Wanda Poltawska, la « petite sœur » de Jean-Paul II (I)

Le récit d’une indicible amitié

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ROME, Vendredi 10 juillet 2009 (ZENIT.org) - Depuis quelques semaines, son nom circule dans les journaux, un peu partout dans le monde. Elle s'appelle Wanda Poltawska, elle est polonaise, âgée de 88 ans et médecin psychiatre.

La raison de ce brusque intérêt de la presse est que Wanda Poltawska a rendu publiques un grand nombre de lettres reçues de Jean-Paul II. Et, cela était prévisible, certains médias ont cherché à créer un scandale autour des lettres d'un pape à une femme, commente le journaliste italien Renzo Allegri, dans cet article écrit pour ZENIT dont nous publions ci-dessous la première partie.

Les lettres, publiées dans un livre sorti il y a quelques semaines en Pologne, sont extraites d'une abondante correspondance, s'étalant sur 55 ans, entre Wanda Poltawska et Karol Wojtyla. Ils se sont connus dès la fin de la seconde guerre mondiale, sont devenus amis, ont collaboré à de nombreuses initiatives.

Tout d'abord à Cracovie, dans les activités culturelles et sociales du diocèse, liées notamment aux questions de la famille; ensuite, après l'élection au pontificat de Karol Wojtyla, à Rome, où Wanda Poltawska devint membre du Conseil pontifical pour la famille, consultante du Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé et membre de l'Académie pontificale pour la vie.

Une activité intense, une amitié rayonnante, connue de tous. Une amitié qui acquit une extraordinaire visibilité en 1984, quand on apprit que par l'intercession de padre Pio, à la suite d'une demande de Karol Wojtyla,  Wanda Poltawska avait été miraculée.

L'histoire remonte à 1962. Atteinte d'une tumeur, Wanda allait mourir. Les médecins ne laissaient aucun espoir. Ils voulaient quand même tenter une intervention chirurgicale. Karol Wojtyla, alors jeune évêque, se trouvait à Rome pour le Concile. Lorsque lui arriva la nouvelle, il écrivit aussitôt à padre Pio, lui demandant de prier pour cette femme.

La lettre est datée du 17 novembre 1962. Elle fut remise en mains propres à padre Pio, par Angelo Battisti, alors administrateur de la « Maison du soulagement de la souffrance ». Padre Pio demanda à Battisti de lui lire la lettre. A la fin, il déclara: « Angiolino, à celui-là, on ne peut dire non ». Battisti, qui connaissait bien les charismes de padre Pio, retourna à Rome émerveillé, continuant à s'interroger sur le « pourquoi » de cette phrase : « A celui-là, on ne peut dire non ».

Onze jours plus tard, soit le 28 novembre, il fut chargé de porter une nouvelle lettre à padre Pio. Dans cette lettre, l'évêque remerciait le prêtre de ses prières, car « la femme atteinte de tumeur avait guéri subitement, avant l'intervention chirurgicale ». Un véritable miracle donc, éclatant, attesté par les médecins.

Je connais bien cette histoire, car c'est moi qui la fis connaître pour la première fois en 1984, dans une biographie de padre Pio que j'écrivis pour Mondadori. Les lettres de Wojtyla m'avaient été remises par Angelo Battisti, lequel m'avait également rapporté l'incroyable commentaire du Père : « A celui-là, on ne peut dire non ».

A la sortie de mon livre, ces lettres furent reprises par la presse du monde entier : à partir de ce moment, l'amitié entre Karol Wojtyla et Wanda Poltawska était connue. Par la suite, de nombreux autres articles furent écrits sur le sujet, par moi-même et par des collègues, tandis que de nombreuses et magnifiques photographies étaient publiées, qui sont à présent reproduites dans divers journaux. Donc, rien de nouveau. Une grande amitié, une collaboration extraordinaire, qui ne furent pas interrompues par l'élection de Karol Wojtyla au siège pontifical.

Mais la publication des lettres fait du bruit. Elle suscite même des préoccupations, surtout dans le monde ecclésiastique. Dans une interview donnée en pleine polémique, le cardinal-archevêque de Cracovie, a fait des reproches à Wanda Poltawska qui, selon lui, n'aurait pas dû parler. Mais, en examinant la situation avec du recul, on finit par lui donner raison. Elle a bien fait de publier ces lettres.

Son amitié était connue. Beaucoup étaient au courant de cette correspondance. A la Congrégation pour les causes des saints, on voulait ces lettres. Mais on ne sait pas comment elles auraient été accueillies. Et leur jugement serait resté secret, enfoui dans les archives de ces palais infranchissables. Wanda Poltawska a préféré la lumière du soleil. Précisément parce qu'il n'y a rien à cacher. Bien au contraire, ce sont des lettres magnifiques, d'une richesse spirituelle et humaine bouleversante. Elles démontrent, s'il en était encore besoin, la grandeur incommensurable du coeur de Karol Wojtyla, l'amour « immense » qu'il avait dans son coeur, justement parce qu'il « aimait » de l'amour de Dieu.

Une histoire semblable avait eu lieu au cours de la cause de béatification de padre Pio. Vers 1990, la cause était bloquée. Et précisément à cause d'une série de lettres que le Père avait écrites à sa « fille spirituelle », Cleonice Morcaldi. Il l'avait connue vers 1930, alors qu'elle était encore petite fille, orpheline de ses deux parents. Comme il l'avait promis à la mère mourante de la petite fille, padre Pio en prit soin, comme si elle était sa véritable « fille adoptive ». Dès lors, il la traita toujours avec une affection et un amour immenses, comme un père à l'égard de sa fille.

Amitié controversée, condamnée, cause de grandes souffrances et d'humiliations pour padre Pio, de calomnies et d'insinuations particulièrement graves. Egalement dans cette histoire, il y avait les lettres, jugées trop affectueuses.

Un jour, ces lettres me furent données par deux prêtres, fils spirituels de padre Pio et amis de Cleonice Morcaldi. Ils me demandèrent de les publier, pour que le monde puisse juger si ces lettres étaient des « lettres du péché », ou au contraire les preuves extraordinaires d'une amitié spirituelle de haut niveau.

Je les publiai dans mon livre « A toi pour toi avec padre Pio ». Elles déclenchèrent aussitôt un véritable scandale, jusqu'à ce que la vérité se fasse jour : au contraire, ces lettres contribuèrent à faire comprendre, plus profondément encore, la grandeur du coeur de padre Pio.

Dans les divers articles parus ces jours-ci, il est question des lettres du pape à Wanda Poltawska, mais personne ne prend le temps d'expliquer qui est cette personne, et pourquoi elle était une amie intime de Karol Wojtyla...

[Fin de la première partie]

Renzo Allegri