Visite du pape au Liban : « un amour désintéressé et sincère »

Rencontre avec Mgr Gebran, aumônier des Maronites à Rome

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Robert Cheaib

Traduction d’Hélène Ginabat

Jeudi 13 septembre 2012 (ZENIT.org) –  Les chrétiens libanais de la diaspora sont « fiers » que le pape se rende dans leur pays et qu’il aime le Liban « d’un amour désintéressé et sincère », déclare Mgr Antoine Gebran, aumônier des Maronites du diocèse de Rome.

A la veille du voyage de Benoît XVI au « Pays des Cèdres » , le recteur de l’église de Saint –Maron et du Collège pontifical maronite de Rome, évoque les attentes des chrétiens maronites du Liban.

Zenit – C’est la seconde fois dans l’histoire du Liban qu’un pape visite spécifiquement le pays des Cèdres. Les souvenirs de la visite de Jean-Paul II sont encore vivants dans l’esprit des Libanais. Quelle importance revêt la visite de Benoît XVI quant à la présence chrétienne au Liban, sachant que ces dernières décennies les chrétiens, divisés et diminués en nombre, ont perdu beaucoup de leur pouvoir politique et moral dans le pays ?

Mgr Antoine Gebran – C’est la seconde visite apostolique qui se déroule spécifiquement au Liban, mais en réalité c’est la troisième fois qu’un pape passe par le Liban. Le pape Paul VI avait voulu faire une escale au Liban, le 2 décembre 1964, lorsqu’il se rendait à Bombay, et le pape Montini a déclaré, lors de cette brève étape : « Et nous ne saurions oublier, en particulier, tout ce que représente, pour l’Eglise, la foi des populations chrétiennes libanaises, exprimée dans l’harmonieuse diversité des rites, dans l’abondance et la variété des communautés religieuses et monastiques, dans de multiples activités d’ordre apostolique, éducatif, culturel ou caritatif ». L’harmonie entre les diversités, citée par le pape, est fondamentale et c’est le pivot autour duquel tourne toute la société libanaise. Cette harmonie est le vœu que forme le Saint-Père Benoît XVI à l’occasion de ce voyage apostolique. Cette harmonie doit demeurer, quoi qu’il en soit, même si les proportions entre les diversités ne sont plus les mêmes qu’autrefois. Le Liban doit être un exemple pour tout le monde du Proche-Orient et, j’oserais dire, pour le monde entier où se crée de plus en plus, surtout dans les états occidentaux, un mélange important de cultures et de religions. Un équilibre de voisinage qui garantit la paix et la stabilité d’un pays.

Dans un climat où le « printemps arabe » prend une tournure « hivernale », quels signes concrets de renaissance peut apporter la visite de Benoît XVI ? Partage-t-il l’espérance des évêques maronites qui, dans leur dernier communiqué, espèrent que cette visite sera « un véritable printemps pour les chrétiens et pour la religion » ?

Le printemps, comme saison intermédiaire, connaît des périodes de froid et de chaud, mais il n’a pas un climat stable et sûr. Le Saint-Père, comme cela arrive traditionnellement dans tous les voyages apostoliques, n’accomplit jamais de gestes concrets de renaissance. Le successeur de Pierre parle, rencontre et transmet sa pensée dans un style symbolique. Le Saint-Père désire certainement ardemment non pas un simple printemps, mais un renouveau total pour la société du proche orient, un renouveau qui devra emprunter la route du dialogue et du respect mutuel.

Vous avez rencontré le patriarche maronite à Bkerké, pendant l’été, et vous avez pu constater personnellement l’atmosphère des préparatifs de la visite du pape. Quelles sont les activités préparatoires que l’Eglise en général, et l’Eglise maronite en particulier, organise en prévision de la visite de Benoît XVI ?

Tout le Liban se prépare à accueillir le Saint-Père. L’Eglise maronite, en particulier, a entrepris depuis des mois une importante campagne médiatique de sensibilisation de l’opinion publique à ce sujet : le Liban doit être informé et doit être conscient de qui va arriver et pourquoi il vient précisément au Liban. En préparant le terrain pour le Saint-Père, l’Eglise maronite, en plus du soutien logistique attendu, offre à ses fidèles la préparation spirituelle nécessaire. La visite du Saint-Père est une joie, bien sûr, mais elle doit être perçue principalement au niveau spirituel : les fidèles se préparent par une neuvaine de prière, pour comprendre que le pape vient pour eux, comme leur pasteur, pour rester avec eux, les écouter, leur parler, les défendre et les protéger, en suivant l’exemple du Christ Bon Pasteur.

En tant que Maronites vivant à l’étranger, et en tant que paroisse maronite de Rome, de quelle manière vous sentez-vous impliqués dans cette visite ? Et que souhaitez-vous pour la diaspora des chrétiens libanais afin qu’ils ne se sentent pas oubliés ?

N’oublions pas que les maronites de la diaspora sont principalement des Libanais et que, en tant que tels, bien que loin, ils éprouvent un attachement presque viscéral à leur pays natal. Sous un certain angle de vue, cette visite est perçue avec mélancolie : le pape va chez eux et ils ne peuvent être là pour l’accueillir et lui souhaiter la bienvenue. D’un autre côté, ils se sentent fiers que le pape se rende justement au Liban et qu’il aime leur pays d’un amour désintéressé et sincère. En particulier, notre communauté maronite à Rome, étant établie dans le diocèse du pape, se sent particulièrement un pont, un  intermédiaire, un lieu de croisement entre le Liban et le pape. Je pense qu’aucun émigré ne se sentira coupé du Liban, tant que dans son cœur il gardera de l’affection pour son pays, tant qu’il sentira encore le parfum des cèdres et qu’il sera ému en pensant à l’horizon de la mer du Liban : personne ne pourra jamais se sentir à l’écart tant qu’il se sentira en terre étrangère bien sûr, mais un Libanais en terre étrangère.