Vietnam: Un monastère bénédictin menacé de spoliation réagit

Un monastère dont le nom reflète la devise de saint Benoît: Pax

| 376 clics

CITE DU VATICAN, Lundi 18 février 2002 (ZENIT.org) - Le monastère bénédictin de Thiên An accentue sa résistance à la tentative de spoliation de son domaine menée par les services gouvernementaux, indique la revue des Mission étrangères de Paris, "Eglises d´Asie" (EDA) dans son édition de la mi-février (eglasie.org). Un monastère dont le nom reflète la devise de saint Benoît: "Pax", car "Thiên An" signifie en effet ‘la Paix céleste’.



La communauté bénédictine du monastère de Thiên An, près de Huê, continue, sans faiblir, de résister à la tentative des autorités locales de s’approprier une grande partie de son domaine pour y édifier un lucratif centre de loisirs. Dans une très énergique lettre de protestation envoyée, le 26 janvier dernier, aux responsables gouvernementaux, le Père Abbé du couvent, le P. Huynh Quang San, présente ainsi l’état d’esprit des moines de sa communauté : « Si... [les autorités] continuent avec arrogance de vouloir construire un centre de loisirs sur notre terrain, alors, résolument nous défendrons notre domaine en conformité aux lois de la République socialiste du Vietnam », indique EDA.

Après de nombreuses passes d’armes et de multiples réclamations envoyées - sans résultat - au pouvoir central, la communauté bénédictine a, le 21 janvier dernier, été priée de déléguer un représentant en la personne d’un de ses religieux pour écouter, dans les bureaux de la province, les conclusions de l’Inspection d’Etat en réponse aux réclamations du monastère. Or dès le début de la réunion, les rapports et les documents présentés par les services gouvernementaux ont totalement déformés les faits et les situations réelles.

C’est ainsi que le refus des moines de céder les 107 hectares de leur domaine aux autorités locales pour qu’elles en fassent un centre de loisirs a été interprété comme la volonté de continuer à exploiter des terres autrefois gérées et exploitées par le gouvernement. Cette manœuvre, affirme le supérieur bénédictin, est la preuve du manque de probité caractérisé dont font preuve les autorités en toute cette affaire, elles qui savent pertinemment que les moines sont les légitimes propriétaires du domaine depuis 1940.

Une marque encore plus flagrante de ce manque de probité a été donnée par une autre déformation de la vérité contenue dans les documents présentés. Les autorités ont fait semblant de croire que les terrains du monastère ont été confisqués (« soumis au reclassement ») par l’Etat au nom de certains décrets pris dans les années qui ont suivi le changement de régime au Sud-Vietnam, retirant la propriété de leurs biens à certaines catégories de personnes, à savoir les associations gouvernementales fantoches, les capitalistes compradores, les propriétaires féodaux et les exploiteurs néocolonialistes. Le Père Abbé s’indigne de voir ses religieux ainsi assimilés à tous ces ultra-réactionnaires et accuse les services d’Etat de faire ainsi preuve de discrimination à l’égard des religieux en fonction de leur croyance.

Tout au long de la lettre de protestation, le supérieur relève dans les documents produits par l’Etat des déformations de la vérité, des mensonges ou des erreurs intentionnelles sur les origines de la propriété des religieux et sur les faits récents, autant d’éléments qui justifient l’accusation de manque de probité portée contre les services gouvernementaux et répétée à plusieurs reprises.

La conclusion du religieux est d’autant plus nette que sa critique est forte : « Si donc cette surface de 107 hectares qui est la nôtre n’a jamais été offerte, vendue, ou soumise à la réquisition, le fait que les autorités provinciales la remettent à une entreprise pour qu’elle la gère et l’exploite constitue une infraction à la loi ». L’attitude que comptent adopter les religieux est exposée avec non moins de clarté : « ... est venu le moment où, appuyé sur la loi de la République socialiste du Vietnam, il nous faut nous lever pour défendre jusqu’au bout les terrains... de l’Eglise catholique », une lutte, remarque l’abbé bénédictin avec ironie, qui risque de ternir l’idéal contenu dans l’appellation du monastère. Thiên An signifie en effet ‘la Paix céleste’, toujours selon la même source.