« Vingt cinq ans marqués par la miséricorde »

Le pape remercie les fidèles de leur soutien et redemande leur aide

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CITE DU VATICAN, Jeudi 16 octobre 2003 (ZENIT.org) - « Vingt cinq ans entièrement marqués par la miséricorde » de Dieu : c’est ainsi que Jean-Paul II a caractérisé ce quart de siècle de pontificat, dans l’homélie de la messe d’action de grâce qu’il a présidée ce jeudi soir place Saint-Pierre, à l’heure où le soleil se couche derrière le « bras de Charlemagne » de la colonnade du Bernin. Le pape a remercié les fidèles de leur soutien et leur a redemandé leur aide pour la suite du pontificat.



Un jardin de Pâques
Un tapis vert de 25 000 tulipes venues de Hollande – comme un souvenir de Pâques un signe de résurrection -, mais encore très peu ouvertes, montait vers l’autel où s’épanouissaient les roses blanches. La façade de la basilique Saint-Pierre était revêtue de lumière. Un rouge orangé éclairait de l’intérieur le narthex et couronnait la coupole sous le ciel bleu profond des soirs d’octobre à Rome. Un nouveau crucifix de bois avait été sculpté pour cette célébration : il accompagnera désormais le pape dans les liturgies qu’il présidera.

Dans la foule, d’environ 50 000 personnes, des familles romaines, et des enfants qui s’égayent, sérieux lorsqu’on leur demande qui est le pape pour eux. Une enfant de huit ans répond sous le regard admiratif de ses deux petits frères : « Jésus ». Des religieuses du monde, des prêtres le bréviaire en main, des séminaristes au surplis impeccablement blanc, repassé, empesé, des touristes venus pour visiter les musées du Vatican et pris dans la fête, des Lituaniens bien conscients d’être venus pour l’événement historique : ils ont revêtu leur plus beaux habits traditionnels.

« Karol le Grand »
La prière des vêpres a laissé son goût de recueillement paisible : pas de foule en délire mais une affection qui se resserre autour de l’évêque, surtout lorsqu’il fait son entrée sur ce trône mobile qui est désormais son inséparable compagnon. La foule se met comme au diapason de son recueillement dans le vent frais du soir. Le contraste est trop émouvant entre le vigoureux cardinal arrivé de Pologne - qui avait déjà en poche son billet de retour – et le « guerrier de la paix », le corps usé par les travaux de « Karol le Grand », selon le titre de Domenico del Rio.

Mais lui ne voit que par cette « miséricorde » dont il dit qu’elle a marqué ces vingt cinq ans. Le mot revient six fois dans son homélie dont la partie centrale a été lue par Mgr Leonardo Sandri, tandis que le pape se réservait l’évocation du conclave de son élection et de la prière finale.

« Comment, humainement parlant, ne pas trembler ? »
Avec le psaume, le pape célèbre « les miséricordes du Seigneur », la « miséricorde divine » dont il confie avoir fait une « expérience particulière » au long de ces années. Lorsqu’il entend, au conclave, l’appel des cardinaux, il entend en lui la voix du Christ qui appelle, raconte-t-il : « Comment, humainement parlant, ne pas trembler ? » Il était conscient de cette « grande responsabilité » qu’il évoque à trois reprises. « Il a fallu avoir recours à la miséricorde divine », souligne-t-il.

Le dialogue entre le Christ et Pierre l’habite encore aujourd’hui, confie encore le pape. « Dans l’Esprit, je fixe le regard bienveillant du Christ ressuscité. Lui, bien que conscient de mes faiblesses m’encourage – le pape s’arrêtait et répétait : m’encourage » - à répondre avec confiance avec Pierre : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime ».

« Je n’ai eu qu’un désir, disait le pape dans la partie de l’homélie lue par Mgr Sandri : témoigner que le Christ, le Bon Pasteur, est présent et agit dans son Eglise ».

« Aidez le pape à servir l’homme, et l’humanité entière ! »
« Au moment où je rend grâce à Dieu pour ces vingt cinq ans entièrement marqués par sa miséricorde, je sens un besoin particulier de vous exprimer ma reconnaissance à vous aussi, Frères et sœurs de Rome et du monde entier – Mgr Sandri était interrompu dans sa lecture par des applaudissements -, vous qui avez répondu et continuez de répondre de différentes façons à ma demande d’aide. Dieu seul sait combien de sacrifices, de prière, et de souffrances ont été offertes pour me soutenir dans mon service de l’Eglise. Combien de bienveillance et de sollicitude, de signes de communion m’ont entouré chaque jour ! Que le bon Dieu récompense chacun avec largesse ! »

Mais le pape demandait aussi aux fidèles de continuer à le soutenir : « Je vous demande, très chers frères et sœurs, n’interrompez pas cette grande œuvre d’amour pour le Successeur de Pierre. Je vous le demande une fois encore : aidez le pape - et ceux qui veulent servir le Christ -, à servir l’homme, et l’humanité entière ! »

Le pape reprenait sa lecture pour la prière finale qu’il a composée pour cette célébration et par laquelle il renouvelle le « don » de lui-même « du présent et de l’avenir », « par les mains de Marie ».

Dix neuf délégations officielles
La célébration a eu lieu en présence du collège cardinalice, de nombreux évêques, du clergé romain, du corps diplomatique près le Saint-Siège, et de délégations officielles de 19 pays dont 5 d’Amérique latine, celle des Etats-Unis et du Canada, une d’Afrique (de Sierra Leone), ainsi que de cinq pays de l’Est européen (Pologne, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, et Kazakhstan). Les deux « patries » du pape étaient représentées par leur président, M. Kwasniewski pour la Pologne, M. Ciampi pour l’Italie. L’Europe était aussi représentée par des délégations venues spécialement de Malte, du Lichtenstein, d’Irlande, d’Allemagne, d’Andorre.

On notait aussi la présence de personnalités comme Lech Walesa ou de la reine Fabiola de Belgique, du Prince Victor Emmanuel de Savoie et son épouse. Les mouvements ecclésiaux étaient représentés par des fondateurs comme Chiara Lubich pour les Focolari, Andrea Riccardi pour Sant’Egidio, Frère Roger de Taizé, pour ne citer que ceux que les caméras permettaient de reconnaître dans la foule.

Les cinq continents
Plus de mille journalistes avaient été accrédités pour l’événement. Aux télévisions européennes s’ajoutaient des télévisions d’Amérique du Nord et d’Amérique latine (en particulier du Mexique, de l’Argentine et du Chili), mais aussi une télévision sud-coréenne.

La liturgie de la messe était elle-même marquée du sceau de cette universalité, qui s’entendait dans les six langues de la prière universelle et se reflétait dans la procession d’offertoire : vêtements et grâces des cinq continents.

A la fin de la célébration le pape a remercié les participants en huit langues avant de saluer les présidents italien et polonais. Le pape remerciait en particulier le président Ciampi pour son message télévisé diffusé hier soir sur toutes les chaînes.

« Je veux adresser à tous une salutation cordiale, disait Jean-Paul II, en remerciant en particulier les nombreux pèlerins venus d’Italie et d’autres pays ». Il concluait : « Je remercie tous ceux qui, dans tant de régions de la terre, soutiennent mon ministère apostolique quotidien par la prière et par l’offrande de leur souffrance ».

Le pape venu de loin et si proche
L’un des « mercis » du pape allait au doyen du collège cardinalice, le cardinal Joseph Ratzinger qui avait adressé au pape une salutation très applaudie au commencement de la célébration. Le cardinal évoquait « l’habemus papam » d’il y a 25 ans et le discours qu’il qualifie « d’inoubliable » prononcé par Jean-Paul II au moment de sa première bénédiction Urbi et Orbi et qui a d’emblée « conquis le cœur des Romains et les cœurs de tant de personnes qui le suivaient et l’écoutaient dans le monde entier ».

« Vous disiez alors que vous veniez d’un pays lointain, continuait le cardinal Ratzinger. Mais nous avons immédiatement perçu que la foi en Jésus Christ qui transparaissait dans vos paroles et dans toute votre personne, dépassait les distances ; que dans la foi nous étions tous proches les uns des autres. Vous nous avez fait faire l’expérience dès le premier instant de cette force du Christ qui abat les frontières et crée la paix et la joie ».