Voici l'Agneau de Dieu - voici l'Homme

II Dimanche du Temps Ordinaire Année A 19 janvier 2014

Rome, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 817 clics

Rite Romain

Is 49, 3. 5-6; Ps 39; 1 Co 1, 1-3; Jn 1, 29-34

Rite Ambrosien

Nb 20, 2. 6-13; Ps 94; Rm 8, 22-27; Jn 2, 1-11

            1) L’Agneau de Dieu est promotion de l’homme.

            A partir de ce Dimanche, la plus longue période de l’année liturgique commence : le Temps Ordinaire[1], pendant lequel l’Eglise ne célèbre pas un mystère particulier de la vie du Seigneur et de l’histoire du salut, mais le mystère du Christ dans sa totalité. C’est le temps par excellence pour suivre les traces de Jésus vers l’accomplissement de l’histoire (34ème dimanche). C’est la période pendant laquelle nous sommes invités à contempler les enseignements et les œuvres du Sauveur durant sa vie publique, et, de cette façon, nous suivons, chaque dimanche, le Seigneur sur le chemin de “l’accomplissement de toute justice” (Mt 3,15), afin que l’Eglise devienne toujours plus ressemblante à son maître, son époux.

            Pour une compréhension plus approfondie de ces évènements, la liturgie d’aujourd’hui nous propose de les examiner à la lumière de la divinité de Jésus dont l’incarnation rend la vie « sanctuaire de la divinité ». Ce n’est pas seulement sa vie qui  est divine. C’est aussi notre vie quotidienne, notre travail, nos joies et tendresses qui deviennent le domainede la sainteté divine, par le salut. Ce salut nous est apporté par Jésus qui enlève les péchés du monde, en les portant sur Lui.

            En Jésus, Agneau de Dieu[2], la sainteté se révèle comme une « promotion »  importante de la vie et de l’homme. Et l’homme, pardonné, est transfiguré, est rendu fils de Dieu et artisan de lumière par ses mains.

            Lors d’une ordination, l’évêque consacre les mains du nouveau prêtre. C’est magnifique ! Mais, dans le Christ, toutes les mains sont saintes, toutes les mains sont consacrées, toutes les mains peuvent devenir mains de lumière.

            Dans le Christ, tous les corps sont appelés à devenir Temple du Saint Esprit et Membres de Jésus Christ. Le Temple que nous sommes est beaucoup plus beau que toute église faite de pierre et Dieu est en nous plus que dans une église parce qu’il est dans cette église pour être en nous.

            Dans l’Evangile, tous les visages sont appelés à irradier le Visage du Christ. L’invitation qu’Il nous fait, lorsqu’Il est présenté comme Agneau de Dieu n’est pas un appel à entrer dans un domaine interdit, mais c’est une proposition à nous recueillir dans l’unité : il nous invite à table où on mange « très simplement »  du pain et du vin que le sacrement a rendus corps et sang de l’Agneau de Dieu. C’est pour cela que nous devenons Celui que nous mangeons et auquel nous sommes unis

            2) L’Agneau de Dieu qui pardonne.

            Dans le récit du passage de l’Evangile de ce dimanche (Jn 1,29-34), nous trouvons une profession de foi dans le Christ qui s’articule sur trois affirmations :

            - « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (1,29), l’Agneau qui conduit à la source de la vie, du bonheur et essuie chaque larme de nos yeux (cf. Ap 7,14-17);

            - « J’ai contemplé l’Esprit descendre comme une colombe et s’arrêter sur lui » (1,32);

            - c’est « le Fils de Dieu » (1,34).

            La déclaration sur laquelle je m’arrête en particulier est la première : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde », péchés qu’il met sur lui. L’Immaculé, celui qui enlève le péché du monde avec ses souffrances et avec sa mort, révèle Son Cœur à ce monde qui veut tout mesurer, même Dieu et son don. Il nous est demandé, aujourd’hui et à chaque messe, d’accueillir cette affirmation comme elle est : une indication du Don eucharistique que Dieu nous fait, et d’y répondre comme la liturgie nous le demande: « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ». En élevant l’hostie, le prêtre montre l’Agneau que nous devons adorer en toute Son divine humilité et manger en communiant à Son infinie charité.

            Pour bien comprendre le récit de l’Evangile d’aujourd’hui, retournons à la scène qu’il décrit. Après avoir passé 40 jours dans le désert où Il s’était rendu après le baptême de Jean, Jésus retourne chez le Baptiste. Celui-ci a dû être perturbé en voyant le Fils de Dieu retourner auprès de lui. De plus, il avait  l’aspect d'un homme éprouvé par le jeûne et par les tentations subies dans le désert. Jean sait que l’homme qui retourne auprès de lui est le Fils de Dieu, l’Aimé. Il voit le Messie, appartenant à la tribu de Judas. Mais il ne perçoit pas en Lui le Lion de Judas, il voit l’Agneau de Dieu, la victime qui s’offrait librement en sacrifice pour que le monde soit racheté.

            Parmi la multitude sombre des pécheurs, Jean reconnut la splendeur innocente de l’Homme-Dieu, qui avait laissé la gloire du ciel pour aller à l’abattoir de la terre ; et il le montra aux disciples comme la personne à suivre à sa place.

            Les disciples ne comprirent pas ; ils n’étaient pas capables de comprendre ce que voulait dire leur maître Jean qui indiquait le Maître Jésus comme l’Agneau, une image que les Hébreux ne connaissaient pas clairement pour indiquer leur libérateur tant attendu. Cependant, nous, nous savons (du moins nous pouvons savoir) que, dans le Nouveau Testament, le mot « Agneau » revient quatre fois[3] et c’est toujours en référence à Jésus. Par ailleurs, depuis le début, l’Eglise regarde Jésus comme Jésus se voyait lui-même, c'est-à-dire comme le serviteur de Dieu - innocent, patient et souffrant - comme un agneau que l’on conduit à l’abattoir. Ensuite, en araméen « talja » signifie aussi bien « agneau » que « serviteur ». Enfin, Jean Baptiste compare Jésus à l’Agneau pascal. Nous pouvons bien comprendre cette prophétie parce que la crucifixion du Christ a eu lieu en même temps que la Pâques juive et à la même heure où des agneaux étaient immolés pour le sacrifice pascal ,dans le Temple, (cf. Joseph Ratzinger – Benoit XVI, Jésus de Nazareth, Paris 2007, pp 446).

            L’Evangile d’aujourd’hui nous renvoie à la mission de tendresse de Jésus qui demande la collaboration de notre amour. Cet Evangile met nos pas dans les pas de Jésus et nous demande de l’accompagner jusqu’à la fin, de réaliser ce mystérieux plan dans lequel le triomphe de Dieu doit s’accomplir dans la « défaite » de la croix afin que nous sachions qu'il ne s’agit pas d’attendre, les bras croisés, la réalisation d’un destin qui se ne réalise pas sans nous.

            Au contraire, nous sommes impliqués dans le travail pour construire avec Dieu un monde fondé sur l'amour, un monde dont la dimension créatrice est une dimension de générosité et de don de soi, avec le Christ, pour le Christ et dans le Christ.

            L’Eglise conserve toujours dans son cœur le cœur de l’époux et, dans le cœur de l’Eglise, il est toujours possible de vivre la sainteté et devenir la belle épouse de l’Agneau immolé.

            Les vierges consacrées en sont un exemple. Elles ont répondu « oui » au Christ époux et grâce à ce « oui », leur présence dans l’Eglise et dans le monde est un Evangile vivant, un témoignage de Dieu, qu’elles offrent, révèlent et communiquent sans avoir besoin de parler.

            Leur vie est une vie de communion d’amour avec le Christ, qui appelle, pardonne et demeure avec nous en conformant nous à Lui : « Dans la vie consacrée, il ne s'agit donc pas seulement de suivre le Christ de tout son cœur, en l'aimant « plus que son père ou que sa mère, plus que son fils ou que sa fille » (cf. Mt 10, 37), comme il est demandé à chaque disciple, mais de vivre et d'exprimer cela par une adhésion qui est « configuration » de toute l'existence au Christ, dans une orientation radicale qui anticipe la perfection eschatologique » (Jean-Paul II, Vita consecrata, n16).

Lecture Patristique

Saint Grégoire de Nazianze (330-390),

Discours théologique 4

Suivre l’Agneau de Dieu

        « Jésus est Fils de l'homme, à cause d'Adam et à cause de la Vierge, dont il descend... Il est Christ, l'Oint, le Messie, à cause de sa divinité ; cette divinité est l'onction de son humanité..., présence totale de Celui qui le consacre ainsi... Il est la Voie, parce qu'il nous conduit lui-même. Il est la Porte, parce qu'il nous introduit au Royaume. Il est le Berger, parce qu'il guide son troupeau vers le pâturage et lui fait boire une eau rafraîchissante ; il lui montre la route à suivre et le défend contre les bêtes sauvages ; il ramène la brebis errante, retrouve la brebis perdue, panse la brebis blessée, garde les brebis qui sont en bonne santé et, grâce aux paroles que lui inspire son savoir de pasteur, il les rassemble dans le bercail d'en haut.
Il est aussi la Brebis, parce qu'il est victime. Il est l'Agneau, parce qu'il est sans défaut. Il est Grand prêtre, parce qu'il offre le sacrifice. Il est Prêtre selon Melchisédech, parce qu'il est sans mère dans le ciel, sans père ici-bas, sans généalogie là-haut car, dit l'Ecriture, "qui racontera sa génération ?" Il est aussi Melchisédech, parce qu'il est Roi de Salem, Roi de la paix, Roi de la justice... Voilà les noms du Fils, Jésus Christ, "hier, aujourd'hui, toujours le même", corporellement et spirituellement, "et il le sera à jamais". Amen. »

(références bibliques : Mt 24,27 ; Mt 1,16 ; Jn 14,6 ; Jn 10,9 ; Jn 11 ; Ps 22 ; Is 53,7 ; Jn 1,29 ; He 6,20 ; He 6,20 ; He 7,3; Is 53,8 ; He 7,2 ; He 13,8)

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[1] Le temps ordinaire est constitué de 33 ou 34 semaines, se répartissant d’abord entre la fête du Baptême du Seigneur et le début du Carême (premier temps) puis entre la semaine suivant la Pentecôte et la solennité de Christ Roi (second temps).

Deux éléments sont fondamentaux pour saisir la signification et l’importance du temps ordinaire : le lectionnaire d’abord, qui rythme le cheminement des dimanches et des jours fériés avec la lecture semi continue des évangiles synoptiques ; le dimanche ensuite, comme jour du Seigneur et premier jour de la semaine. Le dimanche, au regard de chaque cycle annuel, on lit un évangéliste différent. Pour l’année A, il s’agit de Matthieu, l’année B de Marc, l’année C de Luc. Les premières lectures, tirées de l’Ancien Testament, sont choisies sur la base de l’extrait évangélique, afin qu’il y ait un rapport promesse-achèvement, prophétie-réalisation. Les secondes lectures suivent au contraire la lecture semi continue des épitres pauliniennes, de la Lettre de Jacques et de la Lettre aux Hébreux. Lors des jours de la semaine on suit également le critère de la lecture semi continue des textes bibliques. Les trois Evangiles synoptiques se lisent tous les ans: Marc (semaines 1-9); Matthieu (semaines10-22); Luc (semaines 23-34).

[2] La caractérisation de Jésus comme “l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde” est surprenante. Cette phrase peut également se traduire ainsi : “qui porte sur lui le péché du monde”. Le mot grec signifie « éloigner, ôter par ». Ce qui signifie que pour faire ce geste, la charge doit  être mise sur le dos.

Pour enlever le péché du monde, l’Agneau prend sur lui les conséquences du péché expié à notre place, et enlève ainsi tout effet du péché, ou mieux il enlève le péché, le mettant de côté. C’est pourquoi l’expression réunit en elle-même les deux choses : la prise en charge du poids et son élimination. Cette exégèse illustre bien  l’ambivalence de l’expression grecque ho airon ten hamartian tou kosmou (lat. qui tollit peccatum mundi., Ce verbe grec airo, analogue au latin tollere signifie et emmener,  et prendre sur soi, charger sur le dos (alorsque malheureusement cette ambivalence terminologique ne se rencontre pas dans la traduction française enlever). L’érudition philologique n’est pas une fin en soi. En fait, avec cette expression, l’Evangile fait référence tant au quatrième chant du Serviteur du Seigneur (Is 53,1-12), qu’à l’agneau expiateur du Lévitique 14, 12-13, et qu’enfin à l’agneau pascal (Ex 12, 1-14; Jn 19,36) qui devient le symbole de la rédemption.

[3] Jn 1,29.36; At 8,32; 1Pt 1,19.