer par téléphone des circonstances du décès auprès des autorités policières. La Sécurité de Da Nang a d'abord répondu que l'intéressé était mort des suites d'une attaque cérébrale. A un second appel, elle a ajouté que la famille n'avait pas porté plainte et qu'il n'y avait pas lieu d'enquêter. Enfin, à un autre coup de téléphone, il a été répondu que la famille avait déclaré à la police que l'intéressé, à la suite d'un dérangement mental, s'était abstenu de manger pendant plusieurs jours et que c'était la cause de son décès.

Depuis l'affrontement violent du 4 mai dernier entre les 500 personnes du cortège funéraire et les forces de la Sécurité publique à l'occasion des obsèques de Mme Maria Tan, même si une majorité des personnes arrêtées à ce moment-là ont été libérées, la police est loin d'avoir relâché son étreinte sur la paroisse de Côn Dâu. Une action judiciaire a été entamée contre six paroissiens. Les agents de la Sécurité surveillent, contrôlent et interrogent plus particulièrement les membres du groupe responsable de l'organisation du cortège funéraire. Les interrogatoires sont fréquents et accompagnés de violences physiques et d'humiliations.

La paroisse de Côn Dâu, ses habitations, ses terrains cultivés, au total 100 hectares, font partie d'un territoire sur lequel la municipalité de Da Nang a le projet de créer une vaste zone de constructions nouvelles financées par des investisseurs étrangers. Malgré les pressions exercées sur elle, la majorité de la population de la paroisse refuse énergiquement de quitter ce lieu conquis sur la nature par ses ancêtres. Le conflit s'est envenimé au début de l'année et n'a cessé de s'aggraver depuis (2).

(1)           Voir par exemple Radio Rree Asia, émissions en vietnamien du 5 juillet 2010.

(2)           Voir EDA 523

© Les dépêches d'Eglises d'Asie peuvent être reproduites, intégralement comme partiellement, à la seule condition de citer la source.